Acte II, scène VI
goisse. Tout en écoutant Eunice et Mélite, c'est Glaucé seule que Diane regarde ; c'est à elle seule que répond la muette incertitude de la Déesse. Enfin Diane, comme vaincue, jette à Glaucé un de ces regards de femme à femme qui expliquent tout et contiennent des mondes de pensées; et, lorsqu'elle parle à Éros, continue à avoir les yeux attachés sur elle.
DI AN Ej regardant Glaucé, à Eros.
Éros, ma haine est morte, Et son aile, brisée enfin, n'a plus d'essor. Enfant, tu reverras ta mère aux cheveux d'or. Èros se relève, et, respectueusement incliné, baise
la main de Diane.
GLAUCÉ, à part, avec une profonde mélancolie. Malheureuse! c'était l'Amour! ô lit de mousse! Forêt ! Baiser d'un Dieu qui me brûle ! Heure douce. Enfuie, hélas! Pour moi qui marchais dans les fleurs, Quelles éternités cachent assez de pleurs!
ÉRO8, attirant Diane à l'écart, et lui parlant tout bas.
Oh ! pendant cette nuit à l'haleine enchantée. Où, sous les rayons clairs de la lune argentée, S'ouvrait la rose, ô Dieux ! que sur ton front charmant Brillait avec fierté l'éclair du diamant!
DIANE, de même.
Qu'il était adorable et calme, ce bois sombre, Où la brise, dormant sur les ailes de l'ombre, Voltigeait tout en pleurs du myrte à l'alcyon ! Où tout ce qui s'émeut dans la création,
68 Diane au bois.
L'air tiède, les rameaux, la source charmeresse, Murmurait à voix basse : « Amour ! »
ÉROS
O chasseresse, N'y reverrai-je pas frémir ton voile bleu?
DIANE, comme à elle-même.
Aimer! vivre! ô mon cœur, c'était le rêve.
A Éros avec un détachement suprême.
Adieu !
Après avoir salué de la main Éros, qui s'est assis sur le hanc de pierre, Diane et ses Nymphes sortent en gravissant une à une la colline placée à gauche de la scène. Mélite et Eunice montent les premières, et s'avancent insoucieusement sans retourner la tête. Glaucé, en proie à une lutte indicible, meurt du désir ^ d'envoyer un suprême adieu à l'enfant dont elle sera séparée éternellement , mais elle triomphe de celte dernière douleur, et, pâle et tremblante, suit ses compagnes. Quand les Nymphes ont presque disparu, Diane qui, après elles, gravit le coteau, renverse sa tête en arrière, et envoie à Eros un adieu muet, tneffablement triste, que l'Amour lui rend par un geste de passion extasiée. Après une longue hésitation, la Déesse s'arrache à cette contemplation muette et part à son tour. Resté seul, Eros se relève, court au pied du coteau, et, courbé vers la terre, retenant son haleine, prête l'oreille pour écouter encore le bruit des pas de sa hien-aimée. Enfin, quand il n'entend plus que le silence, il s'avance devant le public, et prononce les vers suivants d'une voix émue et profonde :