Scène IV
Vous avez Colombine.
ORG O N
Eh bien ! oui, ce chef-d'œuvre est sorti de mon flanc. Léandre, mon ami, Colombine est mon sang. Bien qu'elle aime à courir, et qu'elle me taquine. Ma défunte, qui certe était une coquine. Dans un jour de franchise, ou plutôt de remords, Médit (Dieu veuille avoir son âme chez les morts!) Que de tous mes enfants, Colombe était la seule Dont ma mère à coup sûr piît se dire l'aïeule.
LÉANDRE
Nous voyons arriver, même aux gens les plus forts, Ces choses-là.
ORGON
J'ai mis tous les autres dehors, Et j'ai garde chez mol cette enfant de ma femme Et de moi. Dans ce vieux quartier dont l'air m'affame. Elle cuisine mieux que tous vos marmitons, Me fabrique d'un rien d'excellents mirotons, Et repasse à ravir les jabots de son père. Or, comme son bonheur est tout ce que j'espère, Qu'elle est bien en couleur, qu'elle a le pied mignon. L'œil vif, et les cheveux fort épais au chignon. Je te déclare ici, sans parole confuse. Que tu n'es point son fait, et je te la refuse. Va-t-en , tire d'ici tes grègues !
LÉANDRE^ s' agenouillant.
Cher Orgon,
8^ Le Beau Léandrc.
J'embrasse vos genoux !
O RGON.
Laissons-là ce jargon, Tire-les.
L É AN DRE
Cœur de roc, père trois fois barbare, Plus dur que le granit et que le fer en barre, Que me reprochez-vous ?
ORGON
Tu hantes les croupiers.
LÉANDRE
C'est un tic.
ORGON
Tu seras pendu.
LÉANDRE
Moi ! par les pieds Ou par la tête?
ORGON
On sait tes façons meurtrières ; Le long du Marché-Neuf, tu cours les verdurières.
LÉANDRE
Seigneur, accordez-moi l'objet qui m'est si clier. Je veux me ranger !
ORGON
Oui, dans quelque port de mer.
Tu n'auras pas ma fille.
LEANDRE, (trant son èpèc. Tragiquement.
O formidable épée,