Scène IV
Lame de mes aïeux, dans tant de sang trempée, Toi qui luttais de rage avec les aquilons. Appui de l'innocence, effroi des cœurs félons, Toi qui par mes exploits vis Amadis renaître, Plonge-toi sans remords dans le flanc de ton maître, Comme en celui d'unehydre,ou bien d'un noir dragon! Ce n'est pas toi, d'ailleurs, c'est le barbare Orgon Qui tranche par ton fer le fuseau de ma vie. Montre par mon trépas sa fureur assouvie, Ou pour cet attentat trop loyale en effet. Si ta candeur hésite auprès d'un tel forfait, Je m'en vais de ce pas chercher ma carabine !
ORGON
Que diantre veux-tu faire aussi de Colombine ?
LÉ AN DRE
Le charme de mes yeux, le pôle de mon cœur, L'astre qui me subjugue à son rayon vainqueur. Le tyran adorable à qui je dis : Ordonne, Moi, j'obéis.
ORGON
Pour dot, sais-tu ce que je donne ?
LÉAN DRE.
Non.
ORGON
Aimes-tu la terre ou bien l'argent comptant?
L'un et l'autre a de quoi me rendre fort content.
ORCON.
La monnaie est meilleure, étant moins apparente.
85 Le Beau Léandre.
Oui, mais la terre aussi n'est pas, comme la rente, Variable.
ORGON
Eh bien ! donc, étant moins vieux que Loth, Je prétends marier Colombine sans dot, Et tu peux rengainer ton épée et tes larmes Pour d'autres amours.
LÉANDRE, à part.
Diantre !
Haut.
Épris de ses seuls charmes.
Sachez que je l'adore, et que ma passion Ne prétend rien de plus que sa possession.
ORGON
Cela va bien.
LÉANDRE
Brûlant d'une ardeur sans seconde, Avec elle mon sort est le plus beau du monde.
ORGON
As-tu de l'argent ?
Non, pas sur moi.
ORGON
Mais ailleurs En as-tu?
LÉANDRE
Moi ? J'espère en des destins meilleurs.