‹ Comédies (volume 3)Chapitre 56 sur 229 · Scène IV · texte numérisé non relu

Scène IV

Et j'ai vu des papiers dans mes bibliothèques,

Par lesquels tous mes biens sont grevés d'hypothèques.

ORGON

Que ne le disais-tu tout d'abord ? Touche là.

Mouvement de joie de Léandre.

Colombine n'est pas pour toi.

LÉANDRE

Comme voilà Un obstiné vieillard, bourreau de sa famille !

ORGON

Parlons raison. Crois-tu que j'aurai fait ma fille, Que chez une fermière, au fond de l'Angoumois , Du prix de mes sueurs j'aurai payé ses mois De nourrice ; qu'enfin de tout soin affranchie, Je l'aurai bien nourrie, élevée et blanchie, Et rendue à mes frais belle comme un printemps, Pour qu'un fat vienne après me la prendre à vingt ans Sans restituer rien des sommes déboursées?

LÉANDRE

Un bon père...

ORGON

J'entends. Point de billevesées.

Un bon père est assez payé de son amour Par le bonheur de ceux qui lui durent le jour : De ce que j'ai donné pour elle, cher Léandre, Je ne regrette rien, mais je prétends qu'un gendre, En signant le contrat, m'apporte de l'argent.

LÉANDRE

Et combien ?

88 Le Beau Léandre.

Vu qu'au fond je te sais indigent, Que je te vois gailltird et rose comme un moine, Et que cette beauté fut ton seul patrimoine ; Vu l'état misérable où toujours tu vécus, Et pour toi seulement, ce sera cent écus.

A part, avec malice.

Cent écus, c'est le trait qu'ici je lui décoche.

LÉANDRE, épouvanté.

Cent écus ! Faut-il donc dévaliser le coche D'Auxerre ?

ORGON

Sans croquer plus longtemps le marmot, Séparons-nous ici, voilà mon dernier mot : Cent écus trébuchants, ou bien pas d'hymcnée.

LÉANDRE

Cent écus !

ORGON

Cent écus.

Orgon, feint de partir, il va jusqu'à la porte, puis revient,

O fatale journée !

Où trouver sur la terre un pareil galion ? Il pourrait aussi bien vouloir un million. Ou bien me demander la gabelle et son coffre. Que faire ?

ORGON, revenant.

Eh bien ! as-tu pesé ce que je t'offre ?

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