‹ Comédies (volume 3)Chapitre 6 sur 229 · Acte I, scène IL · texte numérisé non relu

Acte I, scène IL

G N I PHON.

Tableau riant Et qui dut réjouir le magique Orient ! Tant d'hymens célébrés par tes épithalames! Les Déesses pleurant comme de simples femmes, Et rangeant à l'amour l'éternelle cité ! Mais comment a fini cette félicité Que ne troubla jamais le regard d'un profane ?

Dis, enfant ?

ÉR os.

Tu connais la cruelle Diane.

Elle seule, gardant le carquois des chasseurs, N'osa pas de l'hymen affronter les douceurs, Et sa poitrine où vole un parfum d'ambroisie, Sous les rayons du soir trembla de jalousie. Elle vint dans l'orage, aux lueurs de l'éclair, Embrasser les genoux du divin Jupiter.

L'Olympe était perdu d'honneur, assurait-elle, Si l'on ne me chassait de la troupe immortelle; Elle disait aussi que par tout l'univers Les poètes raillaient nos fautes dans leurs vers, Et riaient d'avoir vu sous des ailes de cygne Celui qui fait frémir les étoiles d'un signe ! Pour elle qui se plaît, redoutable à nos jeux, Dans l'horreur des déserts et sur les pics neigeux. Tremblante de la honte oà ce mépris la jette, Elle voulait s'enfuir dans les bois du Taygète, Et dans les antres noirs, pendant l'éternité. Ensevelir sa haine et sa virginité.

Qu'elle était belle ninsi, la Nymphe tutélairc,

Diane au bois.

Tordant sa lèvre ardente et rouge de colère ! Jupiter l'exauça, je partis pour l'exil. GNIPHON, à part.

Et certes, Jupiter ce jour-là fut subtil!

Haut, hypocritement.

Hélas !

ÉROS

Ne me plains pas, car ma vengeance est mûre. Déjà, glacé d'ennui, tout l'Olympe murmure. Et boit avec dégoût la céleste liqueur: J'en partis suppliant, j'y reviendrai vainqueur! Mais, vois-tu, mon secret est né dans ce bocage Comme il y doit mourir; c'est pourquoi je t'engage A n'en confier rien aux passants, rien aux bois. Rien à l'oiseau, rien môme à la biche aux abois ! Si tu trouves pourtant l'aventure plaisante, Parle, mais on te change en bête malfaisante. En vieux saule difforme ou bien en rocher noir, Et toi, si gracieux et si charmant à voir. Tu feras de la sorte une laide figure!

GNIPHON.

C'est la bataille! Eh bien, j'en accepte l'augure, Et, si j'étais bavard, je pourrais dire aussi Que, le soir, quand la lune au reflet adouci Fait briller sur nos fronts sa clarté diaphane. Tu courtises Glaucé, la Nymphe de Diane.

Visions'

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