Acte I, scène IL
Mener les gens au gré de ta tête fantasque! Nous lier? Nenni, da. Jeté connais, beau masque !
ÉROS
Moi !
GNI PHO N.
Je sais tout. Depuis que tu t'es fait berger, C'est un Dieu que ces bois ont l'honneur d'héberger !
Si tu m'as reconnu, tremble donc.
Plus d'entrave !
Hercule a devant toi fléchi ; moi, je te brave.
Avec ajfi'lerie.
Oiseau malin, j'échappe aux serres de l'autour !
ÉROS
Par quelle ruse as-tu deviné que l'Amour Se cachait, retenu dans un humble servage, Sous l'habit d'un bouvier, dans ce vallon sauvage ? Oui, les Dieux ont voulu mon exil, en effet!
GNIPHON.
Diane a fait le coup, je pense. Elle a bien fait. ÉROS, rêveur.
Tu demandais, Sylvain, qui m'a volé ma gloire Et mes splendeurs ? Vois-tu saigner mes pieds d'ivoire ? Avant les Immortels, parmi les Dieux géants Qui volaient, éperdus, sur les gouffres béants, Dans l'éther vaste, aux jours de la force première,
Diane au bois.
Je parus ; je naquis de la. pure lumière,
Fils de la flamme, esprit du monde essentiel :
Eh bien, regarde-moi, je suis banni du ciel !
GN'I PHON.
Bon !
J'y parus d'abord comme un enfant timide. Les Immortels, ravis par ma prunelle humide, Admiraient mon regard au fulgurant essor, Et tous ces meurtriers baisaient mes cheveux d'or. On disait : « Qu'il est beau , même dans ses tristesses! J'égarai sur mes pas les tremblantes Déesses Qui me nommaient le doux, l'harmonieux archer; Les durs Olympiens, dédaignant de marcher Aux combats, oubliaient leurs immortelles haines. Et mon feu pénétrant circula dans leurs veines !
G N I P H o N , soupirant.
Je connais ce feu-là !
EROs, s'aniinaiit.
Dans la céleste cour Ce ne fut que chansons et que soupirs d'amour ; Les aveux s'échangeaient au murmure des lyres ; Sous les bosquets divins, la mère des sourires Enchaînait Mars vaincu dans ses bras onduleux ; Phébus chantait sa peine, et Minerve aux yeux bleus. Pour la première fois jalouse de parure, Devant les miroirs d'or peignait sa chevelure. Junon se couronnait de fleurs !