‹ ComédiesChapitre 104 sur 271 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

GNiPHON, puis EUN1CE et MEUTE.

GN1PHON, de même.

Amour !

Se regardant au ruisseam.

J'en suis tu ut blême.

Gomme il m'a dit mon fait !

Avec exaspération.

J'aurais attendu, mais Hélas! n'être jamais aimé, jamais, jamais! C'est affreux ! Le crapaud lui-môme a sa femelle- Pourtant, ô solitude amie et fraternelle, Buissons ! que cela doit être bon de pouvoir Croquer à belles dents ces fillettes! de voir Le sourire qui sur leur lèvre en feu va naître! De leur dire tout bas : « Je t'aime ! » d'être maître De leur petit bras blanc et de leur joue en fleur, De leur petite main si mignonne, de leur...

' Entendant du bruit sous le feuillage.

Silence ! quelqu'un vient par là. Non, je me trompe. Quand mon cœur bat ainsi, j'ai peur qu'il ne se rompe î lanthé! Nisa! Doris! Ényo! j'en connais De ces oiseaux de neige... Ah! si je les tenais!

A ce moment, Eunice entre pensive, plongée dans une rêverie profonde, et S8 parle à elle-même, sans voir Gniphon qui la dévora des yeux.

EUNICE, se parlant à elle-même.

Il la nommait son cœur, son trésor, son amante. Maintenant, ma Glaucé gémit et se lamente, Et Diane l'exile à jamais. Pauvre sœur! Je la perds. Tout cela pour ce jeune chasseur.

Je voudrais seulement, le voir sans être vue, Et puis je m'enfuirais. Une peine inconnue Me tourmente, je ris, je me laisse enivrer Par le parfum des fleurs. Oh! c'est bon de pleurer! Elle cherche du regard et du geste dans tous les buissons. Il n'est plus là. Cherchons encore.

GNIPHON, regardant Eunice.

Quelle aubaine 1 Quinze ans, des mains de lys et des cheveux d'ébène I

«Eunice sort et Gniphon va pour s'élancer vers elle, mais au même instant entre Mélite de l'autre côté de la scène. Sa pantomime exprime qu'elle est animée des mêmes sentiments que sa sœur. Comme elle, elle cherche dans les buissons et sous les ombrages le jeune chasseur qui a causé le malheur de Glauçé.

MÉLITE, se parlant à elle-même.

Cherchons bien.

GNIPHON, apercevant Mélite.

Des cheveux couleur d'or et de miell

Mélite sort et Gniphon va pour la poursuivre, mais il hésite entre Eunice et Mélite, et regarde alternativement les deux chemins par où les Nymphes ont disparu.

Ici l'enfer m'attire, et par là c'est le ciel

Oui s'ouvre. Par ici la brune, ici la blonde.

Il faut ourdir un plan dans ma tête profonde.

Montrons, ii en est temps, le coup d'œil d'un gerfaut!

Une fée ! un démon ! deux femmes ! Il m'en faut

Une, en dépit des Dieux, et malgré leur séquelle.

Où les poursuivre? A droite? à gauche? Vers laquelle

Irai-je? Vers la blonde. Elle a les bras plus ronds.

Mais la brune pourtant...

Mélite paraît de nouveau , laissant voir seulement sa tête entre les feuillages, et disparait rapidement, comme dans un éclair. Gniphon s'élance du coté où a paru Mélite.

J'en tiens une. Courons I

Page 1