ACTE 11, SCÈNE IV
Foulant avec mépris l'éther surnaturel I Et l'aigle est moins rapide à monter vers le ciel Qu'à monter à ton front la rougeur n'était prompte Alors! Nymphe orgueilleuse, à présent bois ta honte;
ÉROS, humble et repentant.
Diane !
DIANE, avec le môme accent farouche.
Laisse-moi. Va! laisse-moi pleurer!
Laisse mon sein gémir et mon cœur s'ulcérer. Homme, ne trouble pas mon angoisse suprême. Maudite, désolée, en horreur à moi-même, Blessée enfin d'un mal que rien ne peut guérir, Je me hais. Que peux- tu d'ailleurs?
ÉROS
Je puis mourir.
Mais, Nymphe, sur le pauvre enfant que tu détestes Tourne encor sans courroux ces deux astres célestesl Approche, et sous l'éclair enivrant de tes yeux Je mourrai...
Avec effort.
sans regret!
DIANE, qui trahit son secret par un cri passionné.
Mourir! Toi! Justes Dieux!
ÉROS
Mais sache éfiparavant quelle flamme dévore Le printemps de ma vie, et combien je t'adore! Je suis Endymion, un berger fils de roi- Diane, le soleil de mon âme, c'est toi! La nuit, lorsque ton char de diamant s'élance Dans l'infini, je cours au bois plein de silence. Dans les plis des rochers hideux, où se suspend La ronce, je me glisse et j'avance en rampant.
Fuyons. Je n'irai pas. Jo ne veux pas. Je suis
La divinité morne et farouche des nuits,
Qui teint ses mains de sang en son mâle délire!
Luttant en vain.
Fuyons. Je ne peux pas. Non, mon cœur se déchire!
Exaltée et transfigurée, les yeux au ciel.
Eh bien, voile-toi donc, lumière ! Voilez-vous,
Flammes, clartés, flambeaux, regards du ciel jaloux!
Astres qui de l'azur brûlant fixez en foule
Sur moi vos yeux railleurs, éteignez-vous ! je foule
Aux pieds ma froideur sainte et ma divinité,
Et pour me repentir j'aurai l'éternité !
Lés yeux tendrement fixés sur Êro$.
Sur son visage l'ombre errante du platane Rit. Ne t'éveille pas,* divin enfant!
Elle s'approche d'Èrôs endormi et lui baise le Iront. Éros. c*R<taa*i de feindre, se jette aux pieds de Diane.
ÉROS, à genoux.
Diane, Jo t'adore I
DIANE, avec un cri déchirant.
Ah ! perdue I
ÉROS, suppliant.
Écoute-moi !
DIANE, éperdue, immobile, farouche et comme foudroya© par sa douleur.
Pleurez, Solitudes ! Maudis tes attributs sacrés, Chasseresse ! ,
Avec une ironie désespérée.
Pour toi la neige était impure I Et, vierge, tu trouvais au lys une souillure,