acte ii, sckse m
Par le vent qui dénoue en pleurant tes cheveux ! Fleur du cruel hiver, Nymphe auguste, je veux Qu'à ton tour, sur les monts éblouissants de neige Tu frissonnes, en proie au tourment qui t'assiège, Et que dans les déserts tu pleures à ton tour, Chasseresse éperdue et tremblante d'amour!
On voit la nuit tomber à demi, et le paysage s'effacer peu à peu.
Mais la nuit vient. Au fond de la voûte azurée
L'aile sombre du soir s'étend démesurée,
L'ombre cache en croissant les pieds des arbrisseaux,
Et je vois à la fois au ciel et sur les eaux
Où son brillant reflet d'argent tressaille et passe ;
L'arc de ma bien-aimée étendu sur l'espace I
Je t'en conjure, 6 Nuit suave, qui descends
Sur les coteaux parmi les feux incandescents!
Vous, lacs transis, moirés de sinistres lumières,
Je vous conjure, et toi qui ris dans les clairières,
Grande Nature, abri du chasseur indompté,
Obéis-moi! Qu'un air chargé de volupté
Vole, et répande avec de magiques paroles
Le même embrasement, des ailes aux corolles!
Que tout aime !
Détachant la flûte pendue à son cou.
Silène, heureux magicien, Assembla ces roseaux selon son art ancien. La Nymphe que les bois nomment avec mystère Accourra par reflet d'un charme involontaire Au son de cette flûte. Éveillons ses accords. •
JÈros s'assied sur un banc de pierre, et joue sur la flûte de Silène un chant rêveur et passionné, auquel répond un bruit lointain de cors, presque étouffé. Puis il prête l'oreille et écoute attentivement.
Rien. Là-bas c'est le bruit faible et mourant des cors. Éros reprend sa flûte et continue le chant commencé.
208 DIANE AD BOlSt
Fuyons. Je n'irai pas. Je ne veux pas. Je suis
La divinité morne et farouche des nuits,
Qui teint ses mains de sang en son mâle délire!
Luttant en vain.
Fuyons. Je ne peux pas. Non, mon cœur se déchire!
Exaltée et transfigurée, les yeux au ciel.
Eh bien, voile-toi donc, lumière ! Voilez-vous,
Flammes, clartés, flambeaux, regards du ciel jaloux!
Astres qui de l'azur brûlant fixez en foule
Sur moi vos yeux railleurs, éteignez-vous ! je foule
Aux pieds ma froideur sainte et ma divinité,
Et pour me repentir j'aurai l'éternité !
Lés yeux tendrement fixés sur Éro$.
Sur son visage l'ombre errante du platane Rit. Ne t'éveille pas,« divin enfant!
Elle s'approche d'Éros endormi ert lui baise le front. Éros. c*R*aan de feindre, se jette aux pieds de Diane.
ÉROS, à genoux.
Diane, Jo t'adore I
DIANE, avec un cri déchirant.
Ah ! perdue !
ÉROS, suppliant.
Écoute-moi!
DIANE, éperdue, immobile, farouche et comme foudroya© par sa douleur.
Pleurez, Solitudes! Maudis tes attributs sacrés, Chasseresse !
Avec une ironie désespérée.
Pour toi la neige était impure I Et, vierge, tu trouvais au lys une souillure,