scène m. 32É
Quand, mettant à néant L*ennui, les mauï ^aus nombre, Dana notre cœur, ainsi qu'en un bocage sombre, Le rossignol Amour fredonne sa chanson I Quand irons-nous?
Jamais. Je veux rester garçon.
NÉRINE, feignant de pleurer.
Ahlahl
SCAPIN, la calmant.
Nérinel
NÉRINE
Ah! ah!
SCAPIN
Nérine 1
NÉRINE
Ahlahl
SCAPIN
Nérine l
NÉRINE
Ahlahl
SCAPIN
J'aimai toujours ta bouche purpurine 1 Mais...
NÉRINE
Ahlahl
SCAPIN
Parle-nous 1
Ah!
SCAPIN
Nérine !
530 LES FÛCnlIERIE* »E NÉItlNE.
NÉR1NE , avec volubilité.
Va-t'en, Satrape l Lestrigon ! crocodile l Satan I Voleur d'âmes! flatteur à langue vipérine! Pendard l méchant ! vaurien ! fourbe I effronté !
scapin,
Nérinel Amicalement.
Je ne veux pas, avant l'heure de mon trépas, Me marier.
NÉRINE
Pourquoi ne le voudrais-tu pas, Cruel, cœur de rocher, plus dnr qu'un ours de Thrace ?
SCAPIN
Pour imiter mon père et tous ceux de ma race Qui ne se sont jamais mariés.
NÉRINE
Il fallait Me dire tout cela, méchant, quand ruisselait Sur nos têtes ce doux soleil du mois des roses, Lorsqu'au fond de ces vieux jardins aux portes doses Dont le soir caressait la belle floraison, A l'ombre des jasmins, tu me...
SCAPIN, très-froidement.
Parlons raison.
Je suis Scapin. Je suis cet intrigant illustre. Chaque jour à ma gloire ajoute un nouveau lustre. Que d'exploits ! Des tuteurs raillés, des jeunes gens Aimés, grâce à mes soins toujours... intelligents ! Belles inventions ! superbes stratagèmes Sur lesquels l'avenir écrira des poèmes ! Ruses ! déguisements ! des Turcs tombant des cieux Pour arracher l'argent anx avaricieux !
SCÊXE TU* 2r>
Les sacs passant des mains des pères dans les mie an es
Pour servir de rançon à de» Égyptiennes î
Dans quelle vie heureuse et bizarre voit-on
Plus de sequins, d'amour et de coups de bâton?
Qui donc, dupant Géronte, a rendu populaire
Son : « Que diable allait-il faire à cette galère ? »
Qui l'a mis dans un sac, et dans cet appareil
A battu le vieillard poudreux au grand soleil ?
J'ai vaincu, dans ces lieux où mon audace brille,
Trivelin, Scaramouche et le grand Mascarille
Et les destins; j'ai mis la gloire avant le pain,
Et quand on veut nommer la fourbe, on dit : Scapin !
Et tu voudrais, Nérine, en ton désir pendable,
Avec le grand valet illustre et formidable,
Tour à tour envié, béni, craint et flétri,
Faire cet animal qu'on appelle un mari !
NÉRINE
Quand vous m'aimiez, jadis, vous parliez d'autre sorte!
SCAPIN
Voilà mon sein !
Il ourf e son couteau.
Veux-tu, dis, que ma vie en sorte?
n ferme son couteau et le remet dans sa poche. — Avec indignation.
Mais Scapin marié ! Que diraient mes aïeux,
Mon passé, mon histoire, et ces bandits joyeux
Qui chantent mes hauts faits en pinçant leur guitare?
O prodige inouï ! Monstruosité rare !
Coup d'œil inattendu ! Non, plutôt que de voir
Cette métamorphose horrible à concevoir
Du lion subissant une injure dernière,
On verrait le Vésuve à l'ardente crinière
Changer, sur les sommets où son panache luit,
Son aigrette de flamme en un bonnet de nuit,
53* LES FODROEHllîS DE NÉRINE4
Et, quittant les forêts qui lui servent d'asile, L'ours de Norvège errer dans les monts de Sicile l Chez nous grandit le myrte et non pas le sapin, Et Scapin marié ne serait plus Scapin ! Malgré les accidents, les revers, les désastres, Je reste moi. Voilà comme on va jusqu'aux astres!
NÉRINE, à part.
Ah ! tu fais le Cyrus ! Mais pour te châtier, Je m'en vais te servir un plat de ton métier,
SCAPIN, avec une pitié outrageante.
Encor, si vous étiez de ces filles d'intrigue, Amantes du péril que leur grande âme brigue 1 Une Frosine allant jusque chez Harpagon Voler la toison d'or sous les yeux du dragon 1 Je céderais ! — Mais quoi ! tu n'as pas de génie. Naïve comme Agnès et comme Iphigénie, Tu n'es qu'un pauvre agneau fait pour la dent des loups. De quel pas suivrais-tu le prince des filous Qui s'en va triomphant vers la race future ? , Je t'explique cela. Tu comprends ? La nature N'unit pas au lion l'antilope aux yeux bleus; Elle met les grands pics sur les monts sourcilleux, Et, comme la tempête est du gouffre jumelle, Pour assortir Scapin veut un Scapin femelle I
NÉRINE
Mais...
SCAPIN
La foudre ne peut épouser que l'éclair. Grandis. Sois gigantesque et tu m'auras. C'est clair.
NÉRINE, à part.
Tu m'auras !
A Scapin, avec une humilité \pompeuse.
0 mon roi !
Changeant de ton»
scèsK nu 233
Tu t'en fut s bien accroire Pour quelques méchants tours fort dépourvus de gloire] Quoi, duper des barbons chancelants, et tailles Sur un patron si viens qu'on les croit entpaiUès; Ramper sur des fôçsQfts, comme IVinfiquc- Dave» Pour ho ire en frissonnant du tin dans une cave ; Te barbouiller de f&ngç et de sang, comme si Des spadassins t'avaient assommé, tout ceci Pour voler une montre à quelque Égyptienne ; Descendre à copier cette aventure ancienne De travestissement, faire le loup-garou Pour bâtonner ton maître, aussi poltron que fou ; Puis, lorsque, dissipant ta grandeur usurpée, Frémit devant ton front le vent froid d'une épée, Te jeter à genoux et demander pardon, Et bientôt de César devenir Laridon, Voilà de beaux états de service ! J'admire Que tu ne chantes pas ces hauts faits sur la lyre, Et que, pour embellir ton front d'aventurier, Tu n'aies pas aux jambons dérobé leur laurier ! 0 grands événements, bien dignes de ta race ! Beaux exploits de valet qu'on bâtonne et qu'on chasse 1 Va, parle du Vésuve avec plus de douceur, Pauvre lièvre, fuyant au souffle du chasseur I Tes divertissements,' dont tu nous fais parade, Sont bons à figurer dans une mascarade ; Tes ruses n'ont cervi de rien, tu t'es vanté, Tu n'imagines rien, tu n'as rien inventé, Et, s'il faut parler franc, je crois que ton mensonge Confond la vérité palpable avec le songe, Et que, pareil au chien qui se mire en un lac, Tu n'as même pas mis Géronte dans le sac \
SCI PIN, abasourdi.
Quoi!
231 LES FO tilt B ERIK 5 1> £ NÉTUKE.
NKRl^Ej montrant Scapin. Avec dédain.
Pleurer pour ce drôle L A présent, j'en ai bonté 1 Allant à Scapin, etluî pr&iï&ût le in?ntïm. Pleurer.» ceci I
SCAPIN, au comble de l'ébahissement.
Gomment ! Je n'ai pas mis Gérante Dans le sac I
NÉRINE
Non.
SCAPIN
Je n'ai...
NÉRINE
Va dire à tes enu»
Ges contes à dormir debout.
SCAPIN
Je n'ai pas mis Géronte dan* le sac 1
NÉRINE
Non.
6CAPJN, exaspéré.
Alors, nie Homère, Achille, Troie en deuil I
NÉRINE
Ce sac n'est que chimère.
Tu fus toujours menteur de la nuque aux talons.
SCAPIN
Moi I moi I Je ne l'ai pas mis dans le sac l
Parlon, Raison. Quoi ! le vieux, pris à ta ruse grossière, Se serait allé mettre en cette souricière l