‹ ComédiesChapitre 14 sur 271 · SCÈNE DEVANT LE RIDEAU · texte numérisé non relu

SCÈNE DEVANT LE RIDEAU

THALIE

C'est encor moi ! tandis que devant leurs miroirs Nos acteurs là dedans mettent leurs cheveux noirs

Et nos actrices leurs bas roses, Tandis que les auteurs surveillent les apprêts, • Encouragent la troupe, et mordent leurs gants frais

Dans des attitudes moroses,

Je viens vous saluer et vous considérer ! Tremblante, moi qui dois tous à tous vous montrer

Sous quelque saisissant emblème^ Moi qui dois résumer chaque entretien banal Dans un vers résonnant, et donner au journal

Le charme grave d'un poëme !

Muse, on m'appellera La Revue aujourd'hui ! Déesse, sans pleurer l'Olympe que j'ai fui,

Je cours la rue et m'humanise, Moi qui dictai jadis le joyeux rituel De Scapin, de Falstaff et de Pantagruel,

Moi qui fis Gozzi pour Venise!

J'ai suivi ces sentiers souvent, quand je marchais, Affilant à Paris ton rasoir, Beaumarchais,

A Madrid excitant Cervantes, Courant où la satire à l'ode s'accouplait, Semant dans le roman, le drame ou le pamphlet

L'idéal des choses vivantes !

12 LE FEUILLETON D " & &i ST O P M A!-: E.

La Revue ! Un cœur droit bat sous ses habits fous l Hier encore, elle errait au milieu des bambous

Ou l'oncle Tum bâtit sa case, S'enivrant du grand cri qu'une femme a jeté Pour unir par l'amour et par la charité

Les deux univers en extase !

Cette fois, je n'ai pas ces nobles familiers. Mais vous accueillerez, Messieurs , mes écoliers

Dévoués aux gloires anciennes, libres aventuriers résignés aux échecs.

Et, volontiers, faisant parler la prose aux grecs,

Et les vers aux parisiennes !

Aristophane manque l Eb bien, vous, vous restez. Nous vous réjouirons, si vous nous écoutez!

fttfus décrirons vos types rares, Nous peindrons en riant vos côtés sérieux, Et pour donner l'aubade à Paris glorieux,

L'Ûdéou aura des fanfares I

L'Odéon I c'est toujours pour Tes prit des journaux Le volcan dont le temps éteignit les fourneaux,

La Palmyre aux détours sonores Dont jamais un Volney ne trouble le repos. Et le morne désert où ronllent des troupeaux

De buffles et d'onocen taures l

Mais, quand ils ont, pendant les farces du début, Contre notre Odéon et contre l'Institut

Décoché la flèche ennemie, Les railleurs h leur tour révent un Panthéon, Et, leur œuvre à [a main, tourmentent l'Odéon,

Celte clef de l'Académie 1

eGSWB DEVAIT LE îlTDrtlAU, 13

Qu'ils viennent! Le chemin qui me ne à ces diserts Est depuis quarante ans peuplé tous les hivers 1

Ils auront d'illustres complices; Les maîtres ici, tous estimés à leurs taux, Pour leurs bustes futurs ont tous des piédestaux

Dans les portants de nos coulisses 1

Nos poètes, dont rien ne lasse les efforts, Pour le jeune public prodiguent des trésors

Dont l'avenir saura la somme, Sur cette scène aimée où germe chaque épi, Où Tartuffe naguère escortait le Champi,

Où vint Sophocle avant Prudhomme !

Parterre, applaudis-nous ce soir! Car nous t'aimons l Car nous croyons, malgré les grotesques démons

Des esthétiques surannées, Que la Muse est jolie, et que ses ouvriers Sont chargés, en dépit des vieux ealer>drier»f

D'éterniser les vingt années !

la revue;

L* salon d*un h munie ûe lettres, MeuLles élégants, bibliothèques, objets d'art. A droite et k gauche sur la muraille du fond aonl peu dus deux grands tableaux représentant, personnifiées, la Peinture et la Musique* Aristophane, en costume moderne, est endormi sur un sopha encombre de livres et de journaux, parmi les coussins en désordre.

SGENE PREMIERE.

ARISTOPHANE

S'éveHiant,

Holà, Sosie 1 Holà, Charionï Par Hercule,

J'ai manqué choir l Allons ! quel rêve ridicule

Je faisais là tout seul î Au fait, ai-je rêvé ?

Mais non. C'est inouï, que m'cst-il arrivé?

Au moins, je sais mon nom redouté du profane!

Je ne me trompe pas, je suis Aristophane,

Et c'est moi qui vingt ans, d'un vers mélodieux,

Combattis pour le grand Eschyle et pour ses Dieux ï

Passant sa main sur sou front.

Tout cela m'épouvante, et tient de la merveille, Où donc est mon figuier"? D'où vient que je m'éveille Sur un sopha? Qui m'a donné cet habit bleu (L boutons d'or, coupé par Dusautoy? Parbleu, D'où eonnais-je le nom de Dusautoy? Ma tôte, -ileubléo à neuf de tant de choses, m'inquiète, Ji> sais qui m'a vendu ce stick, et je sais qui M'a fait ces brodequins, un nommé Sakoskil

Il preau sur son bureau un cigare, et J'allume.

Je sais que cette armoire est un meuble de Boule Délicieux; les mots m 'apparais sent en foule.

LA HEVDK, SCÈNE II, Hj

Oui, je sais que je fume un londrès assez doux

Et sec parfaitement, qui m'a coûté huit sous !

"Voici mon encrier! Ce verre diaphane

Est mon lorgnon ! Je suis, non plus Aristophane,

Mais Vernin, et je vais commencer à midi

Un feuilleton charmant qui paraîtra lundi !

Tâchons de rassembler mes souvenirs !

Thalie entre, en longue tunique blanche brodée d'un rameau vert, les cheveux couronnés de vignes, et chaussée de brodequin» dorés.

ARISTOPHANE, apercevant Thalie.

Thalie l Elle m'expliquera si c'est de la folie !

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