SCÈNE IV
MEHCOHE.
Là, jusqu'à l'éternité future, Fidèle ami, je la garderai.
VÉNUS
Ma ceinture I
MERCURE
En elle je pourrai revoir ta lèvre en fleur Et tes beaux cheveux d'or!
VÉNUS
Ma ceinture I Au voleur 1
Un coup de tonnerre retentit, Vénus et Mercure se séparent vivement et gardent un moment le silence.
Tiens I Jupiter m'entend. C'est un coup de tonnerre,
MERCURE, souriant, à part.
Non. Hébé m'avertit. Le maître débonnaire A fait sa paix. Le cygne a réparé ses torts. Donc, je n'ai plus besoin de la ceinture. Alors Soyons grand.
Haut.
0 Vénus, je t'éprouvais. Cette arme Céleste, la ceinture où dort le divin charme, Objet de tes regrets, dont les feux enivrants Embrasent la nature...
VÉNUS
Eh bien?
Je te la rends l
VÉNUS
Encore!
MERCURE
Encor, Cypris!
VÉNUS
A cause du tonnerre, Traître! — Tu vois qu'avec sa justice ordinaire Le maître t'y contraint. Ne fais pas l'étonné.
MERCURE
Tu te trompes. Là-haut Jupiter a tonné
Pour réclamer sa pomme. En cette conjecture,
Je pouvais, en offrant à Junon ta ceinture,
Désarmer sa colère avec ce riche don,
Mais il ne me plaît pas d'obtenir mon pardon!
VÉNUS
Quoi!
MERCURE
Règne. Sois heureuse en ce riant asile. Moi, je cherche la brume et l'oubli. Je m'exile.
VÉNUS
Pourquoi donc?
Mon malheur n'est rien, mais tu l'accrois En ne voulant pas croire à mon amour!
VÉNUS, tendant ses mains à Mercure.
J'y crois!
MERCURE
Vrai?
VÉNUS
, Vrai, Mercure.
MERCURE
Eh bien ! non ! Ce trait me désarme.
Entends-moi. J'aurais tout donné pour une larme D'Hébé. Mes vœux, mes pleurs, mes récits, mes tourments, Rien n'était vrai. Depuis ce matin, je te mens Comme un soleil d'avril! je te volais, parjure, Ta pitié douce, après t'avoir pris ta ceinture.
BCÊNE IV. 281
C'est assez de mensonge et de vol en un j cuir, Cyprïs,
Avec L'accent de l'amour vrai.
Je ne veux pas te voler ton amour 1
VÉNUS
Allons, tu mens encor 1
MERCURR.
Moi?
Dans ce moment même.
Tu mentais ce matin en me disant : « Je t'aime, » Mais l'amour invisible est toujours sur tes pas, Et tu mens en disant que tu ne m'aimes pas!
Elle donne à Mercure un soufflet amical .
Innocent 1 — Mieux que toi j'ai vu sous tes paroles Tout ce que tu pensais. Qui te dit que tu voles Ce que je donne? Vois!
MERCURE, tombant agenouillé aux pieds de Vénus.
Ta lèvre me sourit l Tu pardonnes 1
VÉNUS
Vénus aime les gens d'esprit. f
MERCURE
Ma reine I ma Déesse !
VÉNUS
Oui, mon cœur te pardonne <"•
Sans peine. Et puis...
MERCURE
Et puis?..
À présent, c'est ton coeur, Cypris, que je te joue!
Haut à Venus.
Tu garderas ta place au chœur olympien. Je te rends ton serment. Je ne veux rien.
VÉNUS, étonnée.
Rien!
MERCURE
Rien
VÉNUS
Tu m'étonnes!
MERCURE
Je vais t'étonner plus encore!
Tu m'as trompé, tu m'as exilé; je t'adore Et te bénis ! Cypris, croiras-tu désormais
A la sincérité de mes paroles?
VÉNUS
Mais L'inflexible courroux de Jupiter?
mercure.
Qu'importe Si le palais sacré ferme sur moi sa porte Et si je ne vois plus les demeures des Dieux? Je le subirai seul; ce courroux odieux, Et pour moi, pauvre fou qui t'adore et qui t'aime, Si tu ne me hais plus, l'exil c'est le ciel même!
VÉNUS, touchée.
On ne te connaît pas !
MERCURE, en tartuffe.
Non. Mais toi, maintenant, Tu me connais!
VÉNUS
Les Dieux loin du ciel rayonnant
SCÈNB IV. 277
Vont V exiler! Tu pars chargé de leur disgrâce I Mais moi, je ne suis pas de celles qu'on surpasse Eu générosité. Que ton front abattu Se relève ! Tu dois fuir l'Olympe ! Veux-tu „ Ma Gypre bien-aimée, et ces villes d'où monte Vers moi l'encens? Paphos, Idalie, Amathonte? Dis, veux- tu Salamine, enchantement des cieux?
MERCURE
Je voudrais, je l'avoue, un bien plus précieux Que Paphos, Amathonte, et même Salamine!
VÉNUS
Ces joyaux, que le feu des rubis illumine, Plus brillants que jamais aux cieux n'étincela Le matin, les veux-tu?
MERCURE, avec intention.
Non. Ce n'est pas cela Que je voudrais.
VÉNUS
Veux-tu ces agrafes ? ces boucles De saphirs? ces colliers où de mille escarboucles Frémit l'éclair, qui met l'univers sous ma loi?
Non. Je veux plus encor!
VÉNUS
Veux-tu... que sais-je, moi!
Ma ceinture !
MERCURE, laissant échapper un cri de joie et de triomphe
Ah!
VÉNUS
C'est donc cela?
Î78 la i-jmie.
MERCURE, composant UuftftâtMniâat sou visage et affrétant use profonde indiflérençe.
Non. Ta ceinture 1 Quelle folie l
VÉNUS, à part.
fl n'en veut pas 1
Haut.
Prends-la, Mercure.
Tiens. Prends-la pour charmer l'ennui de ton exil.
MERCURE, hypocritement.
A quoi bon? Qu'en ferais-je?
VÉNUS, à part.
Au fait, qu'en ferait-il?
Haut
Si. Prends-la. Je le veux:
Lui mettant la ceinture dans la main.
Accepte-la, te dis-je.
MERCURE, prenant la ceinture des mains de Vénus.
Cette ceinture émue et vivante, ô prodige l
Tu me l'offres, à moi, Cypris! En vérité
J'en rougis! Dieu connu pour mon austérité,
D'un œil indifférent et sec je la regarde,
Mais, puisque tu le veux, chère âme... je la garde!
VÉNUS, stupéfaite.
Ma ceinture 1
MERCURE, voulant cacher dans sa poitrine la ceinture de Vénus.
Les feux dont elle m'enflamma Brûleront à jamais cette poitrine !
VÉNUS
Ma
Ceinture 1
imams.
Là, jusqu'à l'éternité future, Fidèle ami, je la garderai.
VÉNUS
Ma ceinture!
MERCURE
En elle je pourrai revoir ta lèvre en fleur Et tes beaux cheveux d'or!
Ma ceinture! Au voleur 1
Un coup de tonnerre retentit, Vénns et Mercure se séparent vivement et gardent un moment le silence.
Tiens! Jupiter m'entend. C'est un coup de tonnerre,
MERCURE, souriant, à part.
Non. Hébé m'avertit. Le maître débonnaire A fait sa paix. Le cygne a réparé ses torts. Donc, je n'ai plus besoin de la ceinture. Alors Soyons grand.
Haut.
0 Vénus, je t'éprouvais. Cette arme Céleste, la ceinture où dort le divin charme, Objet de tes regrets, dont les feux enivrants Embrasent la nature...
VÉNUS
Eh bien?
MERCURE
Je te la rends l
VÉNUS
Encore!
MERCURE
Encor, Cypris!
FLORISE