A VOU
Emplissant un autre verre qu'il offre à Amarante. Prenez ce verre avec vos petits doigts, —
CÉLIDÉE, à Amarante.
Et buvez.
AMARANTE, à Olivier.
Monseigneur, je suis votre servante, OLIVIER, offrant un verre à Lucinde.
Vous aussi.
LUCINDB.
Monseigneur...
298 FLoniSE.
OLIVIER, à Lueinde.
Les plus beaux yeux qu'on vante Ne valent pas ceux-ci.
CÉLIDÉE, à Gufflemette. t
Va presser le festin.
Guillemette sort»
HARDY, àCélidée.
Madame, nous rendons grâce à notre destin, Puisque notre infortune, aussitôt adoucie, Nous vaut tant de faveurs, dont je vous remercie. Nous ne troublerons pas vos heures; nous passons. Et, nourris dès l'enfance au bel art des chansons, Mes compagnons ont tous l'humeur vive et plaisante. Mais il sied, n'est-ce pas? que je vous les présente. Voici donc, car chacun doit venir à son tour, Désignant Amarante et Lucinde.
Deux cruelles que suit le mendiant Amour, —
OLIVIER
En effet, deux Vénus!
HARDY, continuant.
Amarante et Lucinde.
Montrant Amarante.
On voit dans ces yeux-ci les diamants de l'Inde,
Montrant Lucinde.
Et là, nos cœurs sont pris avec des tresses d'or.
AMARANTE, h Célidée.
Il ment un peu.
HARDY, continuant à présenter les comédien*.
Voici le seigneur Rosidor, Un brave qui, dans maint combat au clair de lune, Put faire voir un cœur plus grand que sa fortune.
ÀCTC 1, Si &fl £ III, 21)0
Sa vïe'est, j'imagine, un roman curirux
Où sa vaillance rare et ses coups furieuï
De' ses persécuteurs ont dûjoue les trames.
Voici deux ans passés que nous le reneon Liâmes,
Vers l'heure où le soir tombe, à l'angle d'un chemin,
Vctu comme un seigneur, et l'épée à la main.
Son bras, toujours vainqueur, venait de mettre en fuite
Quatre hommes; d'autres gens étaient à sa poursuite.
En un si grand péril, nous le prîmes alors
Sur notre chariot, pour tromper leurs efforts.
C'est ainsi qu'il entra dans notre compagnie,
Où notre art pour un temps occupe son génie.
ROSIDOR
0 dit bien, car je fus, en des chemins divers, Porteur d'épée avant de réciter des vers, Et la Victoire était ma plus fidèle amante.
OLIVIER
La Victoire eut alors bon goût
HARDY, désignant les deux derniers comédiens.
Monsieur Pymante Et monsieur Jodelet. Pymante et Jodelet Ont fait figure, l'un en roi, l'autre en valet. L'un est fort maigre ; l'autre a le nez qui flamboie. L'un est triste et pensif; l'autre crève de joie.
PYMANTE, d'une voix de tonnerre.
L'autre, c'est moi.
OLIVIER, regardant le nez de Pymante.
Je puis en juger à ces rayons De pourpre.
HARDY, à Olivier.
Enfin, monsieur le comte, nous avions Une compagne encor, Celle-là...
300 F LOUISE
OLIVIER
Que n'est-elle Venue?
HARDY
Imaginez les traits (Tune immortelle, Un esprit qu'il nous faut adorer à genoux; Un cœur... Je ne l'ai pas amenée avec nous, Parce qu'elle n'est pas de celles qu'on expose Aux périls d'un accueil incertain.
LUCINDE
Je suppose Qu'alors nous sommes, nous, de celles-là.
HARDY, à Lucinde.
Pardon,
A Olivier.
Mais celle dont je parle a reçu, comme un don Des cieux, la grâce pure avec la poésie : De ses lèvres de feu coule cette ambroisie, Et sur sa bouche rose, où le printemps sourit, La rapide lueur qui vient de son esprit Brille et voltige, ainsi qu'une fleur de lumière. Chez un pauvre berger très vieux, dont la chaumière S'éclaire aux feux charmants de son œil irisé, Elle est restée auprès du chariot brisé, Et c'est Florise, enfin !
CÉLIDÉE.
• Quoi! l'illustre Florise l
OLIVIER
Cette Florise qui, de toute gloire éprise, • Par son génie insigne, à tant de grâce uni, Fait oublier sitôt la belle Andréani?
CÉLIDÉE.
Celle dont la fierté, la douceur, la bravoure Ont enchanté les cœurs de tout ce qui l'entoure?