LA COMÉDIE HUMAINE
Sous le dais du ciel bienfaisant Où tout ce qui fut grand respire, Près de Molière et de Shakspere Balzac se repose à présent Dans l'éternité du sourire.
Et, penché vers son monument Que baigne une lumière ardente, Avec sa parole abondante Il le commente longuement Pour Rabelais et pour le Dante !
Oh! c'est la moderne Babel !
Vautrin le forçat sur sa nuque Colle sa menteuse perruque; Mais Caïn se double d'Abel, Vautrin est coudoyé par Schmucke.
Lk REVUE, ffCftlffi II. i7
Bixiou, Finot et Lora, Chez les duchesses dédaigneuses Unissent leurs mains besogneuses, Dans le boudoir des Fœdora, Dans le salon des Maufrigneuse»,
Chez madame de Bargeton Lucien est enfant prodige ; Fraisier s'acharne à son litige, Et Lousteau vit du' feuilleton Que sa maîtresse lui rédige.
Chacun convoite son trésor, Marcas la tribune et la lutte, Grandet les jaunets qu'il suppute, Et Marsay la fille aux yeux d'or, Qu%un infâme amour lui dispute.
Puis, à côté des portraits vils Que le grand songeur accumule, Esther, âme folle et crédule, Sourit auprès des purs profils D'Eugénie et de l'humble Ursule.
Claës se tord sous l'-idéal,
Et Véronique désolée,
Dans sa pénitence voilée
Regrette le parfum natal
Du chaste Lys de la Vallée.
Merveilleuse apparition ! /
Devant la troupe favorite, Les héros que sa voix suscite Se meuvent; la création Sous l'œil du Créateur palpite.
18 LE FEUILLETON D*ÀïtIFTOFHArfE.
Car l'historien a jeté
Dans cette histoire de la vie.
Sans pitié comme sans envie,
Tous les types d'humanité
Qu'on couronne ou qu'en crucifie*
Et, quatid il lui plaît de tout voir, , Ce merveilleux metteur en scène Plante ses décors et promène Dans leur uniforme habit noir Tes acteurs, comédie humaine!
ARISTOPHANE
Et moi, verrai-je tout?
Tout! non pas, mon ami.
Tant de bien ne vient pas au songeur endormi! Ce que je puis t'offrir de mes petits services, C'est d'évoquer vivant, avec ses mœurs, ses vices Et ses amours, s'il est encore des amours, Un coin de l'an qui fuit dans le gouffre des jours.
ARISTOPHANE
Par quel moyen?
THALIE
Il est très-simple. Un journaliste Plein de bonheur, de verve et de tact, un artiste, Un Théophraste avec quelques grains de Platon, À mis depuis vingt ans au bas d'un feuilleton Plus d'esprit, envié par d'élégantes plumes, Qu'il n'en aurait fallu pour faire cent volumes.
ARISTOPHANE
Quelle imprudence!