duTdauia
DEÏDAMIA.
Hélas!
ACHILLE, allant à Deïdamia et la prenant dans ses braa. Ne pleure pas, ma Deïdamia !
Car il ne peut mourir, l'amour qui nous lia, Et tu vas avec toi garder plus que moi-môme, Puisque tes yeux verront le doux Néoptolème Cependant que j'égare au loin mes pas errants. Conserve en toi mon souffle et ma pensée, et prends Mon âme, à ce moment suprême où je t'embrasse !
LYCOMÈDE, à Achille.
Sois digne de ta mère, et digne de ma race ! . Car je ne puis, vieillard dont s'éteignent les jours, Porter dans Ilios environné de tours Le carnage eMe choc horrible des armures, Avec les AcLôens aux belles chevelures !
ACHILLE
Moi, j'irai ! Car en moi, ton fils jeune et vainqueur,
Revivront ta jeunesse intrépide et ton cœur !
Roi, lorsque tu parais, blanchi, devant ces portes,
Tous s'inclinent devant le sceptre que tu portes •
Tout ce que je ferai, c'est toi qui le feras : '
Ta force redoutée animera mon bras,
Et ceux qui me verront, si ton souvenir m'aide
Au combat, diront : « C'est un autre LycomKc ! »
Car 1 amour du péril, âpre et délicieux,
La bravoure qui fait briller mes sombres yeux
Et l'orgueil inflexible et fier que je savoure
En moi, c'est ton orgueil, père, et c'est ta bravoure I
A Ulysse et à Diomède.
Et maintenant, déjà s'enflant et se levant, Nos voiles doucement frémissent dans le vent;
ACTK tlt, SCÈNE IV» 430
L'air est pur, je me sens plein d'an espoir céleste ! O mes amis, partons.
DEÏDAMIA, s'attachant aux pas d'Achille.
Non, je ne veux pas. Reste.
€e que tu vas chercher là-bas, c'est le trépas ! Je garde mon trésor. Je ne te donne pas ;
Au carnage, qui souffle avec sa froide haleine» Que nous font les amours de cette fauve Hélène ? j
Que nous importe si Paris, folle d'amour, L'emporta, cependant qu'à la chute du jour, La petite Hermione, avec des cris sauvages, En se tordant les mains courait sur les rivages ? Un Atride n'a pas su conserver son bien Dans sa demeure? moi, je veux garder le mien. Que cette Hélène fasse un brasier de l'Asie ! Et que la haine, au lieu d'un souffle d'ambroisie, S'exhale de sa bouche et de ses blonds cheveux ! Que tous la suivent! moi, j'y consens. Je ne veux Lui disputer qu'Achille et que Néoptolème. Tu ne partiras pas. Je ne veux pas. Je t'aime !
ACHILLE
Ma mère, dont l'encens blanchit les purs autels,
Me l'a dit : seul parmi tous les hommes mortels
Qui servent de jouet aux Parques obstinées,
J'ai le droit de choisir entre deux destinées.
Oui, si je vais à Troie, où le deuil effrayant
S'apprête, je mourrai tout jeune, mais ayant
Fait de nombreux travaux; jusqu'à l'heure dernière
Conducteur de chevaux à la blonde crinière,
Ayant pris et conquis de mon bras souverain
De l'argent et de l'or et des trépieds d'airain.
Je mourrai comme il sied à des Rois que nous sommes,
Faisant voler mon nom sur les bouches des hommes,
Et n'ayant plus en moi rien à purifier;
££() D El P AMI A.
Car cette Hélène à qui je veux sacrifier La vie, avec raison tant chérie et vantée, Ce sont les Dieux, et c'est la patrie insultée l Et mon renom splendide et pur de tout affront .Servira de parure éternelle à ton front; Les chanteurs, dont le cœur répugne aux choses viles, Chanteront mes combats merveilleux dans les villes; Et ruand tu passeras, la fierté sur le front Et l'orgueil dans les yeux, les laboureurs diront En promenant le soc dans la terre fertile : u Voilà celle qui fut la compagne d'Achille ! » Je puis aussi, les Dieux l'ont permis, vieillir dans Un palais, content, vil, infâme, accablé d'ans, Accessible à la peur hideuse qui nous dompte, Puis mourir enfin, plein de vieillesse et de honte; Et quand ton fils pourra soulever de sa main Le sceptre d'or, s'il passe un jour dans un chemin, Tous les hommes, qu'il veuille ou non remplir sa tâche, Diront : « Voilà le fils de ce roi qui fut lâche ! » Et les vierges enfants aux rires querelleurs Qui vont d'un pas léger sur les coteaux en Heurs, Et dont le front est gai comme un matin de fête, Avec un dur mépris détourneront la tête.
DEÏDAMIA.
Vois, ami, je t'écoute et ma lèvre sourit,
Car ton souffle est entré vivant dans mon esprit.
Va combattre et mourir! Cette route est la tienne.
Les fils des Dieux n'ont plus rien qui leur appartienne,
Et, prêts à succomber dans leur jeune saison,
ils' n'ont pas de famille et n'ont pas de maison.
Prenant leurs jours, ainsi qu'une amante jalouse,
La Patrie au divin sourire est leur épouse.
La gloire est le seul bien de quxonque est né roi,
Car celui-là se doit à tous, et c'est pourquoi,