‹ ComédiesChapitre 257 sur 271 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

CLÉOPATRE

Il partirait! Et moi? Moi, je resterais seule Dans cette affreuse Egypte au sombre front d'aïeule, Où partout nous entoure, ainsi qu'un vaste mur, . Le ciel farouche, fait d'un implacable azur; Où d'un air inquiet, ainsi que des molosses, Veillent d'horribles Dieux et de hideux colosses ; Où les vivants sont pleins de deuil et de remords Et se plaignent tout bas à l'oreille des morts ; Où les globes ailés, les serpents, les balances Ne parlent que de morts aux éternels "silences ; Où comme en une tombe au couvercle brûlant Brille l'œil du soleil, toujours rouge et sanglant! Ah! sans doute avec lui j'aimais l'Egypte noire, Mieux que la <îrèce amie où sont les Dieux d'ivoire Et les myrtes fleuris et les ruisseaux d'argent ! Mais qum donc! je verrais son départ outrageant! Je resterais, moi qui l'adore, abandonnée ! Et cependant à Rome, en moins d'une journée, Octave et Lépidus, ces cœurs bas et rampants, Auraient bientôt fait rire Antoine âmes dépens; Ils sauraient l'enchaîner au gré de leur envie, Et César lui dirait : « J'ai ma sœur*Octavie ! » J'aurais une rivale encor ! moi dont les fils Régnent, moi que la terre admire comme Isis, Et nomme, sous l'éclair que mon regard lui jette, Délices du soleil et déesse É vergeté ! Je ne veirx pas. Avant que ce sort odieux Accable mon amour, je serai morte. 0 Dieux

De jaspe, qui rêvez, sinistres, sur des trônes 1

Célestes éperviers, dont les prunelles jaunes

Ont brûlé mon visage avec leurs flammes d'or,

Je vous adjure ! Et toi, reine, déesse Hâthor

Qui, sans avoir pitié de nos angoisses vaines,

Fais courir le désir déchirant dans nos veines,

Et toi, Phtha, dieu du feu, brûlez, dévorez-moi;

Mais pour qu'il reste, lui mon héros, lui mon roi

Mettez la volupté vivante en ma ceinture,

Et changez, s'il le faut, l'ordre de la nature l

Oui, faites un miracle, et que lui, l'empereur

Reste. Puis, s'il le faut, que vouée à l'horreur

De sapplier, vaincue et seule,, je succombe 1

Que, vivante, je sois murée en une tombe, *

Et que là je caresse, en mon fatal dessein,

Quelque agile serpent qui me morde le sein!

Mais, ô Dieux, laissez-moi le divin fils d'Hercule 1

Dieux terribles, ayez pitié de moi, que brûle

De ses traits furieux l'arc enflammé du jour,

Et qui pâlis de rage et qui me meurs d'amour l

Avec une sorte d'extase.

Mais quel rayon subtil frémit dans ma pensée? Tout mon être tressaille.

Comme frappée d'une commotion soudaine.

Oui, tu m'as exaucée, Hâthor, qui m'écoutais dans le bleu firmament l Je mourrai, mais tu vas me rendre mon amant.

Entre Charmion,

CL1 KMf.

ÇLÉj Aiiî cfcat toi.

A part.

traiîon, te seal rne!

Haut,

m & ['empereur.., Mais uftm©.

Tu ne saurais {«as Mou lui yai

Page 1