SCENE XIII
ARISTOPHANE, XANTHIAS, puis CAROLUS.
CAROLUS, sous le théâtre.
Sang ! tétebleu ! massacre et tonnerre 1
ARISTOPHANE
Holà!
Quels grognements ! C'est donc Ulysse qui vient u !
XANTHIAS
C'est encore bien pis, monsieur. Je vous annonl L'homme à qui les lions ne pèsent pas une oncj Il habite une cave, assez incongrûment Située au-dessous de cet appartement :
Les monstres de l'Afrique y rugissent en foule, Et rien que d'y penser je sens la chair de poule. C'est monsieur Carolus !
Une trappe s'ouvre. Carolus monte par un escalier souternuj. Il tient à la main sa cravache
CAROLUS, d'une voix terrible, à Aristophane.
Bonjour; domptez-vous bien?
LA RE VU Et, S CE NI
aïiistupuank.
Merci, pas mal, Et vous?
CAROLUS
Le seul tragédien, C'est moi. Mon drame sombre, effaré dans son bouge N'a pas drapé son flanc dans le calicot rouge; Et, sans récits hurlés par de vieux confidents, Il éveille à Pentour les grincements de dents. Je n'ai pas de fauteuil usé ; ma fable *aine Se passe de décors comme de mise en scène, Et je ne réclamai jamais de droits d'auteur.
ARISTOPHANE
Bah I qui donc êtes-vous ?
CAROLUS
Le dompteur.
ARISTOPHANE
Le dompteur l
. CAROLUS, jeu du cid.
Est-il quelque einemi qui veut que je le dompte? Parais, Léviathan, Behémot, Mastodonte, Et tout ce que la terre a produit de vaillant! Monsieur, c'est un plaisir de me voir travaillant, Et d'admirer combien je soigne mon ouvrage !
Se tournant vers la trappe, d'où Ton entend sortir des hurlements»
Vous, sauvages taureaux, prenez garde à ma rage! Tremblez, tigres, et vous, léopards, soyez doux! Pour arrêter mon bras c'est trop peu que de vous.
* ARISTOPHANE
Vous les bravez ainsi !
CAROLUS
Je dompte en mes colères Jusqu'aux ours affamés des Océans polaires.
1 i: i-iMJÏLLETGN D ARISTOPHANE.
Je les maltraite, et même on a fait sur mes tours Un poème appelé Les Travaux et les Ours.
ARISTOPHANE
Comme Hésiode 1 Ainsi, vous domptez ?
CAROLDS.
Si je dompte I J'ai vaincu des jaguars dont j'ignore le compte.
XANTHIAS
Sapristi I
CAROLUS
Sur les monts inconnus des humains, J'étrangle, pour jouer, des milans dans mes mains, Et je m'endors, au lieu de vos molles alcôves, Entre les blanches dents de mes panthères fauves, Sur les coteaux, parmi les animaux rampants, Botté d'ours, et le cou cravaté de serpents !
XANTHIAS
Je préfère pour moi ces bonnets qu'on, surnomme De coton, et mon lit. Mais vous êtes un homme Étonnant.
CAROLUS
, . Dans un bras du Nil, à mes moments Perdus, je folâtrais avec les caïmans ! Quand les buffles me voient venir pour les étreindre, Vous sentez frissonner et devant moi s'éteindre Leurs prunelles de flamme où brillent des charbons. Ils se laissent rosser.
Les buffles sont bien bons.
Cris et rugissements sous le théâtre.
ARISTOPHANE
Quel est cet orage ?
LA II EVITE, SCÊNIJ M\. Sto
XANTHIAS, avec épouvante.
Oh!
CAROLUS
Mon tigre, ce bravache, Désire être battu. Donnez-moi ma cravache ! Jeu des plaideurs.
ARISTOPHANE
Monsieur, restez ici !
CAROLUS
Rien ne peut m 'arrêter.
XANTHIAS, suppliant.
Par grâce !
ARISTOPHANE
Où courez-vous ?
CAROLUS
Je veux aller dompter.
XANTHIAS , se penchant avec effroi sur la trappe ouverte.
Comme je descendrais plutôt dans les cratères De l'Etna !
Carolus descend l'escalier souterrain.
CAROLUS, sous le théâtre.
Me voici, mes petites panthères !
On entend le bruit d'une lutte effroyable.