ARISTOPHANE, XANTHIAS, LA MUSIQUE
LA MUSIQUE
Réunis, le maître avec l'esclave, Ah ! vous pouviez tous deux choisir votre instrument ; Mais, si la voix intime en sort différemment, Nous n'en aviez pas moins tous deux perçu de même, Par des moyens divers, ce sentiment que j'aime, Ce besoin dominant du rhythme intérieur Qui fait l'esprit plus tendre ou le fait plus rieur, Et met un idéal dans tout être physique ; Remerciez Paris, vous aimez la Musique 1
XANTHIAS
Or çà, penses-tu donc que nous n'ayons encor Jamais ouï les luths, jamais les sistres d'or, Et jamais fatigué nos jambes titubantes A suivre votre ronde, ô fougueux Corybantes!
LA MUSIQUE
Oui, vous avez connu le bruit! les durs accents Qui soufflaient à la chair les désirs flétrissants, Et qui, maîtres partout du profane vulgaire, Conseillaient en hurlant la débauche et la guerre ! Mais le chant ! mais le son purifié ! mais l'art Du grand Palestrina, de Gluck et de Mozart, O bons Athéniens, vous n'en avez pas même Eu la conception ! Il fallait que plus blême, Plus vieux, plus fatigué de doute et de douleurs, L'homme eût bu plus avant dans la coupe des pleurs, Pour que Dieu lui laissât consoler son génie Dans les longs entretiens de la chaste harmonie !
LA REVUE, SCËtfE XVJL 03
La Musique ne sert pas
Son rrpas Compost' de mets célestes.
Pour ceux ri ont le clair esprit
Qui snnrit Brave les sonees funestes l
Elle garde ses faveurs
Aux nVeuvs Las de l'horizon terrestre, Aux femmes qui chaque soir
S'en vont voir Saigner leur cœur sous l'orchestre !
0 rapsode Italien,
Gai païen, Ton charme, c'est ta folie I Apaise avec tes grelots
Les sanglots De l'amoureuse Italie!
Mais sur nos fronts tonnera
L'Opéra Du maître qui prédestine De nouveaux types charmants
Aux tourments D'Alice et de Yalentine !
Mais le vieil hôte français
Du succès Publiera les douces choses Que les couples bien épris
A Paris Racontent aux chambres closes!
Ci le fi-: u i lli-:to."s û'ARlSTQPHiNE.
Mais Je chœur rik-s jeunes gens
Dili petits Poursuivra l'œuvre tentée, L'un ressu Citant l'écho
De Sappho, L'autre animant Galatée I
Ainsi, par tous les eûtes,
Les beautés De la musique clémente Attendriront les grands cœur*
Des vainqueurs, Rafraîchiront l'âme aimante!
Tout cela est fort beau ; mais je préférerais Pouvoir à l'Opéra choisir mes tabourets Pour les soirs de ballet, où des formes trop nettes Aux doigts des chérubins font trembler les lorgnettes.
LA MtSIQUE.
Ton souhait vient à point : justement, ces jours-c Un astre disparu dans le ciel obscurci Des Nymphes, la plus svelte entre les plus agilea Celle dont la présence eût créé des Virgiles A Naples, si toujours elle eût dans San Carlo Joué, Dryade au bois, Naïade au bord de l'eau, Revient, et tu verras sur un socle de» roses La blonde Orfa courir à ses apothéoses.
On entend au dehors une musique barbare.
Le bruit redouble et va croissant jusqu'à l'entrée de Tempesta.
Tu pars ?
LA REVUE, ÊÇïtlfS XX l II. 65
Là MUSIQUE, $eioljlat]t défaillir par degrés.
Je viens d'entendre ans alentours Le mortel ennemi qui me chasse ton jours Et dont j'ai si grand'peur, le bruit! Mon cœur tressaille. Il vient, je vais mourir, je meurs !
XANTHIAS, charmé du bruit qu'il entend.
Elle nous raille.
ARISTOPHANE
Maudit soit l'importun qui nous désenchanta 1