‹ ComédiesChapitre 46 sur 271 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LÉANDRE

Amour, petit archer, fabricant de merveilles, Oiseleur matinal, oui, c'est toi qui m'éveilles A cette heure où l'Aurore en les coloriant Ouvre d'un doigt rosé les huis de l'Orient l

Se tournant vers la maison d'Orgon.

Chère maison, salut! c'est ici que respire Cet astre devant qui le soleil devient pire,

80 LE BEÀD LÉANDHE.

L 'étoile de mes yeux et do mon firmament,

Rosier, jardin fleuri, lys, perle eL diamant.

Fuseau qui de mes jours dévide la bobine,

Cette délicieuse et jeune Colombine!

Tudîeu 1 le beau minois I Quel grand oeil bien fenclu ï

Quelle dent blancbe à mordre en plein fruit défendu I

Et ces mains 1 et les pieds d'enfant! et le corsage,

Luxueux ornement d'une fille encor sage,

Ou peut s*en faut! Jamais empereur en gala

N'eiil morceau plus friand et ne s'en regain»

Beau Léandre, charmant Leandre, heureux Léandro,

Vous avez, j'en conviens, du bonheur à revendre :

Mais épouser! c'est grave. Aller mettre en un jour

Sur deux fronts de vingt ans l'éteignoîr de l'amour I

Et puis etle n'a pas le sou ! Je m'examine :

Je vis de ma tournure et de ma bonne mine,

Seul espoir des fripiers l Serait-il pas fatal

D'aliéner ainsi d'un coup mon capital?

L'amour seul bat monnaie, et l'hymen eu détresse

Bat tout au plus de Taile ! Éveillons ma maîtresse.

Mais par quel artifice? Allons, mio caro,

Une idée, un moyen? Casserai-je un carreau?

Non pas. Si je chantais? Ce vieillard colérique,

Orgou, arriverait, tenant en main sa trique,

Et chercherait querelle a mes talons 1 Parbleu ï

Je tiens ce qu'il me faut; je vais crier : Au feul

S'il parait, je m'enfuis, je pars comme une bombe

Sans prévenir, et si c'est ma douce colombe

Qui s'éveille., je reste avec ivresse I

Remontant la scène et criant.

Au feu 1 Au feul tout brûle 1 au feu l tout va rûtir!

Page 1