‹ ComédiesChapitre 60 sur 271 · scène viu · texte numérisé non relu

scène viu

ORGON

Eh bien?

COLOMBINE

Lorsque je vous dirais : Pour si peu, pour un rien Je perds mon avenir !

ORGON

Ta mère, en femme experte, Répondrait : L'avenir perdu, c'est une perte, Mais, ma foi, cent écus I Peste du sentiment I

Chaque fois que je veux vous parler gentiment, Vous cherchez les moyens de me faire une scène :

Pleurant.

Eh bien I monsieur, je vais me jeter dans la Seine I Oui, je veux me noyer ! qui m'en empêchera ? J'y suis bien résolue.

ORGON

On te repêchera.

Il est des mariniers qui guettent ces aubaines.

COLOMBINE

Eh bien ! vos cheveux blancs verront de mes fredaines. Papa, je les ferai rougir si je m'y mets !

ORGON

Mes cheveux sont d'un blanc qui ne rougit jamais. Jamais !

COLOMBINE

Ah ! c'est ainsi que vous prenez la chose I Gomme si votre enfant chantait Bouton de Rose ! Votre femme parfois vous donna des soufflets : Moi je vous prie, et c'est comme si je soufflais Dans ma flûte ! Sachez que je tiens de ma mère, Monsieur, et que je suis comme elle une commère.

104 LE BEAU LKÀNDHE.

ORGON

Je ne le sais que trop. Mais, chut ! j'entends des pas, Tais-toi.

Non, sarpejeu ! je ne me tairai pas.

Qui brode vos collets ? qui sans espoir de lucre Bassine votre lit le soir avec du sucre ?

ORGON

Toi, ma fille.

COLOMBINK.

Ah!

ORGON

Je sais tout ce que je te dois, Mais....

COLOMBINE

Qui fait ces ragoûts à s'en lécher les doigts ?

ORGON

Toi-même.

COLOMBINE

Qui choisit pour vous à la Vallée Hier cette oie énorme et si vite avalée ?

ORGON

Elle ne valait pas cent écus !

COLOMBINE

Croyez-vous?

Qui va jusqu'à Montreuil vous chercher du vin doux?

ORGON

Tais-toi, l'on me croirait ivrogne 1

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