‹ ComédiesChapitre 80 sur 271 · SCÈNE vin · texte numérisé non relu

SCÈNE vin

iia

Depuis six mois, — quand j'ai reprisé la charpie

De vos rabats, jti montfi < ssmiiil/^ M j'épie

Les loisirs tourmentés, qui brûlent votre sang,

Et le^s grosses fureurs contre le papier blanc !

Je connais tout, projets mort-nés dans la bouteille,

Chefs-d'œuvre qu'un instant produit ! Je m'émerveille,

Et je redescends triste, et juge en arrivant

Claude un peu plus laquais et plus sot que devant I

DUFRESNY

Chère âme 1

ANGÉLIQUE

C'est assez d'un tel enfantillage !

Voilà pourquoi je vais hâter mon mariage, Pourquoi je voulais prendre un congé décisif Et me faire haïr, et pourquoi comme un juif J'agissais contre vous, et pourquoi tout à l'heure J'ai trahi mon secret, enfin pourquoi je pleure !

DUFRESNY

Tu pleures, et pour moi ! Mais me voilà trop fier, Raffermi pour demain, consolé pour hier ! Tu n'imites pas, toi, les Philis des ruelles, Qui, pour succomber mieux, contrefont les cruelles ! Tu crois en ton honneur autant qu'au mien, merci. MeiC', mon Angélique! oh 1 je t'adore ainsi, Toi, chaste ingénuement, sans sublimes postures, Toi sincère au milieu d'un monde d'impostures !

ANGÉLIQUE

Silence ! Oh I le méchant ! il me ment de moitié ! Plus de semblants d'amour, mais un peu d'amitié l Je vaudrais tout au plus pour ranger votre armoire, Recoudre vos rideaux et régler mon mémoire]

t4S LE COUSIN DU ROL

Vous-même l'avez vu, je ne sais que pleurer, Et je ne vous comprends qu'à force d'admirer 1

Elle pleure.

DUFRESNY, la suppliant.

Restez I

ANGÉLIQUE

Je vais où mon sort me renvoie.

J'y goûterai du calme, et même un peu de joie ! Close dans mon ménage, et végétant sans bruit, J'essaierai d'oublier votre oubli ! Mais la nuit, Mes rêves parleront ainsi que tu me parles, Et puis, que j'aie un fils, il s'appellera Charles ! Et...

DUFRESNY

Je t'épouserai, moi, je t'épouserai !

ANGÉLIQUE, avec, explosion.

Vous !

DUFRESNY, très-vivement.

Mon cousin criera; mais je glorifierai, Dans des noëls tournés d'une* verte manière, Le goût de notre aïeul pour une jardinière ! Nous n'aurons pas de place au gala de la cour, Mais l'amour vaut un trône, et nous avons l'amour!

ANGÉLIQUE

Ah ! vous extravaguez ou c'est moi qui délire 1

DUFRESNY

Quel prodige est-ce donc qu'un vieux porteur de lyre, Sans amis, ait horreur de l'éternel exil, Et que le noir janvier veuille épouser avril?

Mais songez-vous?...

8CÊNE IX. U9

DtTFRESNÏ.

Je songe, ô ma gaïtê conquise, Que si j'étais marquis, je vous ferais marquise ! D'ailleurs, si les jaloux font trop de brouhaha, Fille de Pharaon, et toi, Nausicaa, Princesse dont Ulysse admira la lessive, Nobles garants, contre eux vou> prendrez l'offensive !

ANGÉLIQUE

Comme vous m'enchantez par ces beaux sentiments !

DUFRESNY

Tant mieux, ma foi ! Pourtant, en dehors des romans, A ton futur, dis-moi, pour ton gîte et tes vivres, Tu n'offrais pas de dot ?

ANGÉLIQUE

Mais si, douze cents livres.

DUFRESNY

Douze cents ! un Pactole, où, paisibles rentiers, Nous puiserons tous deux le bonheur par quartiers, Et...

S€ÈNE IX.

DUFRESNY, ANGÉLIQUE, ABSALON, complètement ivre.

AB SALON, entrant avec le chapeau de Dufresny a la main. Monseigneur, je suis votre valet !

DUFRESNY

A l'autre I Quel est ce goinfre avec ses airs de patenôtre !

ABSALON, à Angélique.

Madame...

loO LE COCSJS DU KOI.

DUFRESNY, poussant Absâlon pour l'empêcher de parler à Angélique.

Il va sans doute éclater dans sa peau ! Que veux -tu ?

ABSALON

Monseigneur, voilà votre chapeau.

Je viens vous réclamer sept pistoles.

DUFRESNY

Vous dites ?

ABSALON

Sept pistoles.

DUFRESNY

Faquin !

ABSALON

Celles que yous perdites Hier, à l'Académie, où vous faisiez chorus, Contre un patron à moi, le chevalier Cyrus t

DUFRESNY

Morbleu l comment payer cette dette 1

ANGÉLIQUE, à part.

Ah! pauvre homme t

DUFRESNY, à part.

Devant elle, ce bruit ! pour sept louis, en somme 1

ABSALON, de plus en plus ivre.

Je suis un bon valet, on me nomme Absalon ! Jusqu'au paiement, je reste ici... dans ce salon 1

DUFRESNY, exaspéré.

Toi, pendard I

ANGÉLIQUE, à part.

Si j'osais!...

Page 1