SCÈNE PREMIÈRE
GNIPHON.
Le bon tour I 0 doux vin par Je soleil moiré, Sois tranquille, je t'ai volé, je te boirai !
Au public.
J'ai dans un antre obscur trouvé le vieux Silène Ivre et gisant ; le bruit rauque de son haleine Faisait fuir les oiseaux, du chasseur épié?. Je m'avançai vers lai sur la pointe des pieds : L'héroïque vieillard dormait comme une poutre, Je lui pris cette flûte, et lui volai son outre.
J'engloutirai le vin et je jouerai des airs ! Buvons d'abord. Le vin charme ces lieux déserts, Et la gaîté par lui dans ces forêts séjourne. Tiens, voilà du nouveau ! le peuplier qui tourne! Et le Soleil qui danse en portant son flambeau ! - Je suis brave, je suis glorieuxf je suis beau ! Pourquoi ne puis-je pas me faire aimer des femmes ? Ce sont les Dieux, avec leurs sottes épigrammes, Qui me font ce loisir d'amour exagéré : Ils m'ont jeté des sorts, mais je me vengerai ! Souvent sur ces hauteurs, où derrière eux je grimpé, Ils viennent oublier les galas de l'Olympe, Et, comme un histrion qui descend du tréteau, Ces grands seigneurs du ciel cherchent l'incognito ; Mais on les reconnaît toujours à quelques signes ! Je leur veux, dès ce soir, jouer des tours indignes. Buvons. Je charmerai Jes Nymphes par mon chant. Et vous, les Immortels, prenez garde !
Pendant les derniers vers de ce monologue, Gniphon, tout à fait ivre, s'est laissé tomber sur le gazon, où il s'endort profondément. Entre Éros, sans carquois, sans bandeau, sans ailes, enfin sans aucun des attributs mythologiques de l'Amour, mais vêtu en jeune berger à blonde chevelure, avec panetière et houlette. Il a entendu les dernières paroles de Gniphon.