‹ ComédiesChapitre 89 sur 271 · ACTE I, &CfcNË II. Hi · texte numérisé non relu

ACTE I, &CfcNË II. Hi

Montre aux Nymphes ce front qui les ensorcela I Méchant Satyre !

GNIPHON, s'éveillant en sursaut.

Hein ! que veut dire cela ?

Il regarde autour de lui; mais Éros est caché, Gniphon ne voit personne.

Parlez. Où suis-je ? On m'a lié, quelle folie ! Laissez-moi. Je veux fuir. Je défends qu'on me lie. Par le Styx !

ÉROS, se montrant tout à coup et riant.

Tu défends !

GNIPHON, pleurant et poignant les mains.

Non, je te prie, hélas! Est-ce toi, cher enfant, toi, bon berger Hylas, Qui m'as pu maltraiter de la sorte?

ÉROS

Moi-même.

GNIPHON.

Délivre-moi !

ÉROS

Non pas.

GNIPHON.

Rends-moi le bien suprême, La liberté ! Vois-tu, mon visage est bouffon ; Mais j'ai le cœur si doux ! Je t'aime.

ÉROS, feignant de sortir.

Adieu, Gniphon

GNIPHON, désolé.

Veux-tu ma flûte, dis ? Que te faut-il pour être Généreux? Je te garde une coupe de hêtre Sur laquelle un renard mord des raisins touffus I Et je te guiderai vers des antres confus

Où les Nymphes, pliant leurs bras en guise d'ailes, S'endorment en plein air comme des hirondelles. Ami, délivre-moi ; je suis vaincu. J'ai faim.

ÉROS, déliant Gniphon. Avec dédain.

Va donc te faire pendre !

GNIPHON, triomphant et fanfaron.

Ah I je suis libre enfin !

Imprudent ! tu sauras la peine qu'on s'attire A navrer sans motif un honnête Satyre ! Sur ma. discrétion tu peux mettre une croix. Ah ! tu viens nous tailler des croupières ! Tu crois Mener les gens au gré de ta tête fantasque ! Nous lier ? Nenni, da. Je te connais, beau masque !

ÉROS

Moi!'

GNIPHON.

Je sais tout. Depuis que tu t'es fait berger, Cest un Dieu que ces bois ont l'honneur d'héberger 1

ÉROS

Si tu m'as reconnu, tremble donc.

GNIPHON.

Plus d'entrave !

Hercule a devant toi fléchi ; moi, je te brave.

Avec afféterie.

Oiseau malin, j'échappe aux serres de l'autour 1

ÉROS

Par quelle ruse as-tu deviné que l'Amour Se cachait, retenu dans un humble servage, Sous l'habit d'un bouvier, dans ce vallon sauvage Oui, les Dieux ont voulu mon exil, en effet I

GNIPHON.

Diane a fait le coup, je pense. Elle a bien fait.

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ÉROS, rdveur.

Ta demandais, Sylvain, qui m'a volé ma gloire

Et mes splendeurs ? Vois-tu saigner mes pieds d'ivoire ?

Avant les Immortels, parmi les Dieux géants

Qui volaient, éperdus, sur les gouffres béants,

Dans Téther vaste, aux jours de la force première,

Je parus ; je naquis de la pure lumière,

Fils de la flamme, esprit du monde essentiel :

Eh bien, regarde-moi, je suis banni du ciel I

GN1PHON.

Bon 1

ÉROS

J'y parus d'abord comme un enfant timide. Les Immortels, ravis par ma prunelle humide, Admiraient mon regard au fulgurant essor, Et tous ces meurtriers baisaient mes cheveux d'or. On disait : « Qu'il est beau, même dans ses tristesses ! » J'égarai sur mes pas les tremblantes Déesses Qui me nommaient le doux, Pharmonieux archer; Les durs Olympiens, dédaignant de marcher Aux combats, oubliaient leurs'immortelles haines, Et mon feu pénétrant circula dans leurs veines !

GNIPHON, soupirant.

Je connais ce feu-là !

ÉROS,1 s' animant.

Dans la céleste cour Ce ne fut que chansons et que soupirs d'amour; Les aveux s'échangeaient au murmure des lyres ; Sous les bosquets divins, la mère des sourires Enchaînait Mars vaincu dans ses bras onduleux , Phébus chantait sa peine, et Minerve aux yeux bleus,

Pour la première fois jalouse de parure, Devant les miroirs d'or peignait sa chevelure. Junon se couronnait de Heurs !

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