DU METTEUR EN PAGES
Lecteur, ne t’a-t-on jamais dit, comme à moi: « Sois homme : tu es toujours un enfant! » N’astu jamais adressé cette parole à quelqu'un de ceux que tu aimes ? Elle court le monde de g'énération en génération ; elle passe à travers les oreilles sans frapper les cœurs. D'où lui vient cette impuissance ? Ah! c’est qu’elle nous propose un but « sois homme, » sans indiquer les chemins qu'il faut prendre pour y arriver. Mais ces chemins-là sont bien connus! Ils s'appellent la douleur, la bonté, la vertu, sources éternelles de ce qui épure, élève ou agrandit l’âme. — Cette réponse est retentissante : elle ne m’enseigne point de quel côté je dois diriger mes pas. Si tu m'aimes, donne-moi donc un guide qui me prenne par la main et qui m’accompagne jusqu’au but.
Ami lecteur, c’est cefuide que nous te présentons. Avant de le repousser, écoute :
If y a dix-huit ans, vivaient dans une mansarde trois jeunes gens. Ils avaient mis en commun leurs rêves d'avenir, leur courage, leur ignorance et leur pauvreté : l’un était mécanicien; l’autre, commis; le troisième, copiste. Ce ne fut point vers l'argent qu'ils tournèrent leurs premiers efforts : ils résolurent d'acquérir d’abord ce qu’ils nommaïent « le principal outil de la prospérité. » Ils entendaient par là l'esprit de décision, joïnt à une saine intelligence des choses ; ils croyaient que l'argent ne fait guère attendre les gens de talent et de probité.
Je les voyais quelquefois. À chaque visite, j'étais étonné des métamorphoses accomplies dans leur raisonnement, dans leur langage, dans leur attitude : ils semblaient porter sur leur visage “une âme nouvelle: et le bien-être entrait dans leur modeste logement.
Trois ans plus tard, l’un dirigeait une usine considérable ; l’autre avait établi une maison de banque industrielle ; le troisième était devenu libraire: il n’était pas le moins riche. Où avaientils trouvé les capitaux des premières opérations ? Dans la confiance qu'inspiraient leur probité, leurs talents, leur activité. Mais où avaient-ils