ARRIVÉE EN CANADA
La flotte resta à l'ancre pendant plusieurs . jours, attendant un vent favorable. Klle quitta
enfin les côtes de France au commencement d'avril. La traversée fut heureuse. Avant même d’avoir mis le pied sur cette terre où il devait
trouver son tombeau, Montcalm se hâta de ras-
surer sa famille par cette lettre adressée à la
marquise de Saint-Veran.
Au mouillage, à dix lieues de Québec, ce 11 may 1756.
« Nous voici bien près de la fin de notre navigation. J'ai voulu essayer d’aller hier à Québec, partie en chaloupe et partie par terre; mais comme je serais arrivé trop tard à Québec et que le Sault de Montmorenci est difficile à passer à cause de la fonte des neiges, je suis revenu coucher à la frégate. J'espérais en repartir aujourd'hui en prenant mieux mes dimensions.
C'est impossible, y ayant des vents contraires et si forts que nous avons de la peine à tenir au mouillage avec toutes nos ancres.
« Notre navigation peut être regardée comme fort heureuse, puisque nous voici assez près de
ment nême levait > ras-
e à la
notre destination en 38 jours. J’ai été assez heureuxs pour n'être point incommodé ou tant soit peu fatigué par le gros coup de vent que nous avons essuyé pendant la semaine sainte. Il n'en 2 pas été de même de ceux qui m'accompagnæient : ils ont tous été tourmentés du mal de mer, principalement M. Estève, mon secrétaire, et Joseph, pour qui c'a été une vraie maladie... I m'est mort qu’un matelot. Nous avons fait une pavigation bien prématurée pour des pays aussi rudes, et c’est un grand bonheur que l'hiver ali été aussi doux et qu’il y ait eu aussi peu de neiges et de glaces en Canada. Nous sommes parts de la rade de Brest, comme j'ai eu l’honeur de vous le marquer, le 3, de conserve avec le Héros, qui porte neuf compagnies du régiment de la Sarre. Nous avons eu un temps trèsfavorable jusqu’au lundi 12, et depuis ce jourlà jusqu’au samedi au soir, nous avons eu un gros temps et un coup de vent qui a duré 90 beures et nous a mis dans un vrai danger. Le
Vendredi saint, nous nous somines trouvés à
LA
river de notre route en nous laissant aller vent arrière vers le sud, au moyen de quoi nous avons été 100 lienes vers la Martinique. Nos marins disent avoir vu des coups de vent aussi considérables, mais jamais d'aussi longs. Joignez au coup de vent que la mer avait si fort creusé que notre gaillard d'avant était toujours
couvert par la vague, qui deux fois a passé par
dessus le gaillard d’arrière, Si le Vendredi saint
nous nous étions déterminés, comme notre commandant en avait envie, à mettre en travers ce que l'on appelle à la cape, nous aurions été engloutis ou au moins reçu quelque avarie considérable... Le jour de Pâques nous ramena un temps favorable, ce qui nous fit plaisir à tous, car nous n’avions pas été sans inquiétude; et nous avons navigué depuis le 18 jusqu'au 27 à minuit pour retrouver le grand banc d’où nous n’étions qu’à quarante lieues. Le vendredi 16
1. Le banc de Terre-Neuve a plus de 1,000 kilomètres de long sur 300 environ de large.
aussi , Joii fort
jours
et du 27 au 4, au soir, nous avons navigué avec des brumes qui rendent toujours cette mavigation très-périlleuse, beaucoup de froid et une quantité étonnante de bancs de glace contre lesquels il est très-dangereux de se briser. La
journée du "30, qui fut heureusement sans
brume, nous en comptâmes jusqu'à seize: ce sont des masses énormes dont quelques-unes ont plus de cent cinquante pieds de haut. La veille, le 29, il en vint une considérable sous le beaupré qui rasa et qui aurait pu nous briser, si l'officier de quart n'avait crié au lof ! c'est-àdire de mettre le gouvernail pour venir au vent et éviter par là la glace. Le 4 nous étions trèsinquiets de notre navigation, craignant d'être trop proches de terre, et ne pouvant la reconpaître à cause de la brume. Sur les six heures et demie, il vint une éclaircie qui nous donna Connaissance que nous étions à hauteur du cap de Raye (1). Les marins avaient peine à croire
1. Le cap Raie est la pointe S.-0., de l'ile de Terre- Neuve.
qu’, partant du cap à six heures et demie du soir, nous ayons pu venir mouiller le 6 au soir auprès de l’île du Bic (1); aussi eûmes-nous un vent sud-est forcé. Le 7 nous appareillâmes, et jusqu'à hier nous n'avons presque pas fait de chemin. Nous avons trouvé dans le fleuve Saint- Laurent trois gros vaisseaux marchands de