Le Dernier des Mohicans, chap. XVII et XVHI
Le rapport de Bougainville au ministre de la guerre, les lettres de Montcalm à Webbet àLawdon, celles de Vaudreuil au ministre de la marine, le récit de cet événement dans les « Lettres édifiantes », le témoignage de Pouchot {1), de M. de Malartic, celui du sieur de C. (2), et avant tout le caractère loyal de Montcalm, démentent des accusations qui se ressentent d'un esprit de rivalité, de la honte de la défaite ou de passions mesquines et peu avouables.
La prise de William-Henry faisait tomber entre les mains des vainqueurs 43 bouches à feu, 35,835 livres de poudre, 29 bâtiments et
— «Montcalm passait pour un esprit entreprenant, pour un homme plein de courage ; mais on le regardait aussi comme expert dans ces ruses politiques, qui ne respectent pas toujours les règles de la morale, et qui déshonoraient si généralement à cette époque la diplomatie européenne. » (Zbid., chap. x.) Cooper dit qu'il y eut 1500 Anglais de tués, tandis qu'on n'en compta qu’une vingtaine. |
1. Mémoires sur la dernière guerre de l Amérique septentrionale.
2. Memoires du S. de C., contenant FHistoire du Canada durant la RACEE et sous le gouvernement anglais. Québec, 1838, p. 97. — L'éditeur canadien de ces Mémoires, dans une note, ajoute foi pleine et entière au récit de Carver et de Smith.
une grande quantité de vivres et de projectiles.
Les prisonniers de guerre devaient s'abstenir de porter les armes pendant dix-huit mois; mais le roi d'Angleterre déclara nulle la capitulation et refusa de l’exécuter. Le succès de Montcalm aurait été complet s’il eût pu s'emparer du fort Édouard : la maladie qui se mit parmi les sauvages, la nécessité de renvoyer les miliciens faire les moissons, l’obligèrent de renoncer à poursuivre ses avantages. Le 19 août, lestroupes rentrèrent à Carillon dont il importait d'assurer la défense. Le 28, Montcalm arrivait à Montréal avec le reste de son armée.
La nouvelle de sa victoire fut annoncée à Louis XV le 11 octobre. Le 22 du mois suivant, l'abbé de Bernis écrivait à Montcalm: « J'ai vu avec bien du plaisir les succès que vous avez eus etj’en ai lu volontiers le détail dans les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 20 du mois d’août dernier. Tout est dû à la sagesse de votre conduite et à l’habileté de vos
combinaisons. On vous rend justice ici: j’admire
pour moi celle que vous prenez plaisir à rendre aux officiers qui vous ont secondé dans vos opérations, il y a tout à espérer des suites qu’elles doivent avoir; j'y compte beaucoup et je vous en félicite de tout mon cœur (1). »
Les espérances de l'abbé de Bernis se seraient réalisées, si un concours de circonstances ne fût venu paralyser la bonne volonté du général. L'abandon de la colonie par le gouvernement de Louis XV, pour être dissimulé, n’en était pas moins réel. Au moyen de quelques sacrifices d'argent, par l'envoi de nouvelles troupes en nombre suffisant, on eût pu profiter de la démoralisation de l’armée anglaise : Webb n'osait sortir du fort Édouard. « M. Dubois de Lamotte avec {8 vaisseaux de ligne et 5 frégates tenait bloqués dans Chiboucton milord Lawdon et l'escadre anglaise qui devait p. dre l’île Royale
et Québec. Notre position serait très-brillante, si
1. Cette lettre autographe appartient à M. le marquis de Montcalm.
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rifices
nous ne manquions pas de vivres (1). » Les ri-
gueurs de l'hiver vinrent aggraver les malheurs
de la colonie; une affreuse famine y exerça de cruels ravages, sans rendre plus intelligents les administrateurs chargés de veiller à ses intérêts. Ce fut alors qu’on vit, malgré les défenses expresses du roi et les représentations de Montcalm, le jeu engloutir des fortunes amassées au prix des plus injustes exactions (2)
On trouve, dans les dépêches officielles du général aussi bien que dans sa correspondance intime, des preuves sans réplique du triste état du Canada, du peu d'entente qui régnait parmi les chefs et de la misère du peuple. « J'avais été le printemps (de 1757) chanter la guerre et festiner mes enfants les Iroquois, les Algonquins et les Nissipinings. J’ai été cet hiver faire les mêmes cérémonies chez les Hurons et ce printemps j'irai chez les Abenaquis. Ces sauvages
m'aiment beaucoup. En vérité je leur trouve