‹ Comme on servait autrefois [microforme]Chapitre 23 sur 74 · Les Français appelaient ce fort George et les An · texte numérisé non relu

Les Français appelaient ce fort George et les An

glais William-Henry : il avait été construit en 1755 et 1796.

Le 29 au soir, le chevalier de Lévis se mit en route avec 2,400 hommes en suivant la voie de terre ; le 1°" août, le reste de l’armée s’embarqua sur le lac Saint-Sacremert. Le lendemain les deux corps opéraient leur jonction à la baie de Ganaouské. Les Anglais étaient sur leurs gardes. Le fort William-Henry avait une garnison de 500 hommes aux ordres de Monro; un camp retranché de 2,500 hommes, situé à peu de distance, complétait la défense. A cinq ou six lieues, au fort Édouard ou Lydius, le général Webb, avec 4,000 soldats, pouvait sérieusement inquiéter les Français. Le 3, au matin, un coup de canon fut tiré du fort George. Montcalm donna aussitôt ordre de s’en approcher, et l'investissement de la place cominenca. A une première sommation, le commandant anglais répondit par le refus de se rendre et par une décharge de toute son artillerie. Au bout de deux jours, les batteries françaises étaient installées et ouvraient le feu, le 6. Monro comp-

tait sur l’arrivée de Webb. Mais le 4 au matin,

une lettre écrite par celui-ci et trouvée sur un courrier fait prisonnier par les sauvages de Montcalm démontra bientôt que cette attente était vaine. Webb, ne croyant pas prudent de dégarnir le fort Lydius, annonçait au commandant de William-Henry qu'il se voyait dans la nécessité d'attendre les milices des colonies, dont il faisait hâter la marche. Il lui donnait aussi à entendre que l’armée de Montcalm, au dire d’un prisonnier canadien, élait fortede 4,000 hommes, avec un train considérable de mortiers etde canons. Cette nouvellerépanditdans le camp français une vive allégresse, qu’augmenta encore la promotion de Montcalm au grade de commandeur de l'ordre de Saint-Louis. Les travaux du siége furent poussés avec vigueur, et quand tout fut prêt, Bougainville se rendit au fort George pour remettre à Monro la lettre interceptée. Malgré le découragement de sa garnison , le commandant anglais espérait

encore se défendre, Mais le 9, à huit heures du

matin, on vit floiter sur le rempart un drapeau

Elanc, et un officier anglais vint traiter de la

capitulation. Montcalm, aprèc avoir pris l'avis

des chefs sauvages, en dressa les articles. Les troupes anglaises obtinrent de sortir avec armes et bagages et de se rendre au fort Édouard sous l’escorte d’un détachement francais. Un incident déplorable, qui se produisit alors, a servi de texte à plusieurs historiens pour attaquer la conduite de Montcalm.

Malgré ses recommandations pressantes, des Anglais distribuèrent aux sauvages des liqueurs fortes dans l’espoir de se les concilier et négligèrent de répandre le vin, l’eau-de-vie et le rhum qui se trouvaient dans le fort. Les sauvages, excités par la boisson, se jetèrent sur les soldats de la garnison. Une vingtaine de soldats fut massacrée et cinq à six cents furent faits prisonniers. À la nouvelle de ce désordre, les officiers françaisaccoururen t et durent employer la violence pour rétablir la tranquillité. Les Anglais eux-mêmes rendirent justice à la conduite de Montcalm, de Lévis, de Bourlamaque et des

autres officiers, qui mirent leur vie en danger dans cette occasion. Montcalm arracha environ 400 prisonniers des mains des sauvages, les fit habiller et conduire par une escorte jusqu’au fort Édouard. Les autres captifs furent plus tard rachetés à Montréal par le marquis de Vaudreuil et renvoyés à Halifax. Montcalm s’empressa de porter ces faits à la connaissance du général

Webb et de milord Lawdon, conmandant en

chef des forces britanniques. Carver, dans son

« Voyage en Amérique », et d’autres écrivains

anglais n’ont pas craint de rejeter sur Mont-

calm la responsabilité de la conduite des sau- la vages et d'affirmer « que les officiers français b] se promenaient tranquillement, causant entre 1 eux, à peu de distance de ce théâtre d’horreur cc et desang. » Cooper a popularisé cette calomnie M en la revêtant de toutes les fleurs de son imagi- to nation de romancier. « Les Hurons poursui- d vaient de toutes parts les victimes qu’ils n’a- V vaient pas encore sacrifiées, et les colonnes de P

l'armée française, quoique sous les armes, res-

taient dans une apathie qui n’a jamais été expliquée et qui laisse une tache ineffaçable sur la réputation de leur chef. Les sauvages ne cessèrent de frapper que lorsque la cupidité l’emporta sur la soif du sang... Montcalm manquait de ce courage moral sans lequel il n’est point de véritable grandeur... Cet homme fut grand dans tous les attributs secondaires de l'héroïsme, mais resta au-dessous de lui-même quand il devint nécessaire de prouver combien un-principe est supérieur à la politique... La postérité ne verra dans Louis de Saint-Veran que le vaillant défenseur de son pays et oubliera probablement son apattie cruelle sur les rives de l’'Oswego et de l'Horican. » Dans le « Panthéon canadien », Bibaud montre à ce sujet envers Montcalm son esprit de partialité injuste : « Il a toujours été difficile, dit-il, de le laver du blâme de la cruelle violation de la capitulation de William-Henry, qui a fourni des armes au génie pour le flétrir, témoin Fénimore Cooper (1). »

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