‹ Comme on servait autrefois [microforme]Chapitre 4 sur 74 · Moréri · texte numérisé non relu

Moréri

vant trop précoce devait l'enlever bientôt aux espérances de son précepteur. Le 8 octobre 1727, il s'éteignait à Paris, et ses restes étaient -déposés dans l'église Saint-Benoît (1).

Pendant ce temps Louis-Joseph de Montcalm faisait ses premiers pas dans une carrière toute différente. Le 6 août 1724 (2) il obtenait une charge d’enseigne dans le régiment de Hainautinfanterie, dont son père était lieutenant-colonel, et paraissait au corps pour la première fois à Longwy, en 1727. Il serait sans intérêt de suivre notre jeune officier dans ses premières

étapes. Nous le retrouverions tantôt à Paris, où

il « faisait son académie chez Vendeuil », tan-

1. Moréri dit qu’il mourut le 7 octobre 1726 et qu'il fut enterré à Saint-Séverin. Mais dans le journal du marquis de Montcalm, la mort du jeune de Candiac est marqué® à l’année 1727 et le lieu de sa sépulture à Saint-Benoit. Je n'ai pas trouvé le nom du jeune de Candiac dans les obituaires de ces deux églises, imprimés par M. Cochcris dans la nouvelleédition de l’Histoire du diocèse ae Paris, par l’abbé Lebeuf.

2. Cette date me paraît plus exacte que celle de 1721, indiquée par Montcalm dans son journal; il n'aurait eu que neuf ans. Moréri dit aussi 17/1 ; mais le Mercure de France, janvier 1760, d’après une notice, écrite par Doreil, commissaire-général des guerres en Canada, dit que Montcalm n'entra au service qu’à treize ans.

tôt sur les bords du Rhin à Fort-Louis, à Strasbourg, puis à Mézières, à Givet, à Kehl que les Français assiégeaient, à Kayserslautern.

Mais comme son éducation n'était pas achevée, Dumas ne l'avait pas encore abandonné, du moins pendant son séjour à Paris. C'était vraiment un précepteur bien exigeant. Le pauvre enfant était tenu d'écrire chaque semaine à sa

famille un journal détaillé de ses faits et gestes,

des nouvelles de littérature, de lacour,de la ville.

Chaque lettre, et j’en ai eu un grand nombre entre les mains, se compose de quatre pages in-folio à deux colonnes, sans la moindre marge, sans le plus petit espace blanc. Quand la paresse fait déposer la plume à l'élève, le précepteur la prend à son tour; mais c'est pour se plaindre amèrement de son écolier, pour détailler ses défauts, accuser sa nouchalance, son inattention, son peu de progrès. Puis Montcalm se remet à l’œuvre, lit la plaidoirie de Dumas et plaide sa propre cause avecconvenanceet respect,

non toutefois sans une certaine obstination.

is, à l que itern.

evée, 6, du vraiauvre > à SA estes,

\ ville.

On me permettra de citer quelques pas--

sage de la correspondance de Dumas, pour mieux faire connaître son élève. Il écrivait le 15 mx 1728 : « M. de Montcalm n'est encore qu'en humanité au-dessous de la rhétorique qu'il sera obligé de brûler comme la rhétorique, w’ayant que la partie mnémonique pour le matériel et le sensible. » Deux jours après : « semble que son écriture devient plus hérissée et plus affreuse, je le lui montre et le redis em vain ; son goût à présent est de faire des têtes et des queues redoublées, avec peu d'agrément, d'écrire avec des plumes non fendues. » [west pas jusqu à la signature du jeune bomme qui n’attire les reproches du maître :

« Une getite note sur la belle signature. J’ai tant prêché là-dessus qu’à moins de se brouiller absolument, je dois me taire, vu son âgeet tout cpmparé. Si vous êtes dans le dessein d’avoir wo fils qui sache écrire, il faudra le mettre en pension chez le meilleur maître de Paris après La fim de ses exercices. » Dumas craignait

que l'avenir ne répondit pas à ses efforts, aussi

cherche-t-il dès maintenant à dégager sa res-

ponsabilité. « Si dans la suite, écrit-il le 31 mai,

vous ne le trouvez pas aussi corrigé que vous l'avez espéré, ne croyez pas, Monsieur, que ce soit faute d’avis réitérés tête à tête et devant les autres ; j'insiste sur ce point pour prévenir les jugements vulgaires qui, contre l’expérience des siècles, disent ensuite que si on avait bien repris les enfants, ils se seraient corrigés. Si cette règle était sûre, on ne trouverait que des modèles de perfection, bien loin de gémir sur le peu de fruit de la grande ou de la chère éducation. D'où vient que les princes se corrigent . peu des défauts qui les rendent méprisables ? C'est dans la jeunesse qu'il faudrait se corriger; mais si la raison n'est pas bien développée, il faut user de patience ou de violence ; chacun choisit son goût ou son droit. » Les mêmes plaintes reviennent dans toutes les lettres. « Il court sa dix septième année, j'en suis confus

quand je pense à tout : un humaniste de douze

mai, vous que evant venir rience t bien és. Si ue des ir sur re édu-

rigent .

ables ?

corrioppée, hacun nôêmes es. « Il confus

douze

ans fait de grands discours en prose et en vers; un rhétoricien compose en l’une et l'autre langue en prose, en vers. Enfin je n’ose suivre la comparaison en tout sens, »

Mais l'écriture est toujours la pierre d’achoppement ; c'est au point que le jeune Montcalm en vient jusqu’à se dégoûter de la rédaction de son journal hebdomadaire. « J'ai toujours soupconné, écrit Dumas le 22 août, que l’aversion pour l'écriture donnait de l'éloignement pour tout ce qui exigeait la plume à la main. J'aimerais mieux que M. de Montcalm sût bien ir, bien écrire et bien parler français, en ignorant le latin et le grec, que de les savoir comme il les sait, privé du reste. La raison est que, négligeant les langues mortes, on Les oublie et l'on se trouve ne savoir que quelques faits en ignorant l'essentiel. » Cependant on aurait tort d'accuser la volonté de l'élève et de voir en lui un de ces caractères difficiles,

systématiquement rétifs, ventre lesquels se

brisent les plus intelligents efforts. Montcalm

ne se raidissait pas sous cette méthode d’éducation pour laquelle il n'était pas fait : il convenait volontiers de ses torts, mais ne renonçait

pas à expliquer sa conduite. « Je souscris vo-

lontiers, dit-il à son père le 23 août, à ce qu'a mis M. Dumas ci-dessus tant je le trouve vrai, mais peut-être ne l’entends-je pas tout dans le même sens ; par exeinple, par aversion pour l'écriture, apparemment il a voulu marquer mon défaut de légèreté dans la main et non un effet de mauvaise volonté... J'ai pris toute sorte de voies pour corriger mon écriture; pendant quelques mois je me suis appliqué sous un maître. j'ai varié mon caractère, tantôt gros, petit, lié, avec des doubles jambages... tous ces moyens ont été inutiles, M. Dumas me conseille comme remède presque sûr de me servir de plumes fendues : je le fais, quelque peine que cela me coûte, quelque affreux qu’en doive paraître au commencement mon caractère. »

L'aftection et l’attachement sans bornes du

maître pour l’élève rendaient le premier injuste et dans ses exigences et dans ses appréhensions. « Quand j'ai dit qu’il a mauvaise volonté je me flatte que par le mot mauvaise vous n’entendezqu'une fausse volonté, opposée à la vraie. Si votre fils ne fait pas re que l’on désire de lui, c’est qu'il trouve plus de plaisir et moins de peine à suivre son goût, ses idées, qu'à suivre les avis qu'on lui donne. Ce n'est donc pas par fainéantise, mais par préférence de goût. Quand je pense au peu de dispositions et de talent de M. de Montcalm, je conclus une plus grande nécessité d’être docile, laborieux, et de suivre les avis donnés... Que deviendra-t-il ? En quoi primera-t-il ? » À ces craintes que l’avenir devait démentir victorieusement, le jeune homme oppose une profession de foi aussi nette que généreuse : « Voici en peu de mots de quoi je me flatte : 1° d'être honnête homme, de

bonnes mœurs, brave et bon chrétien ; 2 de

lire médiocrement, de savoir les langues grec-

que et latine aussi bien que la plupart des gens

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du monde, de posséder les quatre règles d'arithmétique, d’avoir quelques connaissances de l’histoire, de la géographie et des belles-lettres françaises et latines, du moins l'amour de la justesse d’esprit si je ne l’ai pas, et surtout du goût pour les sciences et Les arts que j'ignore ; S ce que je mets au-dessus de tout : de l'obéissance, de la docilité et une grande soumission pour vos ordres, ceux de ma chère mère, et de la déférence pour les avis de M. Dumas ; 4° pour venir à ce qui regarde le corps, de faire des armes et monter à cheval autant que mon peu de disposition me le permet. » Montcalm resta fidèle toute sa vie à ce plan de conduite ; et quand il descendra glorieusement dans la tombe, on pourra dire qu'il fut « honnête homme, de bonnes mœurs, brave et bon chrétien ». N'est-ce pas autant qu'il en faut pour sa

réputation ? Si Dumas contribua à développer

en lui ces nobles dispositions du cœur, ses

soins furent largement récompensés.

Un autre homme, dont il ne faut pas taire le

s d'aces de lettres de la ut du nore ; le l’oumismère, amas ;

e faire

nom, travailla pendant cette année 1728 à l'é-

ducation du jeune Montcalm. Ce fut Étienne

Philippe, littérateur renommé par la délicatesse

et la sûreté de son goût. Né en 1676, il passa quelques années dans la Compagnie de Jésus, en sortit ensuite, et se consacra tout entier à former aux belles-lettres plusieurs pensionnaires du collége Louis-le-Grand, que les Jésuites lui confièrent. Montcalm parle souvent de lui dans sa correspondance, et le 9 juin 1728, entre autres, il annonce à son père qu'il avait « fini le matin avec M. Philippe la comédie des Oiseaux d’Aristophane et commencé l’OŒdipe de Sophocle ».

Quoi qu'il en soit des aptitudes réelles de Montcalm pour les lettres et les sciences, il conserva toujours un goût prononcé pour l'étude ; et, le 411 décembre 1734, il écrivait à son père du camp d'Otrebach, près Kayserslautern :

« J'apprends l'allemand... et je lis plus de grec grâce à la solitude, que je n’en avais lu’ depuis

trois ou quatre ans. » D'ailleurs sa vocation de-

vait lui laisser peu de loisirs : plus fait pour la vie active et pleine de hasards des camps que pour l'existence tranquille du savant, s'il ne sut pas tenir la plume comme le désirait son précepteur, il montra du moins qu'une épée était

bien placée entre ses mains.

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