MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE.= BOSSUET
C'était l’époque où Louis XIV étalait au grand jour ses faiblesses. Madame de la Vallière voyait sa faveur balancée par celle d’une puissante rivale; son trône chancelait. Pendant ses jours de prospérité, «elle avait toujours préféré la « société des hommes vertueux, qui avaient « entrevu de ponne heure qu’une âme telle que « la sienne n’était pas perdue sans retour pour « la vertu. Le maréchal de Bellefonds était un «de ces hommes dont le caractère et la vertu « avaient inspiré le plus d’estime et de respects « à madame de la Vallière. Madame de Belle- « fonds, sa sœur, était prieure des Carmélites « de Paris, et elle devint la confidente de ses « peines et deses pensées (1). » Dès le 11 février
1. De Bausset. Hist. de Bossuet, t.II, p.33.—Voirsur cette affaire : Floquet, Bossuet précepleur, p. 158-481.
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1671, alors que sa conscience ou plutôt son désespoir éveillait ses remords, la duchesse s'était enfuie au couvent Sainte-Marie de Chaillot ; mais ne voulant pas quitter le roi sans lui faire des adieux qu'elle persait devoir être éternels, elle écrivit à Louis XIV, et le maréchal de Bellefonds, fier et heureux tout à la fois de cette mission, porta la lettre à son maître (1). On sait que cette victoire d'un instant n’était que le prélude d’une nouvelle défaite. M. de Bellefonds ne se découragea pas; ses relations avec
la duchesse furent quelquefois interrompues
par les emplois qui lui furent confiés et dont je
parlerai plus tard; mais il poursuivait toujours
son but.
Pour donner à sa cause, qui était celle de Dieu,
un plus puissant secours, il recourut à la per-
suasive éloquer-e de Bossuet, et en 1673 il con-
1. S'il faut en croire Léfèvre d'Ormesson (Journal, t. II, p. 610), le maréchal de Bellefonds se serait rendu à Chaillot avec Colbert pour tirer Mile de la Vaillière du couvent Sainte-Marie et la ramener à Versailles.
fia à son zèie le soin de l'âme qu'il voulait ramener à la vertu. Ge fut alors entre ces deux hommes, si différents par leur position, mais animés de vues aussi pures et aussi élevées, un véritable assaut d'efforts et de sollicitations, et quand M. de Bellefonds fut obligé de s'éloigner pour rejoindre l’armée , une correspondance active s’échangea entre lui, la duchesse et Bossuet. Les lettres que le maréclial recevait nous ont été conservées soit dans la Ve de madame de la Vallière, soit dans iles (Æuvres de Bossuet ; elles sont une preuve convaincante de la grade part que prit M. de Bellefonds à celte affaire. Il n’épargnait rien pour continuer le bien qu’il avait commencé, « J'ai rendu vos « lettres à madame la duchesse de la Vallière, « lui écrit Bossuet; il me semble qu’elles font «un bon effet, » Et une autre fois : «Il ne m'a «pas été malaisé de faire agréer à madame de «la Vallière .les lettres que vous lui écrivez ; «elle les reçoit avec une grande joie et en est «a touchée, » Enfin, le 20 avril 1674, la partie
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était gagnée: sollicitée et encouragée par M. de Bellefonds, pressée par le Camus, évêque de Grenoble, persuadée et éclairée par Bossuet, touchée enfin par l’admirable éloquence de Bourdaloue, madame de la Vallière cédait la victoire à Dieu et prenait l’habit des filles de Sainte-Thérèse. Bossuet se hâtait d'informer M. de Bellefonds de cette heureuse nouvelle : « Je vous envoie une lettre de madame la du-
« chesse dela Vallière, qui vous fera voir que
« par la grâce de Dieu, elle va exécuter le
« dessein quele Saint-Esprit lui avait mis dans « le cœur. Toute la cour est édifiée et étonnée « de sa tranquillité et de sa joie, qui s’augmente « à mesure que le temps approche Elle ne « respire plus que la pénitence... cela me ravit «et me confond : je parle, et elle fait ; j’ai les « discours, elle a les œuvres. Quand je considère «a ces choses, j'’entre dans le désirde me taire et « de me cacher; et je ne prononce pas un seul « mot, où je ne croie prononcer ma con-
«a damnation.... Priez Dieu pour moi sans
« cœur, »
Pendant qu'il travaillait à cette œuvre si apostolique, M. de Bellefonds sentait aussi se fortifier en son âme le désir d’une vie plus parfaite ; sans rompre entièrement avec la cour, il cherchait à s’en dégager peu à peu et à rapprocher sa conduite des conseils évangéliques.
Au commencement de 1672, il demandait au roi la permission de vendre sa charge de premier maître de son hôtel. « Jamais personne « ne la fera si bien, écrivait madame de Sé- « vigné à sa fille, le 5 janvier 1672. Tout le « monde croit, et moi plus que les autres, que « c’est pour payer ses dettes, pour se retirer et « songer uniquement à l'affaire de son salut. » Mais Louis XIV lui refusa cette permission ; il le fit même venir dans son cabinet, afin de connaître les motifs de cette retraite. « Monsieur le « maréchal, lui dit-il, je veux savoir pourquoi
# vous vouiez me quitter. Est-ce dévotion ? est-
« relâche, et demandez-lui qu'il me parle au
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