Lettres de madame de Sévigné, 27 Avril
quelle elle voulait être obéie, qu'elle n’admettrait aucune excuse pour les en dispenser, et qu’elle n’agréerait pas mêmequ'on lui demandât à ne point servir. Je commencai par M. le Maréchal de Bellefonds, lequel ayant témoigné ne se vouloir point conformer au contenu de la dite dépêche, j'en allai rendre compte à Sa Majesté, qui, par bonté, voulut bien lui expliquer elle-même quelles étaient ses intentions, jusque là que Sa Majesté lui dit qu’elle le priait de le faire, qu’elle lui demandait cette complaisance, en reconnaissance de toutes les grâces qu’elle lui avait faites et que, s’il y faisait difficulté, il fallait qu'il se résolût à ne la voir jamais. Sur quoi, mon dit sieur le maréchal de Bellefonds, ayant pris congé de Sa Majesté, elle me commanda aussitôt de lui aller dire de partir ce matin pour s’en aller à Tours, et d'y demeurer jusqu’à nouvel ordre, avec défense d'y faire aucune fonction de maréchal de France. »
« Les maréchaux de Créqui et d'Humières
suivirent l'exemple du maréchal de Bellefonds;
mais ils ne soutinrent pas aussi fièrement leur personnage. Bellefonds, esprit roide, un peu étroit, mais homme d’honneur, se tint ferme, silencieux et digne, dans ce qu’il croyait être son droit et son devoir. » (1)
Il faut avouer que le maréchal avait le caractère peu malléable ; « il n’a point de join- « tures dans l'esprit, » disait M. de la Rocheoucauld ; et madame de Sévigné trouvait qu'il était trop sec et trop d'une pièce. » — « La même hauteur d'âme, dit le P. Bouhours, qui le portait à tout ce qui peut flatter l’orgueil d’un homme du monde, le rendait mauvais cour-
tisan, de sorte que le ministre puissant, qui
alors gouvernait l'État, ne put jamais le ré-
duire, ni par promesse, ni par menaces, à lui faire la cour. Il comprenait bien que cela n’avancerait pas ses affaires ; mais la fierté l'emportait en lui sur toutes les autres passions...
Pour ce qui avait l’air de souveraineté, il ne