PREMIÈRE DISGRACE
M. de Bellefonds mit bientôt lui-même un terme à sa faveur. Au mois d’avril de cette an-
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née 1672, il était nommé pour rejoindre l’armée de Flandre. Le prince de Condé avait le commandement en chef, Turenne l'avait en second ; venaient ensuite les maréchaux de Bellefonds, d'Humières et de Créqui. Cette disposition ne plut pas à ces messieurs, qui, consentant volontiers à servir sous M. le Prince, ne voulaient pas d’intermédiaire entre lui et eux (1). C'était ainsi, ce semble, que M. de Bellefonds avait entendu remplir ses fonctions ; car madame de de Sévigné raconte, le 8 avril, « qu'avant de « partir pour la Trappe, où il allait passer la a semaine sainte, il parla fort fièrement à M, « de Louvois qui voulait faire quelque retran-
« chement sur sa charge de général sous M. le
1. Ces prétentions des maréchaux occupèrent assez vivement les esprits. M. de Caumartin écrivit alors une lettre à M. de Créqui, dans laquelle il lui prouvait que les rois de France avaient souvent commandé aux maréchaux d’obéir à d’autres qu'à des princes du sang. (Hist. du vicomte de Turenne, par M. de Ramsay. liv. v.) On trouve aussi sur cette question une Leitrede M. du Bouchet au maréchal de Créqui, sur la dignité de maréchal de France, dans le recueil des lettres du comte de Bussy. (Paris, 1727, t. V, p. 242-219.)
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« Prince ; il fit juger l'affaire par Sa Majesté, « et l’emporta comme un galant homme. »
Mais le ministre reprit en son absence le terrain perdu, et à son retour le maréchal trouva ses espérances anéanties. Son âme n'était pas encore assez détachée de la vanité du siècle pour supporter ce qu'il regardait comme une humiliation ; d'ailleurs à cette époque l’orgueil du rang était si enraciné dans les esprits, que courber la tête sans résistan ce eût été considéré comme une bassesse.
Le parti de M. de Bellefonds fut bientôt pris; il refusa carrément de servir. Le refus fut suivi de l'exil (1). Le roi avait cependant mis tout en œuvre pour briser cette obstination. « Il parla « à M. de Bellefonds et lui dit qu’il vouloit qu’il
1. « Je suis fort fâché de la disgrâce de MM. de Bellefonds et d'Humières ; ils sont de mes amis. Sans entrer dans leurs raisons de part et d'autre, je crois qu’après avoir remontré les leurs au roi, ils obéiront à qui l'ordonnera Sa Majesté : il lui appartient de donner des rangs à qui il lui plaît au-dessus des autres. » (Lettre du comte de Bussy à madame de Montmorency, 6 mai 1672. T, V, p, 238.)
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obéit à M. de Turenne sans conséquence. Le maréchal, sans demander du temps (voilà sa faute), répondit qu'ilne seroit pas digne de l'honneur que Sa Majesté lui avoit fait, s’il se déshonoroit par une obéissance sans exemple. Le Roi le pressa fort bonnement de faire réflexion à ce qu'il lui répondoit, qu'il souhaitoit cette preuve de son amitié, qu'il y alloit de sa grâce. Le maréchal répondit au
Roi qu'il voyoit bien à quoi ils’exposoit, qu'il
perdroit les bonnes grâces de Sa Majesté, et
sa fortune ; mais qu’il y étoit résolu plutôt que de perdre son estime ; et enfin qu'il ne pouvoit obéir à M. de Turenne sans déshonorer la dignité où il l’avoit élevé. Le Roi lui dit : Monsieur le maréchal, il nous faut donc séparer... — Le maréchal fit une profonde révérence, et partit. M. de Louvois, qui ne l'aime pas, lui eut bientôt expédié un ordre
our aller à Tours. Ila été ravé de dessus Y
« l'état de la maison du Roi ; il a cinquante
« mille écus de dettes au delà de son bien : il
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« est abimé ; mais il est content, et l'on ne a doute pas qu'il n’aille àla Trappe. Il a offert « son équipage, qui étoit fort aux dépens du | « Roi à Sa Majesté, pour en faire ce qui lui
« plairoit ; on a pris cla comme s’il eût voulu « braver le Roi: jamais rien ne fut si inno- | I « cent. Tous ses gens, ses parents, le petit C « Villars, et tout ce qui étoit attaché à lui est ] « inconsolable. Madame de Villars l’est aussi; D: « nemanquez pas de lui écrire et au pauvre j
« maréchal, »(1)
Louvois raconte ainsi cet incident dans une
dépêche à M. de Créqui, datée du 22 avril :
« Je vous adresse une dépêche dont le roi me
commanda hier au matin l'expédition, et en
même temps une ordonnance d'en faire part
à messieurs les maréchaux de France qui ont
été nommés par Sa Majesté pour servir cette
campagne, et de leur faire savoir que c'était
une affaire qu’elle avait résolue, et dans la-