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M. de Bellefonds trouva dans son infortune des sympathies que lui conciliaient aussi bien son propre mérite que la haine assez universelle dont Louvois était l’objet. La Fare raconte que se trouvant à table avec quelques seigneurs, on plaignait hautement le maréchal ; aussi encoururent-ils la colère du ministre ; « sept ou « huit lettres de cachet étaient écrites et prètes « à signer pour nous exiler ; mais Saint-Pou- « ange l’en empêcha avec bien de la peine, tant « cet homme-là était intraitable, farouche et « malfaisant. »
Mais c'était surtout à Bossuet qu’il appartenait de consoler son ami. «Je ne sais que pen- « ser de votre disgrâce, lui écrivait-il en date « du 24 mai 1674 ; elle est politique ; et cepen- « dant vous commandez encore l’armée, et « j'apprends que vous avez ordre de faire un « siége. Pour la cause, autant que j'entends « parler, on dit que vous avez manqué par « zèle, et à bonne intention : personne n’en
« doute ; mais personne ne se paye de cette
« raison... Quoi qu'il en soit, je vous prie, s’il «y à quelque ouverture au retour, ne vous « abandonnez pas : flécnissez, contentez le roi ; « faites qu'il soit en repos sur votre obéis- « sance... » Et quand, plus tard, M. de Bellefonds eut sérieusemeut embrassé cette vie de solitude à laquelle il était condamné, Bossuet vint encore, par des conseils souvent réitérés, lui dévoiler les secrets desseins de Dieu sur son âme ; il lui montre la Providence l’ôtant au monde, l'y rendant ensuite pour l’en retirer de nouveau ; le faisant passer successivement par différents états de faveur et d'infortune ; puis il s’écrie‘: « Que résulte-t-il de «tout cela ? sinon que Dieu seul est bon, et «a que le monde est mauvais et consiste tout « en malignité... » — « Qu’avons-nous affaire « du monde, lui écrit-il une autre fois, et de « ses folies, et de ses empressements insensés, «et de ses actions toujours turbulentes ?..»
— « Tenez-vous ferme, monsieur, embrassez
« Jésus-Christ et sa retraite ; goûtez combien le
« Seigneur est doux ; laissez-vous oublier du « monde ; mais ne m'oubliez pas dans vos « prières; je ne vous oublierai jamais devant « Dieu (1).»
Je pense que la punition du maréchal à Bourgueil fut promptement changée en un exil dans ses terres de Normandie; il y vécut dans le calme et dans la pratique des bonnes œuvres, sans regrets comme sans tristesse (2) ne paraissant que rarement à la Cour, par exemple, le 25 décembre 1674, jour de la première communion du Dauphin, où, avec le prince de La Roche-sur-Yon et le duc de Montausier, il remplit à la messe les fonctions prescrites par le cérémonial en usage alors dans les chapelles royales, aux solennelles communions du mo-
narque et des fils de France. (3). En 1676, il
1. Lettres des 21 mai, 5 août, 29 septembre 1674. 2. Bossuet lui écrivait ; « Mandez-moi si la longue solitude ne vous abat point, et si votre esprit demeure dans la même assiette, et ce que vous faites pour vous soutenir, et pour empêcher que l'ennui ne gagne. » (Lettre du 19 mars 1675.) 3. « Enfin le maréchal de Bellefonds a coupé le fil qui
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vendait sa charge de premier maître d'hôtel du roi, (1) et si, à la mort de Turenne le nom de M. de Bellefonds fut prononcé comme celui du général le plus capable de succéder au héros dont on pleurait la perte, « cela a été détourné, lui « écrivit Bossuet; en apparence, les hommes « l'ont fait; et nous en savons les raisons. En « effet, c’est Dieu qui a tout conduit, et nous « SaVOns aussi sa raison, qui est de vous renfer- « merenlui. Dieu fera de vous ce qu'il lui plai- «ra; peut-être veut-il vous appliquer un jour « à quelque bien; peut-être vous veut-il tenir « sous sa main retiré du monde. » (Lettre du
16 mars 1676.)
l’attachait encore ici; Sanguin a sa charge, pour cinq cent-cinquante mille livres, un brevet de retenue de troiscent-cinquante mille.n (Lettres de madame de Sévigné. 15 avril 1676.)