LE PÈRE LOUIS LE VALOIS
Bes épreuves qui avaient accueilli le maréchai [* Bellefonds au milieu des honneurs du monde, jointes à ses sentiments profondément chrétiens et aux graves lecons de Bossuet, avaient préparé peu à peu son cœur à une vie plus parfaite. Dieu lui avait ménagé l’homme qui devait le faire avancer d’un pas plus ferme et plus généreux dans la voie de la perfection. Ce fut en effet alors qu'il était retiré à l'Isle-Marie, qu’il connut le père Louis Le Valois.
Né à Melun le 11 décembre 1639, admis de bonne heure dans la Compagnie de Jésus, Louis Le Valois, après avoir subi les diverses épreuves imposées par saint Ignace aux jeunes religieux de son Ordre, avait élé envoyé au collége des
jésuites de Caen pour enseigner la philosophie.
Mais son zèle d'apôtre, sa ferveur, sa soif du salut des âmes, ne trouvaient pas assez d'aliments dans les étroites limites d'une classe; après avoir donné à ses jeunes élèves tous les soins qu'ils étaient en droit de réclamer, le pieux religieux dépensait ce qui lui restait de temps et de forces au service des fidèles de la ville: les ecclésiastiques, les laïques, les réguliers, les riches & les pauvres (1) avaient également recours à ses conseils et droit à son inépuisable charité. Une retraite de huit jours, prêchée à de jeunes ecclésiastiques avant leur ordination, acheva d'établir la réputation du père Le Valois. Son nom, entouré de la vénération qui s’âttache aux hommes vertueux, parvint alors jusqu'à M. de Bellefonds. Une seule entrevue suffit à ces deux âmes pour se connaître, se comprendre et jeter les fondements de cette étroite
union que la mort seule pouvait briser.
1. C’est au P. Le Valois que la ville de Caen dut con hôpital général.
dut
Le religieux offrait en effet au guerrier tout ce que souhaitait son caractère énergique, droit, généreux et sans peur. Le père Le Valois était « un homme éclairé et animé de l'esprit « de Dieu; sévère dans ses maximes, mais « d’une sévérité raisonnable et sage ; libre en- « vers les grands, mais avec tout le respect dû « à leur grandeur, incapable de les flatter et « de leur déguiser ses pensées; du reste, par- « faitement désintéressé et ne voulant que le « salut et la perfection de ceux qui se confiaient « en lui et dont il prenait la conduite. (1) »
M. de Bellefonds sentit bientôt son âme brûler de la même ardeur apostolique qui animait son saint directeur. Autrefois déjà il avait travaillé à gagner des cœurs à Dieu, quand il préparait à madame de La Vallière la retraite du Carmel ou qu'il poussait Bossuet à entreprendre la con-
version de Monsieur et de Madame de S“hom-
1. Œuvres spirituelles du P. Le Valois (publiées parle P, Bretonneau.) Paris, 1758, in-12, 3 vol. Préface.
berg, l’un et l’autre retenus dans les liens de l’hérésie. Mais au moment où nous le considérons, ses vues s'étaient étendues ; il révait un bien plus général et non moins durable. Il offrit au P. Le Valois de venir passer quelques semaines à son château de l’Isle-Marie (1) et de se joindre à lui pour engager les ecclésiastiques des environs, les gentilshommes et les dames du voisinage, à faire les exercices spirituets,
Le P. Le Valois accueillit avec empressemeni: celte pieuse proposition, et bientôt ces retraites, animées et édifiées par la présence et par l'exemple de Monsieur et de Madame de Bellefonds, produisirent les plus heureux fruits,
Mais après dix années de séjour à Caen, le Père fut rappelé à Paris , où il ne tarda pas à entreprendre d'y faire le même bien qu’en Normandie. Ses premières tentatives, bien que secondées et encouragées, ne semblaient pas de-
1. Le Homme, dit lisle Marie, est dans la presqu'ile de Cotentin, au confluent des petites rivières du
Merderet et de la Douve, non loin de la route de Valognes à Caen.