CAMPAGNE D’ESPAGNE
Quelques années plus tard, M. de Bellefonds
se voyait de nouveau investi du commande-
ment d’une armée. En 1684, pendant que Vauban
en Flandrefaisait tomberles murailles de Luxem-
bourg,les troupes françaises envahissaient la
Catalogne pour forcer l'Espagne à la paix.
« Si le roi de France, dit M. Camille Rousset,
avait fait, aux Pays-Bas, un grand étalage de
sa puissance militaire, c’est qu'il avait voulu
donner à réfléchir à la Hollande et à l’Alle- C magne; les Espagnols tout seuls n'auraient pas l mérité tant d'efforts ;on les méprisait. De peur a qu'ils ne sentissent pas assez toute l’humilia- l tion de ce mépris , Louis XIV et Louvois d avaient affecté de n’envoyer contre eux, en Ca- ci
talogne, qu’une poignée d'hommes ; et pour
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commander cette poignée d'hommes, ils n'’avaient trouvé personne qui convint mieux qu’un général depuis dix ans écarté du service, le maréchal de Bellefonds. Sortir de disgrâce pour un tel commandement, c'était plus que n'avait espéré le maréchal. La retraite ne lui avait enlevé pas une qualité, ni pas un défaut; c'était en 1684, comme en 1674, le même caractère fier, indépendant et résolu jusqu'à l'aventure ; le même esprit étroit, obstiné, impatient des conseils. Le contraste de ses instructions et de ses ressources était extrême : prendre Girone, Roses , Campredon , Castel-Follet et le Seud'Urgel, avec vingt-cinq escadrons et huit bataillons, les uns étrangers, les autres de ceux qu'on appelait vulgairement bataillons de salade, parce qu'ils étaient formés de compagnies appartenant à différents corps, c'était un problème à décourager les plus hardis. Le maréchal de Bellefonds ne se découragea pas, bie:: au
contraire, il sut inspirer à ses soldats de ren-
contre une telle confiance qu'ils se crurent en
état de disputer aux assiégeants de Luxembourg l'honneur de l’attention publique (1). »
Au commencement de mars, Bellefonds se rendit à Bayonne ; il devait entrer 3 la Haute-Navarre avec tout ce qu'il trouverait de troupes et de milices dans le pays. A la tête de 1200 fantaseins et de 3 à 400 cavaliers, il entreprit cette marche pénible. « Après avoir traversé des chemins presque impraticables, il arriva subitement à Roncevaux, au moment même où les chanoines sortaient de l’église, le flambeau à la main, après avoir rendu ces à Dieu de ce que les Français n'avaient pb. pu passer. On y trouva une grande abondance de vivres et de fourrages. Le maréchal, qui faisait profession d’une haute vertu, donna de si bons ordres à ses troupes qu'elles ne firent aucun dégat et ne prirent que les vivres et les fourrages nécessaires, On revint sur ses pas après
cette pénible course qu'on n'avait entreprise