‹ Comme une fantaisieChapitre 1 sur 22 · LAO TSEU · texte numérisé non relu

LAO TSEU

Le philosophe Lao-Tseu enseigne qu'il n'est rien d'éphémère qui s'accorde à la raison. Quoi, Lao-Tseu, ces églantines où pleure l'aurore, n'est-ce que folie? — Et folie, l'image de ta lille sur le miroir d'étain , tout à l'heure flétri luimême aux nuées qui viennent de la mer?

— L'autre jour, dit encore Lao-Tseu,

[• je méditais auprès de ces frangipanes qui,

ii l'heure de midi, répandent sur Fô le

sommeil avec leur parfum. Pourtant il

lie dormait pas, et j'entendis une dame

qui lui parlait « chien ». Klle su))pliait, je ne sais pourquoi, qu*on la portât sur la place publique, afin que tout le monde vît son bonheur. Puis elle se tut, mais, peu après, soupira : « Ah î je voudrais mourir. )>

Je connus alors qu'elle était au comble de la félicité.

xMADRIGAL DANS LA NUIT

Le poète Fô s'est fait taxer parfois de boursouflure et de servilité pour sa manie de louange. Dès qu'il était auprès d'une femme, cela devenait excessif : on eût dit qu'il pensait en madrigaux, comme d'autres avec des chiffres ou par images.

Un soir qu'il se promenait avec la belle Doliah, l'épouse du mandarin Jan-Ghicaille, elle lui lit dire ces vers célèbres qu'il a composés sur la blancheur de la porcelaine :

O porcelaine des Miang, Prends-tu ton éclat de la neige,

Ou la nei^c de toi : chose si blanche. Que le blanc magnolia Jaunit d'envie en ta présence.

O porcelaine des Miang,

Le paradis doit avoir ta couleur.

Mais celle que j'aime, au jour de sa mort —

Sur la couche où s'elleuillent les fleurs —

Paraîtra plus blanche encore.

Ils sont si touchants, en chinois, <|ue cette jeune beauté ne put retenir quelques larmes, qui brillèrent dans la nuit.

— 0 miracle, s'écria Fô en tombant à j^enoux : il pleut des étoiles.

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