‹ Comment a vécu StandhalChapitre 28 sur 40 · II. — Lettre du 5 Juin i · texte numérisé non relu

II. — Lettre du 5 Juin i

A présent que je suis morte, car une femme est morte quand elle a franchi l'Académie (style de Desmazure) j'oserai vous dire que j'ai toujours été étonnée que de mon vivant vous n'ayez pas été amoureux de mui. Je trouvais que je devais être selon votre cœur; c'était une erreur, mais je n'en suis pas moins touchée des preuves d'amitié que vous m'avez données depuis mon décès. Ne vieillissez pas loin de la patrie; combattez l'action du temps; vous le pouvez, vous qui n'avez pas besoin,

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de joues roses pour être aimé, pour être aimable, et la jeune marquise vous prouve mon ami que TOUS n'avez pas vieilli; croyez-moi, la pire condition est celle d'une femme qui n'est pas absorbée entièrement par l'amour des chiffons, le caquetage de sa coterie, ou par une haute vertu qui trouve toutes ses jouissances en soi. Le soi des dévotes est le Paradis terrestre. Mais les femmes qui ont besoin d'affection entretiennent longtemps les illusions de la jeunesse, et sont continuellement en buttes aux douloureuses déceptions. Je ne pense pas que toutes les femmes aient été aussi malheureuses que moi, mais (ceci est confession) toutes les fois que j'ai fait la bégueule, on m'a laissé là, et lorsque j'ai été gracieuse, on s'est enfui. Vous comprenez que ma vie sentimentale m'a laissé peu d'heureux souvenirs; les amis m'ont mieux traitée, aussi j'en retrouve quelques-uns avec un plaisir qui surpasse de beaucoup tout ce que le vertige d'amour aurait pu me donner de bonheur.

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