‹ Comment a vécu StandhalChapitre 30 sur 40 · IV. — Lettre du 25 décembre i836 (i · texte numérisé non relu

IV. — Lettre du 25 décembre i836 (i

Ce n'est pas au Duc de M. que j'écris, c'est à vous, mon ami, à vous qui êtes encore sous ma fenêtre. N'ayez point de regret de votre journée; elle doit compter pour l'une des meilleures de votre vie, et pour moi c'est la plus glorieuse! J'éprouve toute la douce joie d'un grand succès. Bien attaquée, bien défendue, pas de traité, pas de défaite^ tout est gloire dans les deux camps. Vous ne le nierez pas, il y a au fond de votre cœur une satisfaction qui tient à ce que nous autres gens douteux nous appelons la conscience. Moi je suis heureuse, très heureuse, et cependant je vous aime, et aimer c'est vouloir ce que veulent vos amis, donc vous ne voulez pas ce que vous voulez; mon instinct spirituel a deviné votre vertu. Beyle, appelez-moi grosse bête, froide femelle, sotte peureuse, stupide, tout ce que vous voudrez, vos injures n'effaceront pas le bonheur de notre divine causerie.

(i) La correspondante, née vers 1790, a donc quarante-six ans à cette époque; Stendhal, cinquante-trois. .On devra rapprocher cette lettre de celle (n" 12) de l'autre inconnue, datée du 22 Août i836. A son retour "de Paris, Stendhal est en quête d'affection. Repoussé à .Dieppe, il se retourne vers St-Denis, où l'espoir d'un bon accueil lui semble facilité par les confidences de la lettre qui précède, reçue là-bas, dans l'exil de Cività.

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c^est là ce que j'appelle honorer son cœur, son esprit, c'est s'élever à toute la dignité d'un noble ■sentiment.

Beyle, croyez-moi; vous valez cent mille fois mieux qu'on ne le croit, que vous ne le croyez vous-même, et que je ne le croyais il y a deux

heures.

Adèle.

V, — Lettre du 7 Juin 1841 :

Il y a une heure que je dis : « Lui écrirai-je? Ne lui écrirai-je? A quoi bon lui écrire? » Et alors je me remets au feu, je réfléchis, je passe en revue toutes ces jolies petites années dont nous ne savions pas profiter... si petites que soient vos lettres, elles me font toujours plaisir.

Stendhal, on le soupçonne, déjà, ne paraît pas avoir été très ardent à la suite de l'échec du 26 Décembre i836, qui nous vaut l'adorable lettre qu'on a lue plus haut. Adèle, une fois de plus aura fait la bégueule et elle aura été plantée là. Cela résulte de la dernière ligne de la lettre précédente et de toute la correspondance qu'entretînt cette remarquable femme, avec Beyle, jusqu'à sa mort, correspondance dans laquelle les reproches de silence de sa part reviennent à chaque lettre.

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Mais si le feu s'est trouvé singulièrement éteint en Stendhal, chez elle il est resté brûlant dans son cœur, ainsi qu'on peut le voir par une lettre écrite par Mérimée k Colomb, le 28 Septembre 1842, six mois après la mort de Beyle :

Paris, 28 septembre 1842.

Pourriez-vous me dire, Monsieur > qui est un "Monsieur Jules qui demeure à Saint-Denis ? J'ai reçu de lui une lettre et un cadre renfermant quelques lignes de l'écriture de Beyle. Il me dit qu'on lui a appris que je disais du mal de Beyle et pour me donner des remords, il m'envoie une phrase découpée dans une lettre de notre ami, où il parle avec éloges d'un de mes premiers bouquins. Cette lettre et le reproche m'ont semblé si ridicules et si étranges que je n'y ai pas répondu. Je n'ai jamais entendu parler à Beyle de personne de ce nom. J'ai perdu la lettre et ne me souviens plus que du prénom de Jules qui est sur le fragment qu'il m'c- voie. Peut-être avec Jules et Saint-Denis, pourrczvous me donner le mot de cette énigme.

Nous dirons à Mérimée : ouvrez la correspondance à la page 188, tome II. Vous y trouverez le nom du fidèle si curieux de la mémoire de Beyle. La lettre adressée à Mme Jules, à Saint-Denis, commence par

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ces mots : « Chère et aimable Jules, je vous aime toujours à la folie; je pense fort souvent à vous, mais depuis dix-huit mois je n'écris plus. Rome, i^"" Mai i833. »

Ce Monsieur Jules est la femme dont nous avons donné les quelques lettres qui précèdent, et à laquelle Stendhal, indépend^niment des quelques lignes ci-dessus,. a écrit une infinité de lettres qu'on retrouvera dans la correspondance inédite (i).

C'est la même dont Bussières, dans la Revue des Deux Mondes, i5 Janvier 1843, a tracé le portrait suivant :

« Si nous n'avons pas trouvé une maîtresse de Stendhal, nous sommes arrivé, du moins, et tout nouvellement, bien près d'une femme qu'il a aimée pendant de longues années; femme française, de beaucoup d'esprit, d'une grande beauté, femme à qui Beyle n'a otTert qu'une tendresse sans exigences et qu'un dévouement désinté-

(i) Pages 47, 52, 63, 67, 99, loi, 189, 227, 233, aSi 275 et 299. Tome ii.> Edition Michel Lévy.

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ressé, ce que Matta, dans les Mémoires de GraiJimonty appelle servir sans gages. Ce sentiment qui était plus que de l'amitié, plus que de l'amour aussi, puisque l'amour ne connaît guère l'abnégation... »

Malheureusement nous avons lu la lettre du 25 Décembre i83(5. Et voilà comment on écrit l'histoire!

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