‹ Comment a vécu StandhalChapitre 34 sur 40 · RESUME · texte numérisé non relu

RESUME

Somme revenant à

^^ , Mme Perier . . 5.826 65 ,

Recettes J c^^^^, ia^,x^. ^ > 8.oo5 82

^ 1 bommes levées a /

f M. Colomb. . . 2.179 17 )

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[ M.Colomb. . . i.83o 23

Solde : 2.55() 70

Résumons :

La succession de Beyie à Paris reste

nette à 2.556 'jÇi

à Cività-Vecchia à i.25o »

Beyle a donc laissé au total ....... 3. 806 76

3,806 fr. 76 ! Un peu moins de 200 francs de rente. Voilà tout ce que Stendhal a pu laisser à sa sœur, et ce qu'il possédait à cinquante-neuf ans, à l'approche de la vieillesse impuissante.

C'est véritablement bien peu, si l'on considère que, depuis l'année i83o, il est doté d'un consulat de 10,000 francs. Il fallait donc qu'il fut très dépensier, et bien peu prévoyant de l'avenir : nous savons cependant qu'il s'en inquiète d'une façon constante. Mais si l'on va au fond des choses, on acquerra vite la conviction que ce fameux consulat n'était guère fait pour l'enrichir. Comment pourrait-il réaliser la moindre économie, l'excellent homme, le lettré fou de livres, l'artiste épris du beau (i) qui, dès qu'il se sent, par son es-

(i) Avec passion, folie, bctise. Correspond., t. II, ^pvgc 149. Édit. Michel Lcvy.

clavage, à l'abri des nécessités du pain quotidien, commence par faire une pension annuelle de 700 francs à sa sœur Pau?

line ;i :, achète des manuscrits à Naples (2), fort cher (3 , et aussi des antiquités à Mycène, le beau buste de Tibère. Le consulat est en outre chargé d'énormes dépenses qui écornent singulièrement ce traitement en apparence si respectable {4).

Il n'est pas besoin, je pense, d'insister davantage et de pousser plus loin une justification qui n'a plus de raison. Ce n'est pas de sa faute, s'il n'a pu rien mettre dé côté pour sa vieillesse, et n'est-ce pas en-

(i) La pension de 700 francs par an à madame Perier- Lagrange continue et continuera tant que je serai \é cgmarade de Cicéron. Ibid., page 182.

(2) J'ai acheté très cher de vieux manuscrits en encré [aunie qui datent du xvr et xvir siècle. Ibid., page 179.

{3) Chaque volume m'a coûté de 90 à 120 francs et jen ai 12. Ibid., page 207.

(4) Avec ces 1,400 francs de retenue (14 0/0 de retenue sur les appointements) je me ruine. Demain la fôte du pays me coûtera 25 francs d'illuminations. Un homme comme moi, ou plutôt comme mon habit, doit mettre des torches et non des lampions. Un homme comme moi ne peut loger que sur la'grand'place, dans un ap-y partement à 6 fr. 5o par jour (2,5oo francs par an). En Toscane, on peut encore économiser, mais parmi ces barbares africains-ci... pas moyen. Ibid., page i33.

Voir en outre à la fin de cette étude le compte établissant que ce fameux consulat de 10,000 francs ne rapporte pas plus de 2,200 francs au maximum.

COMMENT A VÉCU STENDHAL lyS

core m^irveille, dans ces conditions, de voir figurer à la première ligne de l'inventaire de Colomb cette somme en espèces de 4, 172 fr. i5 que le brave ami lui garde religieusement. Ajoutés aux 620 fr. yS que l'on retrouve en or chez lui, c'est donc en tout 4,800 francs que possède, pour faire face aux éventualités, ce glorieux vieillard qui rentre en France épuisé, désormais incapable de tout travail. Et encore! Cette somme n'est pas intacte, et va aussitôt se réduire de près de moitié.

Ici se place un autographe bien précieux, et que je considère comme une véritable relique.

A compte du prix de 5 000 fr. convenu pour des volumes de romans et nouvelles^ j'ai reçu de M. ^onnaire la somme de quinze cents francs.

Paris^ le 2 1 mars 7rV/i>.

H. Beyle.

Ce sont quatre lignes, et les dernières que Stendhal ait écrites. Elles sont datées du 21 mars 1842, et c'est le 22 qu'il est frappé. Elles ont donc été tracées la veille de sa mort, d'une main déjà condanmée.

C'est évidemment le dernier souvenir qu'on possède de sa main.

Le 2 I mars Stendhal avait donc passé un traité avec la Renie des DeiixMondes pour une série de nouvelles. Le prix convenu était de S.ooo francs sur lesquels, ayant besoin d'argent, il recevait le jour même i,5oo francs. Le lendemain 22, il tombait foudroyé au coin du boulevard des Capucines devant le Ministère des Affaires Étrangères où, sans doute, il avait dû subir quelque impertinence des bureaux.

Ce traité ne pouvant être exécuté, Colomb remboursera l'avance, le 4 juillet suivant, à Bonnaire dont voici le reçu :

Je, soussigné, reconnais avo'r reçu de M. R. Colomb, en sa qualité d'exécuteur testamentaire de feu M. Beyle la somme de quinze cents francs que j'avais comptés à ce dernier le 21 mars de la présente année, à-compte du prix de Romans et Nouvelles, qu'il s'était engagé à fournir successivement à la Revue des Deux-Mondes. Au moyen de la remise que je fais à M. Colomb dj ^a quittance et de la lettre du 21 mars dernier de M. Beyle, le traité passé avec lui se trouve résilié et ma créance soldée.

Dont quittance à Paris, ce 4 juillet 1842.

F. Bonnaire.

COMMENT A VÉCU STENDHAL lyS

Je n'ai pas craint de reproduire cette pièce in-extenso. Elle est d'un intérêt capital pour la mémoire de deux grands hommes qui s'estimaient en s'aimant — Balzac et Stendhal. Cette vipère de Sainte-Beuve, dans un entrefilet perfide, dont chaque mot est un mensonge et qu'il a jeté honteusement, en renvoi, au bas d'une page — la 338^" du tome IX des Causeries du lundi, a osé insinuer que cet argent des nouvelles avait été aussitôt donné par Beyle à Balzac en paiement du fameux article de 40 pages que ce dernier avait consacré à la Chartreuse de Parme. L'infamie est ici lamentable. Elle est encore plus bête que venimeuse. Sainte-Beuve pousse jusqu'à 3. 000 francs l'achat de la complaisance de Balzac. Le reçu est de i,5oo francs. L'article de Balzac est du 25 septembre 1840, — le traité avec la Revue des Deux-Mondes de mars 1842. Il est du 2 i et Beyle est frappé le 22 — le lendemain. Que la terre où dorment les critiques vous soit légère, Monsieur Sainte-Beuve, de l'Académie Erançaise!

Je ne sais si j'aurai réussi à faire partager mon impression. Tous les chiffres présentés ici m'ont paru on ne peut plus intéres-

sants et je n'ai pas redouté de les reproduire malgré leur longueur et leurs minuties. On a pu les trouver arides ou inutiles ; ils ont défilé devant mes yeux comme les ombres chinoises de la vie, je veux dire, des derniers moments de Stendhal, qu'elles répéteraient en silhouette. — Article par article, dans cette nomenclature de dépenses faites in articiilo mortis, on suit pour ainsi dire pas à pas les derniers mouvements de Stendhal pendant ces 48 heures finales.

On le voit, radieux, traitant avec Bonnaire, demandant une avance qu'on lui paye aussitôt sur le crédit de son talent. — Il les met dans sa poche — à moins que Balzac ne l'ait attendu au coin de la rue pour lui subtiliser cette somme — on assiste à sa chute en pleine rue, on accompagne le brancard qui le porte inanimé rue Xeuvedes-Petits-Champs — puis c'est l'agonie, l'ensevelissement, la mise au tombeau; on soupèse sa pauvre escarcelle, on voit même k coiffeurqui, au mois, réparait en lui des ^ns l'irréparable outrage. — On aura aussi touché du doigt le désintéressement de Colomb dont le legs est presque absorbé pour satisfaire au vœu le plus cher de son •ami, sa sépulture, en y ajoutant quelque

chose que l'incrédule n'avait pas demandé : la cérémonie chrétienne à l'Assomption.

On aura vu en outre que le plus doux espoir de Beyle, vivre de sa plume en indépendant, se trouvait réalisé, puisque la veille de sa mort il passait un traité de 5.000 francs avec la Revue des Deux-Mondes. Ce jour-là il a dû positivement nager dans le bonheur, 5,ooo francs! La liberté assurée dans la joie d'écrire! alors que dans toute sa vie de lettres, c'est à peine s'il a touché cette somme pour tous ses livres, 21 volumes in-8°, dont deux chefsd'œuvre.

^^oici, preuves à l'appui, la justification de cette assertion qui tout au moins peut paraître singulière : mais je n'avance rien sans produire les pièces, et ici, comme dans toutes mes précédentes études, ce sont encore des autographes. J'ai tous les traités écrits de la main de Stendhal et passés avec les éditeurs de ses ouvrages. Il n'y aura qu'une addition à faire, et à un centime près, on tiendra le chiffre exact de ce que ses œuvres lui auront rapporté.

Ce chiffre, joint à ceux dont nous trouvons la trace dans le compte de Colomb à Mme Perier-Lagrange i^viager Fuzier, 1/2

lyS COMMKNT A VÉCU STENDHAL

solde de réforme , nous permet de reconstituer absolument les budgets de Stendhal dans les deux périodes bien tranchées de son existence : la première, depuis sa chute des grandeurs officielles de 1814 à i83o; la seconde, depuis son retour aux affaires jusqu'à sa mort, c'est-à-dire de i83o à

COMNŒNT A VIXU STKNDHAL I 79

Ce que ses OEuvres

lui ont rapporté

10 Vendu par lui directement :

181 7 i« Vie des Haydn, Mozart et Métastase.

I vol. L'auteur imprime à ses frais.

Perte '-790 ''

On trouvera plus loin comme justification le curieux mémoire de Didot au sujet de la vente de ce volume.

l8o COMMENT A VÉCU STENDHAL

1S17 2" Histoire de la peinture en Italie.

2 vol. in-8, l'auteur imprime à ses frais.

Perte i .770 >'

Perte totale. . 3.56o » 3.56o »

1822 3« De l'Amour.

2 vol. à l'auteur le i/3

net de la vente une fois

les frais récupérés par

Mongie, éditeur, qui ne

paie pas le manuscrit.

Le livre ne s'étant pas

vendu 0-0 » » »

1826 40 Rome, yaples et Florence.

2 vol. Delaunay, éditeur, i.ooo »

1827 5^» Armance.

3 vol. in-i2. J. Bunos,

éditeur 1 .200 »

1829 Go Promenades dans l^ome.

2 vol. Delaunay, éditeur. i.3oo »

i83i jo Le Rouge et le Xoir.

2 vol. Levavasseur, éditeur i.5oo »

Total des œuvres vendues de 1*^17 à i83i . . 5.200 » 5.200 »

COMMENT A VÉCU STENDHAL l8l

20 Vendu par Colomb par procuration DE Stendhal :

i838 8e Mémoires d'un touriste.

2 vol. A. Dupont, éditeur 1.5 Go »

1889 9e La Chartreuse de T^anne.

2 vol. A. Dupont, édi-

teur 2.!^ 00 »

Total des œuvres vendues de i83i à 1841. 4.060 » 4.060 »

Total général des ventes. 9.260 »

à défalquer :

Perte des éditions Haydn

et la Peinture 3.56o »

En 22 ans Stendhal aura donc touché pour toutes ses œuvres 3.700 »

5,700 francs! en 22 ans! soit 23o fr. par an, ou bien encore, dimanches défalqués, o fr. 75 par jour ! Je n'ai pas le traité pour Rossini 2 vol. mais cela ne changerait pas grand chose à ce calcul qui m'a servi de

base dans l'étude de Stendhal racoiilc fjir lui-même, pour montrer les graves embarras d'argent dans lesquels il se trouvait en 1828, à l'époque de^quatre testaments désespérés, écrits en vue de mort prochaine, et volontaire.

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