COMMENT LEUR FAIRE LA CHASSE
Le filet est le principal instrument de chasse. Il y en a plusieurs espèces sur le marché. Si vous achetez un filet pliant, choisissez de préférence celui fait d’une tige de métal fine et solide se vissant à un manche de trois à cinq pieds de long; il devra avoir à peu près seize pouces de diamètre. On se sert du filet pour faucher au hasard dans les hautes herbes et les broussailles. Il arrive souvent que l'on s’en serve pour la capture d'un spécimen au repos ou au vol; dans l’un et dans l’autre cas, la manière d'opérer est différente. L'expérience apprendra vite au chasseur comment il doit s'y prendre. Il faut aussi une certaine expérience pour enlever du filet le papillon sans endommager ses ailes et sans déplacer la poussières écailleuse qui en forme les couleurs. C'est pourquoi il est préférable, très souvent, de paralyser l'insecte avant de l'en sortir. Pour cela, vous le prenez à travers le filet entre le pouce et l'index, en dessous des ailes, et vous lui faite subir une légère pression; cette pression a pour effet de paralyser les ganglions et d'arrêter immédiatement le battement des ailes. Il est très facile ensuite de le transférer dans le flacon de cyanure.
Il est bient entendu qu'avec les guêpes, les abeilles et les bourdons, la chose n’est ni nécessaire, ni recomman-
dable,
Tout flacon à large goulot peut très bien être utilisé comme bouteille de cyanure. On peut à cet effet se servir de petits flacons fabriqués pour les fruits en conserve. Il vaut mieux, dans les excursions, se munir d’un certain nombre de bouteilles de différente grandeur. Les tubes d'essai utilisés en chimie sont très portatifs et fout de bonnes bouteilles de cyanure. On les prépare en y mettant quelques petits morceaux de cyanure de potasse que l'on recouvre de plâtre en poudre que l'on fait durcir en y ajoutant un peu d'eau; vous aplanissez avec le bout non aiguisé d’un crayon ou tout autre objet analogue, pour que le plâtre ne fasse pas d'aspérité en se durcissant, et vous laissez sécher parfaitement avant de boucher. Choisissez de préférence un bouchon qui dépasse suffisamment pour pouvoir être enlevé sans difficulté. Le cyanure est un poison violent qu'il faut manipuler avec pi ““aution.
"secte que l'on renferme dans la bouteille est “. yxié par les émanations du cyanure à travers la poro- < du plâtre; la mort est plus ou moins rapide, selon la vitalité de l'insecte et la force de la préparation. Il y a de gros papillons qui résistent extraordinairement à l'effet du poison et qu'il faut laisser pendant des heures; au contraire, quelques minutes à peine suffisent pour tuer ia généralité des petits insectes.
L'humidité du plâtre est indispensable aux émanations du cyanure, et, dans les climats secs, il est quelquefois nécessaire de suppléer à la trop grande évaporation par quelques gouttes d'eau. D'ordinaire, cependant, c'est tout le contraire qui a lieu. Le surcroît d'humidité fait fondre le cyanure ct il en résulte un liquide noirâtre qui s'échappe à travers la porosité du plâtre et qui risque de gâter les insectes. Dans ce cas, percez un petit trou dans le plâtre pour permettre au liquide de s'échapper. Vous rebouchez ensuite avec un petit tampon d'ouate. Il est bon, dans tous les cas, de tamponner tout le fond par-dessus le plâtre, soit d’ouate hydrophile, soit même
de panier buvard que l’on rechange de temps à autre. On ne doit pas, s’il s’agit surtout de papillons, mettre trop d'insectes à la fois dans une même bouteille; ils pourraient se détériorer les uns contre les autres. Si vous n'avez pas plusieurs bouteilles à votre disposition, isolez-les au moyen d’un rang d'’ouate que vous introduisez dans la bouteille avant d'y déposer d’autres spécimens. Il est bien entendu que l’on ne doit jamais mettre de coléoptères ou autres insectes lourds dans la bouteille réservée aux papillons. Il sera prudent de se munir dans ses excursions, d’une ou devx boîtes de cigares à fond liégé, afin d'y transférer les insectes quand il devient nécessaire de vider les fioles. Vous vous munissez en même temps Jd'épingles entomologiques. On pique les coléoptères sur l'élytre droit dans la région de l'épaule; certains entomologistes ont pour habitude de piquer temporairement les papillons sur le côté du thorax audessous des ailes. Cette méthode permet d'économiser beaucoup d'espace, en plaça:.: les papillons les uns plus près des autres. On doit enfoncer l'épingle de manière à ce qu’elle dépasse d’un quart de sa longueur au-dessus de l’insecte. Une petite étiquette de papier devra accompagner chaque épingle en-dessous de l’insecte. On peut, si on le préfère, mettre les papillons en cornets; pour cela, on plie dans sa diagonale, et à angle droit, un petit morceau de papier légèrement plus long que large, de manière à laisser dépasser un rebord sur deux des côtés. On place l’insecte le corps du côté de la reinure et l’on replie le papier sur les ailes, puis l'on maintient les deux feuillets l'un contre l'autre en pliant sur eux la marge qui dépasse de chaque côté. Il faut avoir soin de ne pas plier une partie des ailes ou les antennes et les pattes avec le rebord des feuillets. On écrit sur les cornets la date, la localité et tout autre indication que l’on désire se rappeler, et on les empacte soigneusement dans une boîte de manière à ce qu'ils ne reçoivent pas de secousses. Il est facile de ramollir ces insectes plus tard avant de les épingler.
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Il faut apporter beaucoup de soin lorsqu'il s'agit des papillons, afin de ne pas déplacer la poussière écailleuse de leurs ailes; les doigts sont de bien vilains instruments pour le travail délicat du montage des papillons; il vaut mieux se servir de pinces, et, avec un peu d'expérience, on arrive de la sorte à manipuler les espèces les plus délicates sans nullement les endommager.
Les coléoptères, les hémiptères, les orthoptères et la plupart des autres insectes sont plus faciles à manipuler. Le meilleur moyen peut-être de les conserver pendant l’excursion, c'est de les mettre en alcool immédiatement de retour au campement. Vous pouvez vous servir de cette formule:
10 parties.
Aucune préparation n'est nécessaire, et 1l n'y a qu’à jeter les spécimens dans le liquide. On peut aussi se servir de benzine ou de gazoline; lorsque la bouteille est presque remplie, on y ajoute de la sciure de bois pour empêcher le ballottement des spécimens. Pour cela, servez-vous toujours de flacons à large goulot.
Une manière agréable d'enrichir ses collections d'insectes, c’est de chasser à la miellée. On opère la nuit et l'on peut, par ce moyen, prendre un grand nombre d'espèces qu'on ne verrait pas autrement. On badigeonne le tronc c'es arbres, de bonne heure, ic soir, avec une composition de mélasse, de sucre ou autre substance analogue. (On prétend que la bière sure ou le rhum sont encore ce qu'il y a de mieux). On retourne visiter les pièges à l'obscurité, en se servant d'une lanterne sourde. En dirigeant le rayon de la lanterne sur les endroits badigeonnés, qui apparaissent comme des taches plus sombres, on y pourra voir un grand nombre de papillons de nuit et autres insectes qui y sont venus boire. Il faut alors détourner le rayon lumineux et s'approcher brusquement à portée de l'insecte. On retourne brusquement vers lui le rayon
de la lanterne et l’on profite de la surprise de l’insecte, qui le tient un moment immobile, pour appliquer sur lui le : goulot de la bouteille. Cela demande un peu d’habileté pour ensuite placer le bouchon sans permettre à l’insecte de s'échapper, surtout si le badigeonnage a été appliqué sur une écorce très rugueuse; c'est pourquoi il faut savoir choisir les endroits où badigeonner. (On peut visiter mainte et mainte fois ces sortes de pièges pendant la nuit, et l'on sera surpris de la quantité de spécimens qu'on y prendra.
Un autre endroit très recherché des entomologistes est sous les lumières électriques. C2s lumières attirent de véritablse nuages d'insectes qui, pour ia plupart, paraissent comme affolés sous les rayons lumineux. On les voit se lancer dans le cercle de lumière, tournoyer comme avec fureur, puis, à la fin, se laisser choir sur le sol. D’autres vont se cramponner au poteau, aux fils, ou aux édifices avoisinants que l'on fera bien d'examiner avec soin. On déloge facilement les papillons de nuit, qui se cramponnent aux fils, en frappant sur le fil ou en lançant une pièce de bois; la vibration fera perdre prise à l’insecte, qui, généralement, se laisse tomber sur le sol.
On peut facilement établir des pièges à coléoptères dans les endroits où l’on va chasser. On se sert géniéralement pour cela de flaco:s à large goulot, tels que les flacons à cornichons, dont on enduit le fond de mélasse ou autre substance à forte senteur. On les enfonce dans le sol jusqu'à l'ouverture du goulot, que l’on recouvre de feuilles ou d'écorces; on les y lais-e aussi longtemps que l'on voudra, et les visites qu’rn y fera seront toujours très profitables. Les insectes qui s'y prennent s’y souillent, il est vrai; mais on peut facilement les nettoyer en les baignant cans l’eau tiède.
Les pièges à napillons de nuit peuvent rapporter aussi de très belles esrèces. L'un des meilleurs consiste en une lanterne ou en un fanal à lumière forte, que l’on place dans un bois ou un bosquet et que l'on enveloppe en partie d'un entonnoir de papier glacé, qui débouche dans une
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grande bouteille de cyanure. On aura soin de remplir à moitié la bouteille de mousse, de paille de bois, ou d'ouate très lâche, pour que les papillons se glissent dans les interstices et n’aillent pas endommager leurs ailes en voltigeant les uns contre les autres. On tend ce piège le soir et on peut l'y laisser toute la nuit pour ne le visiter qu’au matin.
On peut se procurer nombre de coléoptères et d’hémiptères par le moyen suivant: ):: se munit d’un morceau d’étoffe de coton blanc d'environ une verge carrée, que l'on fixe à deux baguettes disposées en croix. On maintient ce simple appareil sous les branches d’un arbre ou d’un buisson, alors que celui-ci est en fleur; on secoue fortement ou on bat avec une canne. Les insectes tombent sur l'étoffe et l’on n’a plus qu'à les ramasser vivement et à les jeter dans la bouteille de cyanure.
L'avantage de ces diverses manières de procéder est que chacune rapporte des espèces ou des formes d'insectes qui lui sont particulières. La variété dans la méthode produit la variété dans les résultats, et ce n’est qu'en variant les méthodes que l’on peut arriver à trouver tout ce qui peut se rencontrer dans une même localité. .
Le meilleur endroit pour les coléoptères, c'est sur le sol, sous les pierres, sous les morceaux de bois pourri ou dans les souches, dans les crevasses des écorces rugueuses, etc. Le voisinage des charognes, bien que peu agréable pour le chasseur, est ordinairement riche en espèces, de même que les arbres nouvellement abattus dans
les bois. Les rivages sablonneux des lacs sont toujours
très peuplés, non seulement par les cicindèles qui voltigent au soleil, mais aussi par une foule d’autres insectes que les eaux y rejettent et qui vont s’y cacher sous les débris organiques qui s’y trouvent. Les fonds vaseux des étangs sont aussi très peuplés; si on a soin d’en retirer des paquets de vase, de mousse ou de plantes que l’on étend sur du papier ou sur une roche plate, on y verra bientôt une quantité d'insectes hydrophiles s’en dégager pour retourner vers l'étang; l’on aura alors qu’à s’en emparer.