E. ÉPOQUE DE LA RENAISSANCE
Mais tandis que l'art ogival régnait en France, l'Italie, réfractaire à l'usage de l'ogive, manifestait par des chefs-d'œuvre son attachement ressus-
Fig. 15. — FAÇADE d'une MAISON BATIE A MORET SOUS FRANÇOIS l"
(État avant son transfert et sa restauration sur le Cours-la-Reine, à Paris.)
cité à la tradition antique : dès le xiv' siècle la Renaissance avait accentué son mouvement à Rome, à Florence, à Venise, à Bologne, à Milan, à Turin ; et ce mouvement n'eut pas de peine à franchir les Alpes, à la suite des guerres d'Italie, de Charles YIII, de Louis XII et de François I".
La Renaissance devint individuelle en France sous François P'et Henri II. Il ne faut pas croire cependant que le style de la Renaissance est un; il est le résultat d'une concurrence continue entre les influences venues du
CARACTERES D'EXPRESSION
dehors. Le siècle est inquiet; le style, qui est le reflet de ce siècle, marque ses inquiétudes par son instabilité et l'on ne peut compter moins de cinq styles très caractérisés, pendant cette époque que l'on nomme Renaissance, d'un mot qui est un peu bien une convention. Il y a le style de transition, à qui l'on doit le château de Gaillon; le style François P"", exprimé dans la lanterne du château de Chambord, et dans les émaux de Limoges, des Pénicaud et des Limousin ; le style Henri II, qui se vivifie sous l'action magique de Pierre Lftscot, de Pierre Bontemps, de Jean Goujon et de Germain Pilon; le style des
Fig, 10. — PAVÉ EN STUC DE l'aNCIEN UÔTEL DE SULLY, A PAHIS (Fin du XVI» siècle.)
derniers Valois, François II et Henri III, que Catherine de Médicis détermine en s'inspirant surtout de la pensée de Primatice, de jNiccolo dell' Abate, de Bronzino, style pompeux et théâtral, d'une richesse excessive, que des hommes de génie cependant, Jean Bulland et Bernard Palissy, sauvent d'une décadence probable. Enfin il y a le style de Henri IV, sévère, un peu massif, qui ramène l'art français à l'influence française et met fin à la Renaissance.
F. ÉPOQUE DE LOUIS XllI
Sous Louis XIII, l'austérité devient la règle et le style s'en ressent. La transformation de l'art de la fin du xvi" siècle avait marqué le dernier effort
original de l'architecture monumentale. Avec le xvif siècle, l'élan de quatre cents ans s'arrêta, et renonçant à tout caractère individuel, l'architecture, avec des préoccupations qu'il est permis de caractériser, se borna à une imitation de l'architecture antique dégénérée. Or, les autres arts décoratifs étaient trop intimement liés à l'évolution architecturale, pour que l'état de celle-ci n'eût pas un retentissement direct sur ceux-là, c'est ce qui se produisit : et la production se fût trouvée subitement paralysée en ses inventions, si chaque époque n'avait donné le jour à quelque génie capable, par la seule puissc.nce de son inspiration, de s'imposer au goût public.
G. LE XVn% LE XVIU^ ET LE XIX^ SIÈCLES
Cependant, on doit reconnaître qu'après Louis XIII, les styles peuvent encore être caractérisés : le style Louis XIV, plus noble qu'élégant, est encore mâle et sévère, avant d'être solennel ; le style Louis XY devient efféminé et capricieux; le style Louis XYI se calme, moralise et reconquiert une distinction depuis lûrigtemps perdue. La Révolution demande à l'antiquité un enseignement. L'époque napoléonienne lui demande une expression héroïque qui flatte son orgueil et le glorifie; c'est le style pompeux. Enfin, sous la Restauration, c'est l'engourdissement de l'idée, c'est le recueillement inconscient, avant l'explosion du romantisme ; puis l'époque se trouve trop rapprochée de nous pour que nous puissions juger les styles avec le désintéressement nécessaire de conscience et de passion.
Telles sont, très rapidement notées, les étiquettes que l'Histoire et l'analyse de nos perceptions sensibles nous permettent d'épingler sur les différents styles qui se sont succédé en France : nous allons maintenant chercher, sur les documents mêmes, quels sont les caractères particuliers qui ont pu donner lieu à la qualification de ces perceptions.
Flg. 17. — EXEMPLE DE DÉCORATION ROMANTIQUE