CHAPITRE III style Roman
Les Origines.
Après Charlemagne, ainsi que nous l'avons dit plus haut, 'les rois, singulièrement affaiblis, n'avaient pas su défendre le pays contre l'horreur des guerres civiles et les invasions des barbares, qui dévastaient les provinces. La misère et la peste avaient décimé la- population, et la société vaincue s'était laissée peu à peu aller à l'abrutissement, laissant dans le plus complet abandon les arts et l'industrie. Les annales des ix^ et siècles nous éclairent sur cette époque de découragement : le désordre règne en mai Ire, avec la confusion. On ne défend pas contre la ruine les derniers vestiges de la civilisation romaine : tous les yeux sont tournés vers un avenir que la superstition croit limité; toutes les pensées attendent avec lièvre le jugement dernier qui doit sonner à l'heure de la fin du monde prochaine; c'est tout juste si l'intérêt de la défense personnelle et la crainte de malheurs toujours attendus forcent les hommes à fortifier les châteaux.
Hugues Capet, en s'emparant du pouvoir, à la fin du \^ siècle, avail réagi contre tant de désespérance et avait préparé à ses successeurs l'œuvre de résurrection et la consolidation. Dès l'an 1003, de tous les côtés à la fois, par un prodigieux ressort d'activité, on construit, Jiovo œdificandi génère, suivant l'expression de simplicité enthousiaste de Guillaume de Malesburg, chroniqueur contemporain. Ce mode nouveau de construire était le Style roman.
que M. Albert Lenoir définit en ces termes : « Cette architecture se forma des anciens principes romains et de nombreux emprunts faits à l'art byzantin, créé sur le Bosphore, sous le règne de Justinien, et déjà adopté à cette époque, non seulement dans tout l'empire d'Orient, mais même en Italie. «
La première Croisade (1090) ne pouvait qu'accroître le mouvement religieux : c'est par les Croisés que se répandirent naturellement les influences venues d'Orient. Le nombre des églises se multiplia avec une incroyable rapidité; les murailles élaient peintes à l'intérieur, et dès le xi^ siècle, les fenêtres se garnissaient de verrières peintes, comme celles de Suger à Saint-Denis (xn^ siècle) pour ne citer que les plus célèbres.
Comme à ces époques, toute la production d'objets relève de l'architecture pour les formes décoratives qu'ils affectent, il nous semble nécessaire d'entrer ici dans quelques détails précis sur les formes et les ornements qui caractérisent le style roman.
L'Arc Roman et ses variétés.
On sait que l'arc roman est l'arc en plein cintre, formé d'un demi-
cercle; il donne naissance à l'arcade dont la courbure se prolonge légèrement cintrée et à la voûte cintrée employées exclusivement par l'art chrétien jusqu'au milieu du xn^ siècle.
Mais à côté de cet arc, qui csl typique, le style roman en employa d'autres :
L'arc surbaissé, qui est moindre que le demi-cercle {fig. 19).
L'arc surhaussé, qui est formé d'un arc semi-circulaire, dont les côtés se prolongent parallèlement au-dessous du centre (fig. 20).
L'arc en fer à cheval ou oulre-
STYLE ROMAN
Fis. 22.
passé, dont la courbure se prolonge au delà du diamètre horizontal, et qui est une émanation de l'art d'Orient
L'arc trilobé , celui dont l'intrados est découpé en trois segments de cercle, appelés lohes ifig. 22).
L'arc lobé, où l'intrados est découpé en plusieurs lobes arrondis (fîg. 23).
L'arc contre-lobé, où l'intrados est formé de lobes découpés en creux {fig. 24).
Le style roman a encore usé, mais en dehors de France, d'arcs découpés plus ou moins profondément en dents de scie aiguës, ou mousses, ou en
zigzags [fig. 25).
L'arc roman et l'arcade, qui en est issue, se prêtaient à un système élégant d'arcades entrelacées, et formant une ogive à leur
Fif. 24.
Fis. 23.
intersection, ogive souvent percée de fenêtres aiguës.
Fis. 26.
îl y eut encore Varcade romane géminée ou arcade double : elle était
Fis. 27.
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Fig. 28.
formée de deux petites arcades appuyées sur une colonne placée au centre {fig. 26, 27 et 28), et inscrites dans une grande arcade, dont le tympan était
creusé et décoré d'un œil-de-bœuf {fig. 29), d'une rose {fig. 30), d'un trèfle {fig. 31) ou d'un quatre-feuilles {fig. 52).
Lorsque l'arcade est aveugle, elle porte le nom spécial à'arcatiire {fig. 33). Lorsque le tympan est décoré d'une rose, les meneaux de celte rose sont toujours rayonnants.
[Il
Les éléments de perception»