G COMMENT DISCEUNER LES STYLES
reconstilulion, accomplie avec plus de goût que de science, il ne s'aperçoit pas que les objets empruntes à plusieurs époques perdent dans ce mélange les qualités d'harmonie qui eussent été sensibles en un tout émané d'une inspiration homogène.
Nous avons voulu créer un répertoire dont la consultation aisée éviterait désormais ces solécismes du goût, en ne donnant pas seulement, par des commentaires généraux, une synthèse facile des styles, mais en appuyant d'exemples puisés aux sources les plus authentiques l'analyse précise, serrée, définitive des caractères capables d'aider à discerner les styles. Notre désir va plus loin : de quelque respect, de quelque admiration dont on se plaise à entourer le passé, il faut que les individus s'attachent à être de leur temps, et qu'ils aient la volonté d'en marquer l'évolution; pour cela, ils ne doivent pas se borner à imiter ou à contrefaire; ils doivent à leur tour se faire créateurs; mais créateurs sans le savoir, créateurs en obéissant simplement au besoin de leur tempérament, au besoin de la société, dont ils sont les facteurs pensants et agissants, en laissant à la postérité le soin de décider s'ils ont été ou non bien inspirés, et en se contentant d'avoir tout fait pour sortir de la banalité et de la répétition, sans tomber dans l'étrangeté ou le caprice dément.
Ceux qui parlent de créer un style sont coupables d'outrecuidance. Que les artistes, que les ouvriers d'art cherchent des formules, des décors nouveaux, rien déplus logique, rien de plus nécessaire; mais qu'ils le fassent avec une arrière-pensée d'établir une tradition, cela serait la stérilisation de l'art, parce que, croyant avoir trouvé ce style, ils s'y cristalliseraient. Et il faut au contraire que les ouvriers d'art aillent toujours de l'avant. C'est au public qu'il appartient de leur donner un concours éclairé, dont ils sauront profiter.
Pour cela, il faut repousser toute mode exotique. Il faut répudier toute habitude de reconstitution de nos styles passés, parce que l'imitation paralyse l'initiative des créateurs; il faut demander à la nature, directement, comme l'ont fait les peintres admirables de l'école de 1850, un champ d'inspii'ation