C. CÉRAMIQUE, OIÎFÈ\T\EmE, NIELLTOE, TISSUS, ÉMAUX
Mais revenons aux caractères particuliers du style roman. La céramique
se bornait à des poteries industrielles, utiles et grossières; c'étaient des coupes d'argile, avec vernis vitrifiés, et des carreaux de terre cuite à couvertes d'émail, dont on usait pour paver les églises et les demeures des riches. L'orfèvrerie, au contraire, jouissait d'un certain éclat. Dès une époque lointaine, le Midi s'y était adonné avec succès. Clotaire II et Dagobert avaient eu comme orfèvre saint Éloy, de légendaire mémoire, aidé de Thillo. Mais en dehors de l'orfèvrerie civile, l'orfèvrerie religieuse avait été surtout favorisée par le culte des reliques, qui, après Charlemagne, avait dégénéré en superstition aveugle. Le ix*" siècle vit donc créer une infinité de candélabres d'autel, de croix ciselées et enrichies de pierreries, de dypti- Fig.68.~MosAïQi]KDucAT£.oLicoKnEVATOP()i,i q^Bs pour couvrlr Ics évBHgél i alrcs , (iiont Aiiios)* de lampes d'or et d'argent, de châsses
et de reliquaires, dont la richesse n'était pas sans emprunter h l'inspiration
* Le Mont Athos, que les peuples du rite grec appellent la Montagne Sainte, a été sinon ic berceau, tout au moins le refuge des traditions byzantines. Du x' au siècle, h vie monastique s'y tait développée; et sous l'impulsion de Paul le Xéroputamite et d'Atlianase, s'organisa une véritable
STYLE ROMAN
byzantine. Au siècle, le pillage des Normands arrêta l'essor de cette production, qui ne fut reprise qu'au xi^ siècle, à l'époque où un moine célèbre, Théophile, enseigna la technique de l'orfèvrerie en un ouvrage où tout le xn'' siècle s'instruisit. Il est bon de remarquer que. du xi*" au x\f siècle, les orfèvres, qui tous étaient des religieux, ne semblent pas avoir eu de préoccupations esthétiques : pourvu que l'aspect fût riche, ils se tenaient pour satisfaits, d'autant plus que tout le prix de leur œuvre était représenté par la valeur des métaux précieux employés , métaux qui étaient rares, et que des ordonnances royales réclamaient pour la fabrication gênée des monnaies.
Après la première croisade, les croisés qui étaient de retour se firent un devoir de faire de magnifiques dons aux églises; l'orfèvrerie, dont la production excédait alors le travail des monastères, passa aux mains des bourgeois, et l'on vit se former la sixième corporation des métiers marchands de Paris, avec les orfèvres, joailliers, bijoutiers, metteurs en œuvie et batteurs d'or et d'argent, qui n'obtinrent, d'ailleurs, leurs armoiries qu'au xiu" siècle.
A côté de l'orfèvrerie, il faut placer la gravure-niellure sur métaux, qui fut très employée jusqu'au xiii^ siècle pour la décoration des calices, des reliquaires, des couvertures d'évangéliaires, etc.
Le procédé consistait en ceci : sur un fond d'or ou d'argent, on exécutait avec le burin un dessin en creux, et dans ces traits creusés on insérait
répuljlique religieuse. La monlngoe se couvrit dt; monastères (l»nt les plus impcriants étaient ci^ux de L;ivra, de Vatopoli, d'Isiron, de Xéropotainose, d'Espliigménai. L'art, qui y était en honneur, eut un retentissement énorme sur l'Europe entière, et nous donnons le document emprunté au Catholicon de Vatopoli {fuj. 68), parce qu'il explique d'une manière sensible l'influence de l'Orient sur l'expressivilé de l'art roman. Cette mosaïque faisait partie d'un ensemble décoratif, presque entièrement détruit de lointaine date. M. Dayet a établi, dans sa belle étude sur l'art byzantin, que celte mosaïque devait remonter au xii" siècle.
Fig. Cl). ■— G ouvr.r.TLiRE d'évangéi.iaire
ORFÈVRERIE DU Xn° SIÈCLE
(Exécutée par le Frère Hugo d'Oignies.)