AUX
Objets d'Art et de Curiosité
ROMAN Planches là 6
OGIVAL Planches 7 à 17
RENAISSANCE Planches 18 à 50
LOUIS XIII Planches 51 à 60
LOUIS XIV Planches 61 à 71
RÉGENCE ET LOUIS XV Planches 7'2 à 82
LOUIS XVI Planches 83 à 90
PREMIER EMPIRE Planches 97 à 100
Roman
Planches. ..... î à 6
Gomment discerner les Styles.
Planche 1.
lOMÀN PRIMORDUL
Poignée, Traverse et Fourreau d'Épée, recouverts de feuilles d'or travaillées, ciselées et émaillées. — Tuniques en soie, avec broderies d'or ou broderies de perles sur fond or. Pièces d'Échiquier.
Documents tenant à Charlemagne et d\ine formule d'art décoratif typique : C'est d'abord l'épée, qui pourrait bien avoir appartenu réellement au grand empereur. Elle est d'un poids respectable. La poignée et la traverse sont en bois recouvert de feuilles d'or travaillées, ciselées et émaillées. Le pommeau a été incrusté d'un aigle monocéphale et d'un lion bohémien à queue fendue, réparation qu'on attribue à l'empereur Charles IV. Le fourreau est émaillé dans toute sa 1 leur : le moule en est formé de feuilles de bois amincies enveloppées d'un cuir léger, sous cette enveloppe s'en trouve une seconde en toile blanche, à laquelle sont cousues les plaques d'or émaillé ou guilloché, qui forment le décor extérieur. La disposition de ces plaques n'est pas sans intérêt i l'une d'elles, en forme de rectangle, ornée de petits compartiments émaillés et de deux quatre-feuilles en or guilloché surmontées de deux grenats, encadrés de perles, forme l'entrée du fourreau; une autre, en or émaillé, sert de boulerolle. Entre ces deux plaques il y en a douze autres, disposées en losange. La première de ces douze plaques est décorée d'un aigle héraldique, qui donne à penser sur l'authenticité de ce décor tout au moins: les autres plaques sont décorées de petits compartiments émaillés, de plus en plus rétrécis à mesure que l'on approche de l'extrémité inférieure. Dans les vides des plaques, sont d'autres plaques triangulaires en or guilloché, avec, de place en place, des petits boutons d'or et des réseaux de perles pour dissimuler les lignes de jointure. La lame porte en son centre une gouttière profonde qui se termiue en pointe; elle n'est décorée d'aucun ornement en gravure. Signe très particulier, elle se termine, comme le fourreau, par une extrémité arrondie, ce qui semblerait en fixer son usage seulement aux cérémonies et fêtes publiques, d'où le nom de Joyeuse, qu'elle portait.
Les deux tuniques, dites de Charlemagne, n'ont jamais appartenu à cet empereur, mais à Othon, ainsi que l'indiquent ces inscriptions. Ces deux tuniques sont l'aube, la plus courte, et la dalmatique, la plus longue. L'aube se portait dessus, la dalmatique dessous.
L'aube est faite d'une sorte de soie blanche appelée samit. Le cou, le dessous des épaules, l'extrémité des manches sont enrichis de broderies de perles sur fond or. L'or-
nomcnt le plus caractéristique est le plastron de broderie certainement inspiré du pectoral que portait le grand prêtre chez les Hébreux. Le bas de l'aube est garni d'un limbe très large, brodé d'or sur fond pourpre, et se compose de cinq bandes cousues les unes aux autres, Celle du milieu ne comporte que des ornements, tandis que la première et la quatrième contiennent une inscription cufique, où se lit le nom d'Othon, et que la deuxième contient une inscription latine, qui se répète sur la cinquième : « Operatum fklici urbe.
PaKORMI XV ANNO, REGNI Djil W. Dl. GRA. REGIS. SlCILI-E DUCAT ApULIE ET PRIN'CIPAT. CAP. FILU
REGIS W. iiNDiCTioNE XIII. )) L'année indiquée là correspond à l'année 1181 de notre ère. La dalmatique est faite de soie violette. Elle est plus courte que l'aube. Un simple galon d'or forme le collet ouvert sur le devant. Les manches ont de beaux parements brodés au poignet. Le limbe de la partie inférieure est brodé en or sur le fond de l'étoffe, en un dessin très léger et très simple.
Nous reproduisons aussi deux pièces (le roi et la reme) d'un échiquier fameux, de dimensions peu communes, qu'une tradition prétend avoir été donné par Haroun-al-Raschid à Gharlemagne. Mais ce n'est là qu'une légende. Les pièces en question sont bien de provenance orientale. L'une, du jeu, fit bien partie de l'échiquier d'ivoire que Gharlemagne donna au trésor de Saint-Denys; mais le roi et la reine doivent être du commencement du xi^ siècle.
Stj^le Roman (/" Epoque, VHP au X" siècle).
I. Poignée, traverse et fourreau d'Épée recouverts de feuilles d'or, travaillées,
ciselées ou émaillées. Tuniques en soie, avec broderies d'or et broderies de perles sur fond or.
Pièces d'Échiquier.
Planche 2.
ROMAN PRIMORDIAL
Faces principales du reliquaire de Pépin, cuivre émaillé. Croix de Déranger I", or et cabochons.
Figure de Charles le Chauve et Lettre ornée extraites de ses Heures. Fragment d'étoffe à fond brun, avec figures d'animaux dorées.
Documents du ix^ et du siècle.
Ce sont les deux faces principales du reliquaire de Pépin, en cuivre, avec dos parties d'émail et des cabochons ; la croix de Béranger \", en or, avec cabochons, la figure de Charles le Chauve et une étoffe tissée de soie et d'or.
La figure de Charles le Chauve servait de frontispice aux heures manuscrites de ce prince, qui en fit don au chapitre de Saint-Etienne de Metz, après la mort de sa femme Hirmintrude. Ce manuscrit est signé en cette phrase : « Hic calamm facto Luitardi fine quievit. »
Charles le Chauve est représenté assis sur un trône large, à dossier carré, bordé de pierreries. Il a pour couronne un cercle droit d'où s'élèvent trois hauts fleurons ; son sceptre porte à son sommet un fleuron où la fleur de lis est stylisée. Sa main gauche tient un globe cerclé et décoré d'une croix. 11 est vêtu d'une chlamyde d'or qui le couvre jusqu'aux pieds, et, dessous, d'une tunique pourpre semée de fleurons d'or. Les bottines, de couleur pourpre, sont lacées devant et richement brodées. La lettre S a été relevée sur le même manuscrit.
L'étoffe reproduite est un fragment des guêtres que portait l'abbé Ingon, mort en 1025, et que l'on découvrit en ouvrant son tombeau de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, en prairial an Vil. L'étoffe était à fond brun, et les figures de lièvres et d'oiseaux étaient dorées. Les inscriptions arabes qni se trouvent dans le tissu désignent celui-ci comme un produit d'Orient, dont c'était le commerce ; d'autre part, on ne saurait affirmer si le tissu est en laine ou en soie. Les siècles en ont altéré la matière ainsi que les agents physiques en contact desquels le tissu s'est trouvé. Ce qui est avéré, c'est que ce tissu était d'une extrême finesse ; peut-être faut-il y voir l'étoffe que Pline désignait sous le nom de scutulata : elle est faite d'une chaîne de filature égale, à deux brins, aux tors très ménagés ; des espoulins garnis de fils d'or fournissaient au broché des parties de dessin assujetties à des lisses particulières divisées en deux rangs : il est certain que, pour ce travail des lisses de deux ordres, il fallait des mains particulièrement expertes.
Style Roman (/" Époque VHP au X» siècle).
rr-r.- D- , ^"^"^ P'"'"'^'P^'2s du reliquaire de Pépin en cuivre émaillé
Cro.x Berangerle.en or et cabochons. F.gure de Charles ,e Chauve et I^UreT "extraite de ses Heures Fragment d'étoffe à fond brun, avec figures d'animaux dorées.
Planche 3.
ROMAN PRIMORDIAL
Crosses épiscopales : Ëmaux champlevés.
Quand on étudie, dans l'orfèvrerie religieuse, cette classe d'objets qui a laissé de purs chefs-d'œuvre, il faut distinguer de suite les cio&ses épiscopales, et les crosses des abbés, bien qu'au x« siècle il n'existât pas encore de loi canonique empêchant les abbés de lutter de magnificence avec les évêques, alors qu'au contraire certains évéques pensaient obéir à l'esprit du christianisme en s'élevant contre le luxe des signes extérieurs de la puissance sacerdotale ou abbatiale.
Dans le principe, le mot crosse — de crux — devait désigner la croix processionnelle et non pas le bâton pastoral, — baculus pastoralis, pedum pontificale, cambuta, — qui avait, comme tous les instruments du culte, une forme et une signification symboliques.
La crosse à volute, emblème du bon pasteur, indiquait la puissance de celui-ci sur le troupeau des fidèles. La courbure de l'extrémité supérieure et la pointe de l'extrémité inférieure sont expliquées en ce vers qui contient une promesse et une menace :
Curva trahit mites, pars pungit acuta rebelles.
Tandis que l'évêque doit tenir la croix processionnelle de la main droite, aux instants précisés par la liturgie, il tient toujours de la main gauche le bâton pastoral, la courbure tournée en dehors, pour indiquer que son pouvoir s'exerce sur les fidèles du diocèse dispersés devant lui. Les abbés au contraire devaient tenir la crosse la courbure en dedans, leur pouvoir ne s'exerçant que sur le personnel de leur communauté. Jusqu'au xm^ siècle, les crosses furent beaucoup plus courtes qu'elles ne le sont aujourd'hui.
Les deux crosses que nous reproduisons sont d'un intérêt tout particulier, au point de vue de la formule d'art dont elles relèvent.
La première, celle qui occupe la partie droite de la planche, fut découverte dans la cathédrale de Sens; elle avait appartenu à l'archevêque Abaldus, mort en 935. Déjà on peut remarquer que le décor dissimule la forme symbolique de la courbe. La volute est en ivoire, enrichie de parties émaillées. La courbe se termine par une fleur aussi fantastique que les pistils qui s'en échappent. Au-dessous du pied de la volute, le bâton présente un fort renflement, qui rappelle la boule par laquelle se terminait le bâton de pasteur des époques de l'Église primitive.
L'autre crosse est plus curieuse encore; elle fut découverte à Chartres, et avait appartenu à Ragenfredus, évèque de Chartres, mort en 960. Elle est de forme simple, mais
d'une surprenante élégance. Le pommeau et le montant de la volute sont couverts de compartiments éraaillés, que commentent des vers de basse latinité; et, par extraordinaire, l'objet est signé : il porte sur la douille cette inscription :
f FRATER WILLELMUS ME FECIT
Les quatre compartiments qui régnent autour du pommeau relatent des événements de la vie de David, ainsi que le disent les inscriptions : 1" Le sacre de David par Samuel {David hec fuit unccio prima) ; 2° David, armé de sa fronde, devant Goliath {Hic funda fusus propriis maie viribus usus). On remarquera, en passant, que Goliath est armé comme un guerrier du x« siècle : armure maillée, casque conique à nasal, lance à pennon, grand bouclier pointu : le réalisme en art ne date décidément pas d'aujourd'hui. 3» David vainqueur de Goliath {Golias cecidit; David hic caput ense recidit). Enfln 4" David arrachant un mouton de la gueule d'un fauve (t/rse cadis verrai : pagus a puero sic inermi).
Le décor du montant de la volute n'est pas moins curieux et rentre dans une formule qu'on retrouve souvent au moyen âge. C'est une sorte de réseau à mailles allongées, en trente-trois compartiments, dont les fonds, variés de couleurs, sont occupés par des allégories et animaux fantastiques. Les compartiments inférieurs, au nombre de six, sont doubles et symbolisent le triomphe des vertus sur les vices ; pour qu'on ne s'y trompe pas, l'artiste a écrit les noms au-dessus de chacun : Fides — Idolatria ; Pudicitia — Libido ; Caritas — Invidia; Sobrietas — Luxuria; Largitas — Avaritia; Concordia — Rancor.
A partir des derniers compartiments supérieui's, la tête est dorée, saus le concours de l'émail.
ÉMAILLERIE. Style Roman [i'' Époque, VHP au X' siècle) X" Siècle.
Emaux champlepés. Crosses dpiscopales.
Planche 4