ROMAN SECONDAIRE
Couverture de l'Évangéliaire d'Aliberto, archevêque de Milan, en or, émaux et pierres fines.
Cette pièce très rare doit être rapprocliée de la croix célèbre de Théophano, pctitefille d'Ûtton 11, et abbesse d'Essen. Si on compare la tête du Christ de la Couverture de r évangéliaire d'Aliberto, appartenant au trésor de la cathédrale de Milan, de la tête du Christ de la croix de Théophano, du trésor d'Essen, on remarque des points très curieux de ressemblance.
D'autre part les procédés d'exécution indiquent les mêmes préoccupations de modifier la technique habituelle. Ainsi les émaux ne sont pas simplement cloisonnés, mais champlevés en partie. Encore quelque cinquante ans, et les émailleurs du Rhin à qui on peut attribuer cette pièce, malgré son expression byzantine, auront remplacé par le cuivre le métal précieux, et contrefait les cloisonnés par le travail simplifié de la taille d'épargne.
Les émaux ont les mêmes couleurs que ceux de l'époque carolingienne. La composition de l'œuvre est compliquée. Autour de la réserve faite pour la croix, c'est une infinité de compartiments et de médaillons, où sont figurés les évangélistes et les animaux qui les symbolisent. Entre ces médaillons et compartiments, des ornements, arabesques et entrelacs, sont ornés de cabochons et de pierres précieuses taillées, les plus gros étant réservés à la bordure. Des inscriptions, dont quelques-unes difficiles à déchiffrer, précisent le sens de la composition. Au-dessus de la croix: LUX MVNDl ; puis, de chaque côté, dans un latin barbare: DISCIPULI REGEM MIRANTVR SVMMA PETENTEM, etc.
L'évangéliaire, on le sait, est le livre où se trouvent les évangiles lus ou chantés pendant les offices: l'évangéliaire avait pour pendant l'épistolier.
ORFÈVRERIE
Stj^le Roman [2'^ Époque, 1000-1 iSy).
Couverture de l'Évangéliaire d'Aliberto, archevêque de Milan, émaux et pierres fines.
Planche 5.
ROMAN TERTIAIRE
Plaques en émail sur cuivre doré, faisant partie de reliquaires. Crosse en cuivre doré. Autel portatif en cuivre estampé. Plaque cintrée en cuivre champlevé et émaillé.
Au xn" siècle, ainsi que l'indiquent les pièces figurées sur cette planche, si les émailleurs ont le sens de la décoration, ils mettent en leur interprétation de la nature une naïveté qui n'est pas loin de s'appeler la barbarie; et pourtant, si l'on se reporte à des pièces très belles d'époques précédentes, on est obligé de conclure que le xii*= siècle marque sinon une décadence, au moins un temps d'arrêt. La plaque qui occupe le bas de la planche est en émail sur cuivre doré ; elle faisait partie d'un l eliqiiaire. Les inscriptions nous apprennent que les trois apôtres représentés sont Jacques, Mathias et Thomas. Les têtes ont dû être modelées en relief, et appliquées après coup, ainsi que cela se pratiquait souvent, afin d'augmenter l'effet. C'est d'ailleurs un procédé que les artistes du rite grec ont continué d'employer pour les icônes.
La crosse voisine est en cuivre doré, avec, sur les contours, des pointillés, des hachures et des filets exécutés au burin. La figure placée dans la volute n'a pas do signification spéciale : elle laisse seulement prévoir la préoccupation des orfèvres futurs de porter l'effort de leur décor sur cetle partie de la crosse.
La petite plaque en haut, à droite, devait faire partie d'un reliquaire; elle représente l'un des séraphins irradiants dont parle Ézéchiel (Ch. L §§ 4 à 10) dans ses prophéties, et dont les quatre tètes diverses symbolisaient les quatre évangélistes.
Les autres pièces doivent être de la fin du xii'= siècle; le travail en est plus habile. C'est une plaque cintrée de cuivre champlevé et émaillé, travail rhénan, représentant la crucifixion. Le Christ est cloué à la croix, au pied de laquelle un moine est prosterné. A droite, une figure symbolisant la Synagogue désigne le Christ du doigt et interroge saint Jean, la tête inclinée, les mains portant le livre des Evangiles; à gauche, l'Église f recueille dans un calice le sang qui s'échappe de la blessure du Christ, sous le regard résigné de la Vierge, au front ceint d'une auréole. Les figures sont gravées, émaillées et réservées sur un fond d'émail bleu lapis bordé de blanc, bleu et vert. La croix et le terrain sont émaillés en vert. Les vêtements sont doublés d'émail blanc. Autour de la plaque on lit, en lettres émaillées de bleu, l'inscription suivante :
4- HEC. PARIT. HEC. CREDIT. OBIT. HIG FUGIT. IIEC, HIC. OBEDIT + DELIGNO D^I. DE SEPULCimO. DNÎ. DECAPILLIS. VESTIB. LF CTO s". 9 AR H-
Une autre crucifixion, plaque carrée de cuivre doré, portant les personnages émaillés, champlevés, et provenant d'un travail rhénan de la même époque.
De chaque côté du Christ en croix, la Vierge pleurant, et Jean-Baptiste étendant vers elle la main droite. Au-dessus des bras de la croix, deux figures astronomiques du soleil et de la lune avec ces inscriptions :
SOL O HIC XPS o LVNA
et de chaque côté des figures :
SCA (sancta) MARIA. S'CS JOHANiNES.
Enfin, la face antérieure d'un autel portatif de travail allemand : les figures, épargnées, gravées et émaillées de bleu sur champ d'émail, représentent les apôtres. L'autel est en cuivre esîampé.
Planche G.
ROMAN TERTIAIRE
Lit copié sur un bas-relief de la cathédrale de Chartres. Fragment d'étoffe de soie brodée d'or. Petit métier à tisser. Pupitres garnis de leurs accessoires, Sièges en bois, forme massive. Lit copié sur un manuscrit.
Nous avons réuni dans cette planche quelques documents curieux qui nous viennent du xu^ siècle.
Le lit, qui est copié sur la miniature d'un manuscrit, est assez singulier. Le chevet est élevé et comprend des sangles transversales, qui en augmentent Télasticité. Le matelas vient s'adosser à ce support, et un oreiller carré est disposé pour reposer la tête. Ce n'est pas là la forme habituelle.
Le plus souvent les lits sont découverts et composés d'une simple couchette carrée, ou décorés de colonnes et couverts d'un toit angulaire, et entourés de rideaux. Plusieurs coussins, de forme arrondie et de peu d'épaisseur, y sont empilés au chevet.
Le fragment d'étoffe de soie brodée d'or qui occupe le haut de la planche est certainement d'origine orientale. C'est un morceau de vêtement trouvé à Paris dans le tombeau d'un évêque, dans l'abbaye de Saint-Victor. L'épitaphe indiquait que cet évèque mourut en 1164. On y remarquera le dessin des poules de Numidie et des girafes, aux déformations qui ne sont peut-être qu'un effort naïf de stylisation.
Le petit métier à tisser placé au-dossous n'est pas moins curieux, bien qu'il soit très incomplet, et d'une interprétation graphique déplorable. On en peut cependant étudier les différentes parties : Vensoitple, qui porte la chaîne roulée, les marches ou pédales, que l'ouvrier soulève alternativement, pour permettre à la navette de s'insinuer entre les fils; la planchette mince insérée entre les fils après chaque tour de la navette afin de serrer le tissu ; la navette ; et enfin l'étoffe qui sort des mains de l'ouvrier toute façonnée, ni plus ni moins que s'il avait affaire à un métier Jacquard.
Les deux petits pupitres voisins étaient de ceux qu'on mettait sur ses genoux, pour écrire. Ils sont garnis de leurs accessoires, et l'un porte même la feuille de parchemin avec un commencement de transcription. Tous deux ont leur encrier à l'une des extrémités : c'est une corne insérée en un trou foré à cet effet. L'un est plus complet : il possède un canif, une petite éponge et des instruments à copier. Ces instruments devaient être des bouts de roseaux, à l'exemple des Orientaux : les manuscrits, en effet, qui savent à l'occasion nous montrer des plumes barbelées, nous indiquent toujours le roseau, le calamus, comme instrument ordinaire de transcription.
La petite chaise de la planche est en bois façonné de forme massive ainsi qu'on le remarque dans tous les sièges de cette nature et de cette époque.
Enfin le petit lit qui occupe le haut de la planche est copié d'après un bas-relief de la cathédrale de Chartres et représente la Vierge couchée ; il est exceptionnellement de formes très élégantes : il est surmonté d'un berceau garni de ses sangles croisées, afin de défendre l'enfant contre les chutes, pendant qu'on le berce.
Style Roman [3" Epoque, i iSj-i 223).