OGIVAL PRIMAIRE, ET RAYONNANT
Bassins avec Armoiries et Personnages sur cuivre rouge, et détails : Émaux champlevés.
Nous avons à dessein réuni dans cette planche des bassins et des détails d'émaux, et des documents empruntés à des miniatures, parce qu'au xni'= siècle, il est évident que les enlumineurs cherchaient à produire, avec les couleurs sur fond or, des effets analogues à ceux de l'émail sur le métal : ce sont deux métiers distincts; mais, quand on y regarde de près, c'est une même inspiration. Qu'on remarque donc les beaux entrelacs chargés à profusion d'animaux fantastiques, comme ce lion rugissant aux quatre corps, et dont la peinture se détachait éclatante sur un fond or. Ils faisaient l'ornement d'une bible manuscrite de l'abbaye de Corbie. Les deux lettres à joueurs de rebec et d'oliphant sont de la même époque.
Les bassins d'émail devaient servir à des ablutions manuelles : celui du bas a même, sur le bord, des petits trous ouverts en dessous sur une petite grenouille servant de gargouille.
Les bassins sont en émail champlevé sur cuivre rouge , probablement doré autrefois. Celui qui occupe le haut de la planche doit appartenir au règne de Charles V, et les écus qui le blasonnent sont probablement ceux des pairs héréditaires qui avaient été désignés pour assister au sacre du roi. Voici d'ailleurs, d'après Grivaud de la Vincelle, le détail et l'attribution possible de ces écus. Celui du centre, au champ d'azur semé de lis d'or sans nombre, est de France ancien. Le premier en haut à droite, en partant de la bélière, échiqueté d' or et d'azur à sa boijdiire de gueules, est du comte de Dreux; le second, portant deux bards adossés, d'or, en champ d'azur, avec des losanges, est du comte de Clermont; le troisième, -parti de France et de Castille, est du comte de Toulouse. Le quatrième, de Dreux, au franc quartier d'argent chargé de trois tourteaux d'azur, est de la famille de Courtenay (ou plutôt d'une branche cadette de la famille de Dreux). Le cinquième, parti, au premier étoile d'or stir champ de gueules, au second bandé d'or et d'azur, est du comte de Vienne et d'Alban (ou plutôt de la famille de Navarre-Champagne). Le sixième, au lion d'or, sur champ d'azur semé de billetles d'or, est du comte de Bourgogne (ou encore du comte de Brienne).
L'autre bassin est émaillé à fond bleu foncé, avec des rinceaux dorés et rehaussés d'émaux plus clairs. Des écuyers, le faucon au poing, ou des joueurs de rebec à double chevalet occupent les compartiments. Le sujet du milieu pourrait bien représenter la reine Blanche de Castille, assise et jouant de la harpe : ce qui corrobore cette opinion, c'est le décor de petites tours placées entre les compartiments et reconnues pour être l'emblème de la mère de saint Louis.
Planche 9.
OGIVAL RAYONNANT
Peinture sur vélin représentant le Louvre sous Charles V.
Notre planche reproduit une des douze miniatures place^es eu tête du livre des'grandes heures du duc de Berry, œuvre admirable qui appartient à la bibliothèque de M. le duc d'Aumale. Ces douze miniatures constituaient un calendrier, et l'artiste, dans les compartiments de chaque feuillet, trouvait à satisfaire ses aspirations de symbole et d'idéalité, et ses appétits d'une représentation réelle des choses. Dans le haut, les signes du Zodiaque, correspondant aux mois; au centre du demi-cercle, le char du soleil. Le mois figuré ici est le mois de septembre.
Au-dessous, une vue du Louvre, embelli sous Charles V. Cette vue seule est un document précis, à l'aide duquel nous pourrions retracer toute une époque du Louvre, château féodal.
Enfin la partie inférieure, d'un réalisme naïf, évoque les travaux de la terre à cette époque de l'année. Les semailles, les sillons creusés avec la herse, — dont la forme n'a pas changé, — le tir à l'arc, la promenade au bord de l'eau, etc.
Des œuvres de cette expression d'art aident, plus que tous les commentaires, à la résurrection de la vie aux siècles disparus.
COMMEIST DISCERKER LES StYLES.
Planche 10.
OGIVAL RAYONNANT
Tapisseries de l église Saint-Maurice d'Angers. (Au bas de la planche sont reproduites les miniatures d'après lesquelles ces tapisseries furent exécutées.)
Ces dessins sont empruntés à une suite de tapisseries anciennes, qui représentent tous les épisodes et symboles de Y Apocalypse, et qui, après bien des avatars, appartiennent définitivement à l'église Saint-Maurice d'Angers; chaque année, pendant une période de quelques mois, on les expose à l'admiration des fidèles. La hauteur est de 4 mètres, le développement complet atteignait 100 mètres, disent les uns, 160, disent les autres. Ce qui est certain, c'est qu'il y en a une grande partie perdue.
Ce qu'il nous faut étudier ici, c'est l'importance de ce document, au point de vue de sa date et de son style, en dehors des préoccupations historiques. Cette tapisserie fut commencée à Paris vers 1578 et continuée, pendant un certain nombre d'années, par le tapissier Nicolas Bataille. Les cartons avaient été demandés à Jean de Bruges, autrement dit Hennequin, par Louis I", duc d'Anjou et roi de Sicile, et par sa femme Marie de Blois. (Louis I'^'' était le père de Charles V, et fut le grand-père du roi René.) Ces tapisseries sont des tapisseries de haute lice.
Ce qui est curieux, c'esl que si les cartons ont été exécutés pour ces tapisseries, sur un sujet fréquemment traité au xm'^ et au xiv^ siècle, ils ont été copiés sur des Apocalypses xylographiques, que toute bibliothèque contenait à ces époques aux préoccupations de foi et de mysticisme.
Style Ogival Rayonnant {i 3 14-1422).
Comment discerwer les Sîyles.
Plaische 11.
OGIVAL FLAMBOYANT OU FLEURI
Dressoir chargé d'orfèvrerie. Dressoirs d'honneur avec leurs Officiers ou Gardiens. Cheminée bourgeoise garnie de ses hauts landiers. Motifs de décoration murale.
Primitivement, les huchiers, fabricants de meubles, et les charpentiers ne formaient qu'une seule corporation. Peut-être doit-on s'expliquer par cette communauté, pourquoi le meuble au xv^ siècle, et d'ailleurs pendant tout le moyen âge, s'inspira de l'architecture. Dans le dressoir que nous reproduisons, le huchier a imité, avec le bois, délicatement découpé, les fenêtres à ogives unies, et les rosaces, le chapiteau et les ornements gothiques.
Pour les murs, on employait des revêtements de chêne où le décor végétal et géométral apparaît, dans le même principe que le décor des grisailles des vitraux. Les hautes cheminées étaient garnies d'andiers, forme primitive des landiers, en fer fondu ou forgé, à l'extrémité supérieure terminée par une crosse, et destinés à supporter les pièces de bois à brûler.
AMEUBLEMENT
Style Flamboyant ou Fleuri [1422-1453).
GOJIMEKT DISCERNER LES StYLES.
Planche 12.
OGIVAL FLAMBOYANT OU FLEURI
Buffets transformés en Oratoires et Décorations des Autels. Intérieur de Caiinet de travail.
Le sujet qui occupe le milieu de cette planche représente, d'après une miniature, le retrait où le roi René étudie. Tout ce qui constituait l'ameublement confortable de cette époque s'y retrouve : la chaise ou faldistoire, à dossier élevé et surmonté d'un dais ; le banc en bois, servant de coffre, avec sa couette ou coussin pour s'y reposer, la bibliothèque dont un rideau cache les rayons; l'horloge à poids, que domine un timbre; le miroir circulaire dans son cadre garni d'autres miroirs plus petits où joue la lumière; la fenêtre dont le milieu est occupé par un médaillon de verre peint ; le pavage émaillé à deux tons; et le plafond arrondi en arcade surbaissée, et doublé de bardeau.
Les dessins qui entourent ce sujet nous montrent des buffets transformés en autels. Le pouvoir apostolique avait à cette époque le droit d'autoriser dans les maisons un autel portatif pour y célébrer les offices. Pour ces autels, un buffet suffisait, adossé au mur, et couvert d'une nappe ou doublier; et sur cet autel on entourait les reliquaires, en forme de pinacles ou de custode, de chandeliers hauts appelés mestiers.
Quand le meuble avait eu la destination spéciale de l'autel, il devait être très sobre d'ornement, pour se conformer aux statuts ecclésiastiques. On tolérait cependant plus de richesse dans le décor des retables et peintures destinés à être placés sur l'autel, sans faire corps avec lui.
Planche 13.
OGIVAL FLAMBOYANT OU FLEURI
Jouteur, Cavalier, Archers et Fantassins. Armure complète dite gothique, en fer poli et articulé, la tête protégée par une salade et une bavière. Armure de Joute.
Celle planche nous fournit quelques documents précieux sur le costume des fantassins et caYaliers au xv<= siècle. Ils portent l'armure à peu près complète.
Les deux archers sont vêtus de la jaque, hoqueton ou doublet, qui protège la poitrine, et de quelques pièces de fer battu pour les membres; la coiffure est la salade à visière. L'armure des fantassins et cavaliers est celle de la seconde moitié du xv^ siècle : salade avec ou sans visière pour la tête; cuirasse à emboîtement, gorgerin, tonnelet de jazeran pour le corps; tasses, cuissots, genouillères, grèvières et solerets pour les membres inférieurs; poiildron, arrière-bras, cubitières, avant-bras et gantelets pour les membres Ëupéi'ieurs; les armes d'attaque sont la hache d'armes, l'épée et la pique.
ARMES ET ARMURES. Style Flamboyant ou Fleuri [i 422-1453).
i3. Jouteur, Cavalier, Archers et Fantassins. Armure complète dite gothique, en fer poli
et articulé, la tête protégée par une salade et une bavière. Armure de joute.
Comment discerner les Si îles.
Planche 14.
OGIVAL FLAMBOYANT OU FLEURI
Coffret oblong en argent repoussé, et doré en partie, décoré en émaux de basse taille. Châsse de sainte Ursule, avec émaux.
Cette planche contient deux très curieux exemples de l'orfèvrerie et de l'éniaillerie du milieu du xv'^ siècle. Là, le travail de l'orfèvre et celui de l'émailleur s'unissent en une communion parfaite : l'un ne se sacrifie pas à l'autre. La première pièce est un coffret oblong en argent repoussé, de 15 cent, de hauteur, 19 cent, de longueur, 10 cent, de largeur. Il repose sur quatre pieds découpés; son couvercle, en forme de toit, est bordé d'un encadrement crénelé. L'argent est doré en partie. Sur chaque face il porte des ornements, feuillages en relief, ainsi que des médaillons décorés en émaux de basse taille, et ligurant sur l'un la Vierge et l'Enfant Jésus, sur les autres des bustes d'apôtres se détachant en émaux translucides sur fond ])leu. Sur le plat du couvercle se trouvent trois plaques émaillées, dont deux représenlent le Christ et la Vierge : la troisième contient l'inscription suivante en caractères gothiques, réservés sur fond d'émail bleu :
Çfr yresolem Sitcoboin iFoit. Ijoc. afos insigne, pcr. attun. anno. Bomini. iîXilUno. Qlluabrigentcno 'Srtctêima tfrti0.
L'autre pièce est une très belle châsse de sainte Ursule, du style ogival flamboyant le mieux caractérisé. 11 semble que l'orfèvre et l'émailleur aient pris soin d'y réunir tout ce qui fut le caprice général de l'ornementation de cette époque.
ÉMAILLERIE
Style Flamboyant ou Fleuri [i 422- 1 453).
Coffret oblong en argent repoussé et doré en partie, décoré en émaux de basse taille. Châsse de Sainte Ursule, avec émaus.
Plakghe 15.
OGIVAL FLAMBOYANT OU FLEURÎ
Reliquaires de Saint-Marc de Pordenone (Italie), portés sur pied uuifcr!r\e, argent et argent doré, avec cylindre ou caisse à facettes de verre.
Après des vicissitudes qui se multiplièrent du commencement du xv^ siècle jusqu'au nôtre, les très curieux reliquaires de l'église Saint-Marc de Pordenone (Italie), grâce à l'intervention de l'Académie d'Udine, sont désormais conservés à la fabrique de l'église, sous la protection spéciale de l'État.
Ces reliquaires, portés sur un pied uniforme, commode à la main et propre à l'imposition sur la tête des fidèles, sont généralement faits de lames de métal précieux, en argent ou argent doré, enserrant un cylindre de verre, ou une caisse à facettes de verre.
Des inscriptions indiquent quelles reliques ils contenaient ou contiennent encore. Ce sont entre autres : les reliquaires des saints Marc et Maurice; celui de sainte Lucie et sainte Marie-Madeleine; celui des saints Innocents; celui de saint Pierre, martyr; celui de saint Maurice ; celui de la Sainte-Croix.
ORFÈVRERIE
Style Flamboyant ou Fleuri [142 2-1 453).
Planche 16.
OGIVAL FLAMBOYANT OU FLEURI
Peinture sur vélin représentant le camp de Mussi-l'Évêque, avec détails sur les costumes, armures, architecture, disposition de camp fortifié et manœuvre des pièces d'artillerie.
Nous avons reproduit une miniature célèbre du xv*' siècle, où l'on voit Bertrandon delà Broquière reçu par Philippe le Bon au camp de Mussi-l'Évèque.
(Philippe III, le Bon, troisième duc de la maison de Bourgogne, 1396-1467; celui qu'Erasme appelle prince populaire, bon chevalier, ennemi généreux, et compare aux plu grands princes de l'antiquité.)
Nous n'avons pas besoin de démontrer combien les miniatures du xv<= siècle sont précieuses, par leurs qualités d'exécution et d'atmosphère, et par les documents historiques qu'elles nous révèlent de l'époque où elles furent faites.
Celle que nous reproduisons nous donne une infinité de détails sur le costume, les armures, l'architecture, la disposition très étendue d'un camp fortifié, jusqu'aux manœu vres des pièces d'artillerie; en même temps que l'habileté de l'arrangement et la vivacité des expressions en font une œuvre d'art de premier ordre.