ARMES ET ARMURES
Style Renaissance [i'" Période, 1 453-1 5 1 5).
Planche 2i.
Plaque d'émail, inspirée d'un Triomphe, de Mantégna.
Voici un exemple de ce qu'on appelle communément des émaux peints, bien que la peinture n'entre pour rien dans leur exécution.
Sur un fond d'émail blanc, cuit préalablement, l'éraailleur exécute son dessin en bistre, et indique dans la même couleur les modelés de façon sommaire : puis il ajoute, pour les vêtements et les détails d'ameublement, un glaçage de couleurs transparentes, qu'il éclaire, par place, de blanc, laissant aux hachures de la préparation le soin de marquer les ombres. Tel est le procédé de la plaque d'émail que reproduit la planche 103. Elle est inspirée d'un triomphe, de Mantegna : il a fallu une main d'une extrême habileté pour tracer avec cette finesse la composition sur le fond d'émail blanc.
C'est là un travail italien du xv=^ siècle.
ÉMAILLERIE
Style Renaissance (j™ Période, i453-i 5i 5).
Plaische 22.
statues reliquaires de Saint-Nicolas et de Saint-Christophe. Monstrance italienne 1497. Croix en cristal de roche avec monture en vermeil datée de 1511. Gobelet dit de Charles le Téméraire avec monture en or ciselé et émaillé. Coupe de Frédéric IV, en argent doré, ciselé et émaillé.
Cette planche contient quelques pièces curieuses d'art français, d'art italien et autrichien, qui établissent les modilications prochaines des formules ogivales, et le caractère du travail du cristal vers le milieu du xv^ siècle,
Ce sont d'abord deux statuettes religieuses, de saint Nicolas et de saint Christophe, la première appartenant à l'église Saint-INicolas d'Amiens, la seconde à l'église de Longpréles-Corps : le métal en est très habilement travaillé, mais l'ensemble des lignes et l'exjiression accusent une certaine décadence.
Entre les deux, une monstrance italienne, reliquaire de forme hexagonale, en cuivre repoussé, ciselé et doré, avec des parties émaillées bleu à pointillé d'émail blanc. Aux angles, sous des dais, des saints debout. Les petites fenêtres sont multilobées, et le tympan a la forme d'ogive trilobée. A la partie supérieure un petit édicule, orné de saints en basrelief appliqués sur fond d'émail bleu pointillé de blanc. Chaque figure, rapportée en cuivre doré, est surmontée d'un fronton découpé, reposant sur des colonnettes, et les angles sont occupés par des tiges de cuivre doré, terminées à la partie supérieure par des grains d'émail. Le pied décoré de feuillage a la forme habituelle de ces sortes de monstrances; il est pointillé d'émail et le renflement du milieu, hexagonal également, porte des inscriptions en lettres émaillées et une date (1497).
La croix placée au-dessous est en cristal de roche, monté en vermeil; elle est datée de 15H. Nous sommes assez porté à croire que c'est un objet de fabrication espagnole, à considérer la forme des extrémités de la croix.
Enfin de chaque côté de cette croix sont, à gauche, le gobelet de Charles le Téméraire, en cristal taillé, monté en or ciselé et émaillé; à droite, la coupe de Frédéric IV, mort empereur d'Allemagne. Cette coupe appartient au trésor impérial de Vienne. Cette dernière pièce, malgré son titre, est bien du xv« siècle, ainsi que l'indique l'ornementation, toute spéciale à cette époque, de l'argent recouvert d'émail de couleur et d'incrustation de grenaille or simulant des flammes et des irradiements. Cette coupe — qu'on a peine à regarder comme une coupe à boire — mesure avec son couvercle 42 centimètres de hauteur. Elle est en argent avec des cercles de cristal de roche enchâssés dans le métal.
Des figures d'anges émergent en relief de la coupe et du couvercle : ceux du couvercle portent des écussons chargés d'armoiries; ceux de la coupe portent chacun une des voyelles A. E. 1. 0. V. et ces voyelles commencent des mots inscrits sur un ruban incrusté en biais au-dessous de chaque ange. Ces mots constituent une devise : Aqnila ejus juste omnia vincit.
Le couvercle est dominé par une couronne de feuilles cruciformes d'où jaillit un satyrion qui sert de piédestal à un porte-étendard, armé de pied en cap, la main gauche s'appuyant au bouclier, la main droite portant l'oriflamme : boucher et oriflamme sont émaillés à froid des armes anciennes et nouvelles de la maison d'Autriche. Le porteétendard est revêtu du grand manteau moucheté de fiaramesd'or. Un trépied, composé de trois couples de lions héraldiques aux écussons armoriés émaillés à froid, porte tout l'édifice.
22. Statues reliquaires de Saint-Nicolas et de Saint-Christophe. Monstrance italienne datée de 1497. Croix en cristal de roche avec monture en vermeil datée de i5ir. Gobelet dit de Charles le Téméraire avec monture en or ciselé et émaillé. Coupe de Frédéric IV en argent doré, ciselé et émaiilé.
Planche 23.
Peinture sur vélin représentant un payement de rentes.
Cette planche reproduit une miniature décorant la première page d'un livre de comptes, et représentant un payement de rentes.
L'encadrement, d'une extraordinaire pondération, peut prêter à une interprétation symbolique. Ces branches fleuries qui se dressent vers le ciel, ce lis qui s'épanouit sous la couronne de la Vierge, ces oiseaux qui chantent leur hymne à l'infini, traduisent avec naïveté l'aspiration d'une foi robuste.
Mais, dans les miniatures de cette importance, ce n'est pas seulement un document d'art décoratif qu'il faut chercher, mais un instrument d'étude pour l'histoire de la peinture. On sait qu'au xV siècle les imagiers comme Fouquet, Perréal et tant d'autres ont été de très grands peintres. Non seulement, ils nous séduisent par leur dessin serré, par la précision et l'exactitude qu'ils apportent dans l'exécution des costumes, et la recherche de psychologie intense des figures, mais ils nous étonnent par l'habileté de leur mise en place, et la profondeur de leur perspective. Qu'ils interprètent le plein air, ou les intérieurs, ils font planer au-dessus de leurs personnages une atmosphère aérienne. Us font réellement de la vie, dans leur œuvre : l'œil est invinciblement charmé par ce qu'ils nous montrent.
D'autre part, en dépit de la précision qu'exige la miniature, ces maîtres apparaissent comme des coloristes en pleine possession des lois de l'euchromatisme.
Après le xv« siècle, la miniature, combattue par l'expansion de la typographie, connut la décadence. Mais cet art a laissé assez de chefs-d'œuvre, pour qu'on le considère comme un des plus fameux et des plus glorieux de l'âge ogival. Il porte la patience géniale et la hardiesse d'invention des grandes cathédrales. En ce qui concerne spécialement notre planche, il s'agit du livre de comptes de la Confrérie de la Charité-Dieu et Notre-Dame de Recouvrance, fondée en l'église des Carmes, à Rouen, en 1466.
Les personnages sont vêtus du costume des bourgeois sous Louis XI : longue robe plissée à gros tuyaux devant et derrière, et plate sur les côtés : à la hanche, une ceinture étroite, à laquelle pend l'escarcelle ou lebougequin; manches longues, pleines ou fendues, et très larges aux épaules. Pour les coiffures : haut bonnet, légèrement conique ; chapeau à bec, avec torsade à chaîne d'or ; chaperon à bourrelet et à cornette pendant très bas. On sait que le chaperon était réservé aux personnes riches ou exerçant une profession libérale.
Les détails d'intérieur sont également très intéressants : jonchée de verdure sur le plancher, en signe de fête; bancs, sièges et pliant de forme caractéristique; baudequin fleuri, dressé derrière l'assemblée; arbuste dans un barillet, suivant la mode flamande; papegaut en cage; huche couverte d'une touaille, et chargée de buires, de gobelets et de timbales d'argent, près de laquelle un petit varlct, vêtu de court, prépare la collation des confrères assemblés.
Dans la lettre initiale, on lit les armes de la confrérie : écusson écartelé, au 1 et au 4, d'argent au sautoir engrèlé de gueules; au 2 et au 3 de sinople à deux têtes d'épervier, arrachées, d'or.