‹ Comment discerner les styles du VIIIe au XIXe siècleChapitre 63 sur 84 · Partie antérieure. Clianfrein en plaque du frontal · texte numérisé non relu

Partie antérieure. Clianfrein en plaque du frontal

Comment DifCERiStR les Styles.

Planche 42.

Moule pour terre cuite polychrome. Plats et fragments de plat. Aiguière. Vase et Chandelier. — Céramique de Bernard Palissy.

On a raconté en de nombreux ouvrages la vie du célèbre potier d'Agen, et ce n'est pas ici la place de retracer les quinze années de luttes livrées par le génie de Palissy pour aboutir à ses précieuses découvertes. Nous n'insisterons pas non plus sur les travaux que lui attribue une tradition légendaire, en tant que peintre verrier et émailleur.

Mais il est utile de préciser le sens et le caractère de l'œuvre de Palissy, de ces rustiques figulines pour lesquelles il avait été autorisé, par un brevet de Charles IX, à se déclarer l'inventeur.

On peut les classer ainsi : les portraits en relief et les sujets de grande dimension, qui ne sont pas sans rappeler les majoliques de délia Piobbia et de sa famille ; les figurines de ronde bosse, d'une expression naïve, auxquelles en son temps on ne prêta guère d'attention, si l'on en juge par le petit nombre de ces pièces qui sont parvenues jusqu'à nous; les ustensiles meublants, chandeliers, salières, écritoires, dont notre planche donne quelques spécimens; enfin la vaisselle pour buffet d'apparat. Cette vaisselle peut être classée en plusieurs catégories : les plats à sujets religieux, à sujets historiques ou allégoriques; les plats arabesques à compartiments, à salières, à mascarons, à entrelacs pleins ou découpés à jour; enfin les plats à coquillages, reptiles, crustacés, poissons, insectes, toute la série des Zoomorphiqiies, dont l'originalité et l'éclat ont assuré la renommée de Bernard Palissy.

Dans toutes ses œuvres autres que les Zoomorphiques, Palissy emprunte aux éléments décoratifs en usage, éléments d'orfèvrerie, éléments de broderie, etc.; dans les Zoomorphiques, il s'adresse directement à la nature, et son imitation atteint souvent à la couleur et à la franchise de ton de la réalité.

Il moulait sur nature ses imitations, et on ne peut, sans erreur, considérer Palissy comme statuaire animalier. Seulement, les moulages qu'il faisait ne permettaient pas de tirer plusieurs épreuves, et la variété des types qu'on reiK-ontre en cette catégorie d'œuvres a pu accréditer l'idée de formes exécutées à l'aide de l'ébauchoir. Mais la quantité de plats qui existent encore de P>ernard Palissy, et leur perfection ne permettent pas de supposer une autre fabrication que celle oài l'artiste fut aidé par le moulage sur

nature. Un ouvrage rare, du xvi" siècle, nous explique d'ailleurs par quel procédé probable Palissy obtenait ses empreintes. 11 préparait comme il suit le motif de sa composition : à la surface d'un plat d'étain, il collait, avec de la térébenthine de Venise, un lit de feuilles à nervures saillantes, de galets de rivière, des coquillages pétrifiés; sur ce lit, il disposait les petits bestiaux qui constituaient le motif principal; il les fixait avec des fils très fins, que des trous très menus permettaient d'attacher sous le plat; puis, quand la disposition donnait à Palissy la satisfaction qu'il en voulait, il coulait sur le tout du plâtre très fin, dont l'empreinte allait donner le moule. Quand le moule était pris et sec, Oiî en détachait les natures mortes, dont les éléments pouvaient alors servir à d'autres compositions. Ces plats, est-il besoin de le répéter, n'étaient destinés qu'à décorer les buffets d'apparat dont nous avons déjà parlé, et à remédier à l'excessive cherté des pièces d'orfèvrerie.

Quant à ces petits récipients que le langage de la curiosité désigne généralement du nom de saucières, nous partageons l'opinion de quelques critiques qui veulent y voir des coupes à boire, la direction des bords étant inverse de ce qu'il faudrait pour épancher proprement des coulis et des sauces.

CÉRAMIQUE

Style Renaissance [3" Période, i54j-i6io).

Bernard Palissy. —

Plats et fragments de plat. Aiguières. Vase et Chandelier. Moule pour terre cuite polychrome.

Comment djoceiîxer les Stvle^. PlaiNciie 17).

Patrons de broderie. — Exemple de Point coupé.

Sous l'influence desMédicis, de nombreux artistes s'étaient donnés avec zèle à dessiner des modèles d'un art exquis pour les objets de toute nature, susceptibles de devenir tributaires de l'art décoratif. C'est ainsi qne pour les linges, cols, fraises godronnées, nappes de buffet et nappes d'autel, le tissu reçut le décor de difft'rents points de broderie, dont les principaux étaient le point coupé, le point compté, le point croisé, le point couché, le point piqué, la guipure, le lacet, le réseau, etc. Les dessins de notre planche donnent quelques exemples de point coupé, à l'époque de Catherine de Médicis.

Le point coupé était une espèce de dentelle à jour : sur un châssis, on tendait un réseau à jour, dont les fds, par leur croisement, déterminaient des motifs, souvent très compliqués. Sous ce réseau, on appliquait un morceau d'une sorte de fine batiste, appelée quintin, du nom de la ville de Bretagne où on la fabriquait. Le réseau était fixé au quintin à l'aiguille, en suivant tous les détails d'ornement et toutes les fleurs qu'on désirait conserver pleines. Une fois ce travail tei'miné, on découpait toutes les parties de toile superflue, de façon à laisser à jour certaines parties : on conçoit que cette fabrication présentait de grandes difficultés ; aussi n'en faisait-on que par petits carrés, que l'on assemblait ensuite ou que l'on insérait dans des lais de toile unie

DENTELLES

Stjrle Renaissance [3" Période, 1 54/-i 6 1 o).

Comment discerjner les biïLEs.

Planche 44.

Buïre. Plat et Hanap par Pierre Reymond. Aiguière par Jehan Courtois. £maux peints de Limoges.

Les émailleurs de Limoges, qui ne travaillaient que le, cuivre, et qui jouissaient de privilèges spéciaux à eux concédés par Edouard 111, et à eux conservés par Charles V, avaient créé un genre dont le retentissement a été assez grand pour que le nom d'émail de Limoges restât attaché à toute production similaire. C'est ainsi que Paris eut ses émailleurs, qui faisaient eux aussi des émaux de Limoges, mais en se servant de métaux précieux.

L'aiguière placée au bas, à droite de notre planche, est un véritable émail de Limoges, de Jehan Courtois. Les trois autres pièces, le plat, la buire et le hanap en émail de Limoges, sont de Pierre Reymond, de Paris. Celui-ci fut le chef d'une dynastie d émailleurs. 11 est plus artisan qu'artiste : ses sujets et ses compositions étaient empruntés pour la plupart à Androuet Ducerceau, à Théodore de Bry et à Virgile Salis, et son interprétation nous montre des figures qui s'allongent et deviennent mièvres ; on lui doit cependant d'avoir remplacé le fond noir de ses prédécesseurs par un bleu d'une belle intensité.

EMAILLERIE.

St^le Renaissance {3" Période, i54-]-i6io].

Planche 45.

Horloge astronomique en cuivre doré et gravé, cadrans découpés et décorés avec trois disques mobiles superposés.

11 a toujours été dans la nature humaine de se préoccuper de l'heure et l'on comprend que les découvertes scientifiques aient amené des modifications dans le mécanisme des objets destinés à renseigner sur la mesure du temps. Jusqu'à ce que le système de Copernic ait été définitivement adopté, les mouvements des horloges, indiquant que le soleil tournait autour de la terre, ainsi que les autres planètes, étaient faits d'ingénieuses complications, où les horlogers admis à la maîtrise se plaisaient à multiplier leur effort, afin de mieux prouver leur habileté.

L'horloge astronomique reproduite dans cette planche est un type particulièrement réussi de ces sortes de pièces. Elle mesure 25 centimètres de hauteur, 18 centimètres de profondeur, 11 de largeur. Elle est, suivant l'habitude de l'époque, en cuivre doré et gravé, et une inscription 'placée sur une des faces latérales nous apprend qu'elle est de 1568 (Me fecit Chasparvs Bohemvs m Viaenna. Avstria anno 1568).

Elle est de forme oblongue, flanquée aux angles de colonnettes ciselées, et coiffée d'un dôme découpé à jour, qui cache les timbres; le dôme est orné de sujets de chasse. Aux angles, des chevaux ailés accroupis, d'où s'échappent des enroulements.

La base, à gorge, porte des bas-reliefs inspirés de Hans Sebald Beham, et représentant le triomphe de la femme.

Dans les deux faces principales, il y a divers cadrans découpés et décorés, et des figures de femmes rapportées en relief, avec divers attributs. Les faces latérales sont également gravées et laissent voir le mouvement en fer lorsqu'on ouvre les cadrans qui s'y trouvent.

L'horloger a apposé son poinçon en plusieurs endroits. Un des cadrans ne compte pas moins de trois disques mobiles superposés, et gravés sur les deux faces, ce qui donne une idée du soin avec lequel ces pièces étaient exécutées.

HORLOGERIE

Style Renaissance [3" Période, i54j-i6io).

Horloge astronomique.

Comment discerneiî les Styles.

Planche 46.

Pent-à-col et Boucles d'oreilles, montures ciselées, avec perles et émaux.

Au xvio siècle, le bijou ne se contenta plus du seul concours des pierres, et l'orfèvrerie, pleine d'expansion, invita les bijoutiers à y multiplier la figure humaine, et aussi des aspects d'animaux fantastiques, dont les perles, grosses et bizarres de forme, fournissaient le corps.

Mais il serait injuste d'attribuer à la Renaissance tout le mérite de ces inventions, d'un effet décoratif somptueux. Le véritable inventeur des formes nouvelles est Viriot- Woeriot, qui dans son recueil de modèles, dédiés aux artisans, orfèvres et fabricants d'anneaux et autres, a inspiré la bijouterie do, deux siècles, non seulement en France, mais encore en Allemagne et en Italie.

Les pendeloques reproduites sont caractéristiques : des chaînettes supportant une corbeille ou une gondole, à laquelle appendent des perles; ou un portique sous l'arcade duquel sont placés des personnages de la fable; ou encore des rosaces compliquées de figures émaillées, tandis que la monture ciselée et apparente retient les pierres et les perles.

JOAILLERIE

Style Renaissance {3° Période, i54j-i6io).

Plateau et Canettes cylindriques par François Briot et Gaspard Enderlein. Aiguière à anse. Plats à ombilic. — Orfèvrerie d'Étain.

A la fin du xiv" siècle, l'orfèvrerie d'or et d'argent était réservée à la noblesse riche; la petite noblesse et la bourgeoisie devaient se contenter de la poterie d'ètain, faite, suivant la grandeur des pièces, par les potiers d'ètain ou les ouvriers d'étain, qui formaient deux classes distinctes dans la corporation .

Au xv"^ siècle on employa surtout l'étain à confectionner des écuelles, des vases à liquides et des ustensiles courants de table.

Pourtant les qualités de cette admirable et souple matière n'avaient pas échappé aux potiers d'étain, qui, au xvi« siècle, non seulement planaient cette vaisselle, mais encore la doraient. Sous Henri II, François Briot créa rellement l'orfèvrerie d'ètain, en fabriquant des pots, buires et plats qu'il signait fièrement de son nom, et qui sont de véritables chefs-d'œuvre.

Il fut imité par Gaspard Enderlein, artiste allemand, qui lui aussi signait, même lorsque son œuvre, encore qu'habile, n'était qu'une contrefaçon.

Notre planche en donne la preuve avec les deux canettes cylindriques à couvercle et anse : celle du milieu est de Briot; celle qui occupe le bas de la planche à gauche est une contrefaçon d'Enderlein. Quoique l'une et l'autre soient de fort belles pièces, celle de Briot a plus de légèreté, moins de sécheresse dans les modelés.

Parmi les autres objets représentés, nous signalerons, en haut, une canette cylindrique à couvercle; sur la panse, trois cartouches encadrent des fleurs et des fruits sur fond sablé; ils sont séparés par une sorte de trépied auquel pendent deux poissons. Au pied, un tore d'oves; sur le couvercle, surmonté d'un bouton, une frise à rinceaux et à fruits. L'anse est contournée en volute. Elle mesure 19 centimètres de hauteur et 8 centimètres de diamètre.

Au-dessous, une aiguière à anse et surélevée, mesurant 28 centimètres de hauteur; elle est partagée en trois zones horizontales décorées d'allégories des saisons, de médaillons symbolisant les continents, et d'arabesques.

Puis, les grands plats à ombilic, partagés en zones concentriques, et décorés en relief de figures, médaillons, arabesques, etc. Celui de gauche est de Enderlein, les deux autres de Briot.

ORFÈVRERIE. Style Renaissance {3' Période, i54j-i6io

Éiains. — Plateau et pot par François Briot et Gaspard Enderlein. Canettes. Aiguière. Plats à ombilic.

Comment DlscER^ER les Styles.

Planche 48.

Cuillers et fourchettes pliantes, argent doré, gravé et enrichi de rubis et diamants tailles Cuiller à feuillage en filigranes. Boîtes à remèdes. Fioles d'élixir et Aiguières d'eau.

Argent ciselé.

Voici quelques curiosités de l'orfèvrerie au xvi'= siècle. C'est d'abord une cuiller pliante afin de dégager la fourchette, travail allemand en argent doré gravé et enrichi de rubis et de diamants taillés. A côté, une autre cuiller, du même principe, mais de travail français et de fabrication antérieure. Le cuilleron peut être maintenu dans le prolongement du mancho par une virole-fourreau qui glisse sur la monture, et contient en outre un cure-dent en forme de stylet.

La petite cuiller à feuillages en filigranes est, croyons-nous, de travail oriental, et de la fin du xvi^ siècle, sinon du commencement du xvu^.

Quant à la table de la chambre Henri II, elle porte non pas des mets, mais des boîtes de remèdes, des fioles d'élixir et une aiguière d'eau. Le document auquel elle est empruntée montre au fond le roi Henri II sur son lit de mort, aux Tournelles, !e 10 juillet 1559.

ORFÈVRERIE. Style Renaissance [3' Période, 1 547- j 6 lo).

48. Cuiller pliante et fourchette, fabrication allemande, en argent doré et enrichie de diamants. Autre cuiller et fourchette, fabrication française. Cuiller à feuillages en filigrane. Fourchette et couteau avec étui. Boîtes, fioles et aiguière Henri II.

ComiEiNT DISCERNER LES StYLES.

Planche 49.

REiNAISSANCE. — r PÉRIODE

Tapisserie attribuée à l'atelier de Fontainebleau.

C'est par des lettres patentes du 22 janvier 1535 que François P"" établit, sous la direction de Philibert Babon, l'atelier de Fontainebleau où il avait attiré les plus habiles tapissiers des Flandres; Babon avait comme second Nicolas de Neufville, sieur de Villeroi, à qui succéda, en 1541, Sébastien Sarlio, architecteur de la cour.

Tous les frais et toutes fournitures, laines, soies, fils d'argent et d'or, étaient à la charge du roi, qui distribuait également les modèles et les cartons : ceux-ci étaient dus au crayon de Claude Beaudain, de Francisque Cachemuis, de Baignequeval, de Charles Cannoy, de Lucas Romain et d'autres encore, tels que le Primatice et les artistes italiens qui assuraient la gloire de l'école de Fontainebleau.

La tapisserie reproduite est, avec raison, attribuée à l'atelier de Fontainebleau. Il semble que le tapissier se soit plu à y réunir tous les éléments typiques du style Renaissance : évocations de la vie antique, édicules, fleurs et fruits, guirlandes et cartouches, figures de grotesques, distributions en compartiments symétriques, etc. C'est là une fort belle pièce, d'une harmonie exquise de couleur et d'une très savante exécution. Aux quatre angles se trouvent des écus armoriés.

TAPISSERIE

Style Renaissance (3^ Période, i54-j-i6io).

Comment discebiser les Styles.

Planche 50.

RENAISSANCE. - r PÉRIODE

Burettes. Calices. Drageoir et Verres. — Verrerie vénitienne.

Rien ne nous semble plus fragile que les verres de Venise, et, lorsqu'on en visite une collection dans un musée, on ne sait s'il faut plus admirer l'étonnante complication du travail, la forme élancée et l'équilibre, conduit à sa dernière limite, des pièces, ou l'état de conservation intacte de ces pièces. On hésiterait à les prendre dans la main, sans d'infinies précautions, en pensant que le tact, si léger fùt-il, va suffire à briser ces objets qui ne sont que transparence et lumière.

Sans inviter les visiteurs à toucher ces précieuses verreries, on peut cependant affirmer qu'elles sont moins fragiles que leur aspect ne le dit; elles ont même une sorte d'élasticité relative, plus dangereuse que leur forme môme, pour ceux dont les nerfs un peu brusques seraient tentés de s'en étonner.

Nous avons réuni quelques types particulièrement beaux de la verrerie vénitienne au xvF siècle. Ce sont, entre autres pièces : un calice de verre en latticinio monté en argent doré (la monture affecte la forme d'un dragon, dont le ventre porte un grelot) ;

Un cahce en verre incolore, dont la tige a reçu deux décors : la partie supérieure tordue, d'où s'échappent des feuilles et des fleurs; la partie inférieure en forme de console, avec des anses chargées d'ornements exécutés à la pince. Le tout repose sur une patte presque plate et large;

Un calice en verre filigrané blanc, sur un pied très élevé, formant balustre. Vers le milieu du pied, des volutes symétriques régnent autour de la tige, travaillées à la pince, et portent des dragons entrelacés, en verre filigrané bleu et blanc, et en verre vert clair ;

Un calice, évasé, de verre incolore et gaufré; la tige est formée de torsades de latticinio nouées ensemble et munies sur les côtés de petites ailes travaillées à la pince. Le pied est très aplati ;

Deux verres que leur calice allongé fait attribuer à la seconde moitié du xvi'= siècle. Ils sont en verre incolore, et reposent sur une tige écrasée, composée de torsades de verre entrelacées, avec des ailettes travaillées à la pince; sur l'un d'eux, la tige est décorée d'un filet d'émail rouge; enfin, un très joli verre que je placerai à la même époque, bien que le calice n'en soit pas très profond ; mais les deux volutes dont se compose la tige, avec les ailettes travaillées à la pince, sont en verre torsiné rouge et jaune; c'est là une indication qui précise une date.

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