‹ Comment discerner les styles du VIIIe au XIXe siècleChapitre 65 sur 84 · Cabinets espagnol et italien, ébène et ivoire · texte numérisé non relu

Cabinets espagnol et italien, ébène et ivoire

Sièges en chêne, à décor ajouré et à colonnes torses, garnis de cuirs imprimés ou de tapisseries.

Planche 55.

ÉPOQUE LOUIS XIII

Bandeau dn dais de la Sainte- Ampoule. Manteau de cour, à larges dessins de Senrs. Devant d'autel, en broderie d'argent en haut relief sur fond d'or.

C'est l'Italie qui, au xvii« siècle, est le grand marché des soies venues d'Orient; c'est elle, en conséquence, qui se livre avec le plus d'ardeur au travail de broderies.

Nous avons reproduit trois pièces d'une formule différente, mais très curieuse : le bandeau du dais de la Sainte-Ampoule; un manteau de cour, à large dessin de fleurs, et un devant d'autel, en broderies d'argent en haut relief sur fond d'or, où l'on ne se préoccupe que de donner une sensation d'œuvre immobilière et architecturale.

BRODERIE

Style Louis XIII [i6io-ib43).

Planche 54.

ÉPOQUE LOUIS XIII

Cage à décor polychrome à rehauts d'or. Plats. Encrier. Saucière avec son plateau. Vases. Traîneau porte-pipes. Broc. Grande garniture à décor, sujets en camaïeu.

Faïence de Delft.

On n'est pas d'accord sur la date exacte qu'il faut assigner à l'origine de la faïence de Delft. Cependant, M. Henry Havard semble avoir prouvé, de façon irréfutable, et avec des documents à l'appui, que cette origine ne doit pas être antérieure à la première année du xvn^ siècle.

Ce fut vers 1650 que cette fabrication connut la prospérité, et, vers la fin du xvin« siècle, qu'elle fut ruinée par les importations anglaises. On peut distinguer trois périodes dans sa production : la période des débuts, où la décoration chargée est exécutée en camaïeu bleu, au dessin bordé d'un trait violet foncé. Les sujets traitent de batailles, de kermesses, etc., les personnages sont nombreux : les marlis des plats sont décorés d'ornements habiles, encore que jetés avec excès. Parfois, il s'y mêle des rehauts de rouge et de blanc : cette période s'étend de 1596 à 1650. La seconde (1650-1710) s'applique à imiter le décor des faïences d'Orient, d'abord en camaïeu bleu, sous la direction de Helbrecht de Keiser, puis en rouge, bleu et or, sous celle d'Adrien Pynacker et d'autres ; viennent alors les pièces à décor cachemire de Van Eenhorn, et les pièces à fond noir.

La troisième période commence la décadence ; elle vulgarise ; elle est industrielle et commerciale ; elle se prête à la fabrication de tous les objets usuels, même d'instruments de musique, et imite avec une égale perfection les porcelaines de Chine, du Japon et de Saxe.

Les faïenciers de Delft ont été nombreux : les plus connus en dehors de ceux cités plus haut, sont : Cornelis Brouwer, Alb. Kiel, Kruisweg, Janz, van der Meer, Ant. Pennis Reygens, Van Hoorne, Dextra, Kessel, Van der Burch, Schoonhoven, Cornelisz, de Berg, Verhagen, Cleffins, Schagen, Witzenburg, Harlees, Spaandouch et d'autres encore, dont toutes les pièces sont marquées de monogrammes caractérisés. Nous avons réuni des pièces d'un bel aspect, qui donnent la synthèse de production des trois époques de la faïence de Delft, ce sont : une cage à décor polychrome à rehauts d'or, un encrier, un traîneau porte-pipes, un vase, une saucière avec son plateau, une plaque et une grande garniture à sujets en camaïeu bleu.

CÉRAMIQUE

Style Louis XIII {1610-1643).

54. Faïence de Delft. — Cage à décor polychrome à rehauts d'or. Plat. Encrier.

Saucière avec son plateau. Vases. Traîneau porte-pipes. Broc. Grande garniture à décor, sujets en camaïeu.

CoUMEiNT DISCERNER LES StVI.RS.

Planche 55.

ÉPOQUE LOUIS X[II

Point de Venise, fleurs rebrodées en relief sur les rinceaux.

Au xvii" siècle, le point de Venise se modifia; sous l'influence des peintres de fleurs flamands, et sous l'efi'ort de la concurrence de Raguse, les dentellières de Venise, dont les travaux fournissaient au luxe du costume masculin, accomplirent des prodiges de finesse et de goût. Rien de plus exquis que ces fleurs et ces rinceaux s'organisant en un système décoratif du plus grand effet. La finesse et la régularité du travail nous étonnent Mcore aujourd'hui. On remarquera que les fleurs sont rebrodées en relief sur les rinceaux. Cette formule fut inaugurée vers 1640.

Grâce aux dentellières attirées en France, mais bientôt rappelées à Venise par le Sénat, de nombreuses manufactures s'étaient installées, où, à côté du point de France, on faisait non sans succès du point de Venise : nous croyons qu'il est indispensable de distinguer le point de France du point de Venise, quoique le point de France se soit surtout appliqué à imiter le point de Venise. Mais, ceux qui ont fait une étude approfondie de la dentelle à l'aiguille ne s'y trompent pas, quelque délicieuses que soient les dentelles de France de celte époque.

Ces dentelles se portaient en rabat et en parements de manches, pour les hommes ; on en ornait également le rochet et l'aube des gens d'église.

Les femmes en paraient la bertlie et les manches du corsage, engageantes ou pagodes, et les ajoutaient à leurs robes sous forme de volants, de quilles. Pour la chevelure, les barbes et les fontanges, et aussi les mantilles.

DENTELLE

Style Louis XIII [i 6 10-1643).

COMMENI' DISCERNER LES StYLES

Planche 56.

ÉPOQUE LOUIS XIII

Montres enrichies de diamants et d'émaux. Pendules de cabinet. Horloge d'oratoire et petite horloge.

Avec quelques pièces intéressantes, montres enrichies de diamants et d'émanx, pendules de cabinet, horloge d'oratoire, nous avons reproduit un objet de tout premier ordre : la petite horloge de Gaston d'Orléans.

C'est un édicule carré, supporté par quatre lions assis et coiffé d'un dôme. Le dessous de l'horloge est orné de gravure au burin. Sur la face antérieure, découpée pour la place du cadran, l'espace intérieur est occupé par des dessins à jour, d'inspiration antique ; les autres parties de la même face portent, en figures gravées ou champlevé, les symboles de la Force, de la Justice; dans le bas et dans le haut, des cavaliers vêtus et armés à la romaine. Les autres faces, découpées à jour, affectent la forme ovale, et ont reçu pour objet du décor des figures fantastiques d'animaux, d'hommes et de femmes, etc.

La coupole est à jour, également décorée de figures antiques, et porte à son faite une petite statue ailée de la Renommée. Le mouvement, compliqué et bien fait, est complété d'un réveille-matin.

HORLOGERIE

Stj^le Louis XIII [lôio-i 643) .

Pendules de cabinet et montres enrichies de diamants et d'émaux. Horloges d'oratoires. Horloge de Gaston d'Orléans.

Planche 57.

ÉPOQUE LOUIS XIII

Calice. Fibule. Collier. Aigrette pour coiffure. Pent-à-col. Boucles de corsage.

Motifs en silhouette.

L'abondance des pierres précieuses jetées sur le marché dès le xvn'^ siècle obligea les bijoutiers à chercher le moyen de ne pas annihiler le travail du métal sous l'éclat des gemmes. Il y eut rivalité entre le bijoutier et le joaillier, et, grâce à des artistes de haut goût qui ne dédaignaient pas de fournir des dessins aux fabricants, on vit apparaître une foule de bijoux et de joyaux d'une formule, sinon inédite, du moins heureusement renouvelée, pent-à-col, collier, chaîne de bracelet, fibule, boucle de corsage, et même aigrette, pour la coiffm^e, où l'émail, les diamants, les perles et l'or s'harmonisaient en un accord parfait.

JOAILLERIE

Style Louis XIII [1610-1643].

Comment mscjSRiNEu les Styles.

Planche 58.

ÉPOQUE LOUIS XIII

Coupes, Vasque et Vases en vermeil. — Vases dits de Ribeauvillé. Pièces de travail alsacien.

La petite ville de Ribeauvillé est dominée par les ruines de trois châteaux féodaux, dont l'un, celui de Ribeaupierre, fut le berceau d'une race de héros; dans l'église, une pierre tombale nous montre un chevalier de Ribeaupierre couché, les mains jointes, revêtu de l'armure et du casque : les armes de cette famille portent d'argent à trois escussons de gueules.

Les pièces d'orfèvrerie que présente notre planche étaient des présents officifils des Ribeaupierre à la chambre du conseil de Ribeauvillé, et présentent un réel intérêt de curiosité pour l'histoire de l'art décoratif en Alsace au xvn^ siècle.

La r-remière, en haut, à gauche, est une coupe en vermeil donnée par le comte Eberhard, en 1628 : Atlas, la main armée d'un compas, soutient sur ses épaules le globe terrestre, panagé à l'équateur pour laisser la partie intérieure former récipient. Les cartes sont fiBrment ciselées : les noms et les inscriptions sont en langue latine; la pièce mesure 47 centimètres de hauteur. A l'intérieur, l'inscription peut se traduire ainsi : a Eberhard, comte de Rappolstein (c'est le nom allemand de Ribeauvillé), Hohenvach et Gérolsteck, dans, les Vosges, fait ce cadeau, en souvenir duiable, à la chambre du conseil de Rappolstein, en l'année 1628. «

La seconde (en allant vers la droite), ainsi que l'indique l'inscription, fut donnée au même conseil par Louis de Rust, en 1633. La panse cylindrique, portée sur un pied chargé d'arabesques, est décorée de merveilleux paysages et d'ornements compliqués. Un phénix, les ailes éployées, domine le couvercle à arabesques. Ce vase de vermeil, qui mesure 0'",'-HÎ'o de hauteur, est travaillé au repoussé, et porte comme signature le monogramme du raisin avec les initiales G. L. Sa forme et son décor rappellent certaines pièces exécutées en Bavière à la même époque, soit en métal, soit en cristal.

La troisième est de forme plus originale et moins symétrique : une sorte de vasque en caprice de coquille, repose sur la tète d'un tireur d'arc, un genou en terre; sur les flancs de cette vasque, des médaillons où des monstres marins semblent obéir à des amours. Sur le couvercle, un cygne, les ailes éployées, le col tendu extérieurement au vase, et un Neptune debout, le trident à la main et la conque marine aux lèvres. Cette pièce, qui ne

porte pas de date, maïs fut donnée au conseil par un Ribeaupierre, doit être postérieure d'une vingtaine d'années.

Les trois pièces du bas de la planche sont, en suivant le même ordre : Une coupe en vermeil, en forme d'œuf d'autruche, à couvercle surmonté d'une fleur de pavot à demi ouverte. Il est enchâssé dans une garniture et porté par un piédestal ajouré. La pièce mesure 35 centimètres et fut donnée, en 1639, au conseil, ainsi que le révèle une inscription, par Agathe, dame de Ribeaupierre, née comtesse de Solms, et veuve ;

Un vase de vermeil, de 36 centimètres de hauteur, très élégant de forme et richement décoré d'entrelacs et de médaillons à ibis. Il est signé d'une fleur et des initiales T. N. Sous le piédestal, une inscription nous apprend qu'il fut donné au conseil par Anne-Claudine, dame de Ribeaupierre, née de Wild et comtesse du Rhin, 1639. Malheureusement, la figure qui devait orner le haut du couvercle a disparu;

Enfin le sixième vase, signé des initiales E. IL, qui mesure 51 centimètres et fut donné, en 1659, par les seigneurs de Ribeaupierre, George, Frédéric et Jean-Jacques, est plus remarquable encore. Le principe de son décor, sur le pied, aussi bien que sur la panse et le couvercle, surmonté d'un Cupidon armé de l'arc, est le bossage en haut relief, ovale et piriforme, entouré d'arabesques. Malgré la variété des formes, il est aisé de remarquer (jue ces pièces, très rares, de l'orfèvrerie alsacienne participent de l'inspiration de la Renaissance.

Pièces de travail alsacien. Vases dits de Ribeauviilé.

CoMMEiNT DISCERNEK LES S'J'ÏLKS.

Pla>ciu; o9.

ÉPOQUE LOUIS XIII

Panneau pour tenture, — Cuir gaufré et doré.

Dès le xv« siècle, les personnes riches remplaçaient, pendant l'été, leurs tentures de tapisserie, par des tentures en cuir gaufré et dorè. La fabrication de ces cuirs remontait d'ailleurs au xi" siècle, et, avant de devenir une des richesses de Cordoue, avait assuré, contre l'oubli, dans l'histoire de l'art, le nom de la ville de Ghadamès, en Tunisie.

Au xvi" siècle, les tentures d'or basané, en France, étaient de véritables tableaux à figures. Au xvu" siècle, de grandes modifications furent apportées dans ce travail, sous l'influence des cuirs venus de Venise; et l'effort décoratif de la Renaissance en changea les dispositions, ainsi que l'indique notre planche. Au xvin<' siècle, l'usage s'en perdit presque complètement.

Les caractères des différentes écoles qui se manifestent dans celte production sont les suivantes :

Cuirs de Portugal: seulement gaufrés; à peine un imperceptible filet d'or sur les nervures des feuilles; on les emploie à garnir des sièges, ou à des coffrets, étuis, etc.

Cuirs de Cordoue: reliefs très accusés; ornés de dorure et de peinture; grands fleurons et ramages copiés des étoffes de Damas et des Indes, et aussi de fleurs, vases, oiseaux, grenades, etc. ; sur des fonds d'or ou verts, bleus ou blancs. Peau de mouton.

Cuirs de Flandre : imitation des précédents, avec moins de relief et plus de finesse dans le dessin. La couleur peinte disparaît pour ne laisser en usage que le gaufrage et la dorure. La peau employée est la peau de veau, plus épaisse, plus résistante, et conservant mieux les impressions.

Cuirs de Venise : aucun relief; décor de peinture et d'or : quelquefois ils sont peints à l'huile, comme un tableau, avec des rehauts d'or.

TAPISSERIE

Style Louis XIII [i 6 1 0-1643).

CoMMEiNT DISCERNER LES StYLES.

Planche 60.

ÉPOQUE LOUIS XIII

Coupes et Verres gravés, à pied et avec couvercle.

C'est au xv(i« siècle, vers 1605, que Gaspard Lehmaim et son élève, Georges Schweinhard, inventèrent un système de décoration du verre, à l'aide de gravure au touret et au diamant, qui devait bientôt connaître la vogue.

Celle-ci fut si grande que la production du verre de Bohême, limpide et lourd, n'y pouvait suffire, et que les graveurs de verre se procuraient, pour y mettre leur décor, des verres fabriqués à Venise au xv^ et au xvi^ siècle.

Lorsqu'on examine une pièce de Bohême, il est donc de toute importance d'étudier si l'on se trouve bien devant un verre vraiment de Bohême, ou devant un verre italien seulement gravé en Bohême. Cette étude est d'autant plus délicate que les verriers de Bohème ont souvent emprunté des formes à l'Italie, quand ils ne lui demandaient pas la matière elle-même.

La distinction en est possible néanmoins, si l'on remarque que le verre de Bohême est d'une limpidité un peu grise et d'un poids lourd, tandis que le verre de Venise est léger, d'une transparence qui tire sur le vert, souvent accidenté de bulles.

Le verre de Bohême, qui se travaille facilement et otfre plus de résistance, tient une place entre le verre et le cristal; et, s'il faut chercher autre chose qu'une question de goût dans le lieu de sa fabrication, on en trouve la raison dans ce que le bois, dont la consommation est grande pour la cuisson du verre, est demeuré, en Bohême, chez le peuple pauvre et sans besoins, à un prix très peu élevé.

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