‹ Comment finiront Guillaume II et ses complicesChapitre 1 sur 57 · PROPOS · texte numérisé non relu

PROPOS

Debout, les Morts !

Si V exécrable kaiser j le chef des bandes armées qui saccagent l'Europe, était livré vivant aux innombrables victimes de Vinvasion et de la guerre allemande, — fût-ce seulement aux veuves et aux orphelins I — la question serait bientôt résolue. cMais cette solution, qu excuseraient pourtant les souffrances des martyrs et la légitimité des représailles, n'est point la bonne.

Il y a quelques jours, entre amis, nous nous étonnions encore des forfaits perpétrés pendant la retraite de Ticardie. S^otre mentalité française est telle, en e^et, que, jugeant les autres d'après nousmêmes, nous n'aurions jamais supposé — sauf ceux

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qui ont observé ex étudié cette nation depuis toujours — que Vo/lllemagne dépasserait dans l'immonde ce quelle a fait en ^Belgique et en nos provinces du U^ord et de UEst. Un jeune ingénieur ^ officier d'artillerie, venu du front en permission^ souhaitait que le kaiser termine sa carrière sous le fameux marteaupilon de Vusine Krupp : (( Ce que j'ai vu ! ce qu '\\s ont fait! c4h! si ma batterie passe le T^hin,,. )) Les femmes se prononçaient presque toutes pour la cage de fer, — cette cage en laquelle le cynique Bismarck voulait promener Garihaldi, (( pour le punir d'avoir défendu la France )). Quelqu'un alors donna lecture de l'article ^ du règlement annexé aux conventions de la Haye du iS octobre iço/; et l'on reconnut qu'il avait raison.

Là réside, à coup sûr, la vraie solution juridique. C'est par là que nous tenons au collet Guillaume H et ses complices : la responsabilité encourue du fait d'avoir violé ces conventions !

L'agression boche fut abominable et rien ne peut la justifier. zMême si les cAllemands avaient conduit la guerre dans la forme traditionnelle des armées civilisées, fortifiée encore des contrats internationaux de i8çç et JÇO'/, du respect absolu du droit des peuples et des droits de la personne humaine, leur crime eût été un crime politique. éMais il n'en fut pas ainsi : la veille des hostilités, l'agression changea de caractère. Le 2 août J914., trente heures avant la déclaration de guerre, les cAllemands violaient notre territoire sur onie points différents. Ils occupaient le riche bassin de "Briey, convoité depuis vingt ans par le pangermanisme, — ce qui diminua du coup de 8 ^ pour lOO notre production

minière^ — et la commune de Jœuf^ dont ils arrêtaient le maire. Tendant cet attentat au droit des gens, V autorité française maintenait notre division à dix kilomètres de la frontière, toujours dans V espoir que la conflagration serait évitée !

Vagression allemande de içi^ est, dès à présent, le plus grand crime que rHistoire du monde ait gravé sur ses tables d'airain.

De quel coté étaient les barbares, de quel coté les Civilisés ? Des neutres Vont dit il y a longtemps. zMais, fidèles à leur habitude de rejeter sur les victimes la responsabilité de leurs propres crimes, les cAllemands nom pas cessé, même avant leur défaite de la zMarne, de déclarer que nous avons été les agresseurs !

Ce fut ensuite la ruée sur la "Belgique, presque aussitôt suivie de l'invasion des c4rdennes, de la Lorraine, de la Flandre, de la Champagne ; et l'Europe assista, frémissante d'étonnement d'abord, de dégoût ensuite, à un effroyable déchaînement d'horreurs et d'atrocités, sans précédent dans les annales de l'Humanité, même en remontant aux plus anciennes,

c4 la violation, — ((.fraîche et Joyeuse y>, comme disent ces brutes, — des conventions dé la Haye, des conventions de Genève, des traités de neutralité belge et luxembourgeoise, tous signés par eux, les "Barbares ont ajouté des crimes qu'a prévus notre Code pénal: l'assassinat, puni par Varticle ]02, la torture, punie par l'article 30^, le viol, puni par l'article ^^2, l'incendie,^ puni par l' article ^^^^ la destruction d'édifices publics et privés, punie par l'article 4.3^, le pillage et le vol, punis par les articles jSj à jSS. Faussaires dans leurs affiches aux

peuples français et belge, faussaires dans leurs discours ^ faussaires dans leurs communications diplomatiques j faussaires dans leurs manifestes de justification, eux, leur empereur, leurs ministres, leurs intellectuels et leurs parlementaires tombent encore sous le coup des articles 1^7 et jjfS.

Ces différents forfaits ont transformé, du jour au lendemain, V armée allemande en une vaste association de malfaiteurs^ de criminels de droit commun.

Ce n'est pas nous qui les avons conduits sur ce terrain judiciaire; ils y sont allés d^ eux-mêmes.

Quoiqu'il s' attendit à tout de leur part, les dévastations teutonnes de mars Jpl/ ont frappé le monde civilisé d'une douleur nouvelle. oAttila et Gengis- Khan sont férocement distancés. (( Cette politique délibérée de vandalisme, écrit le New- York World, est non seulement indigne, mais elle provoque dans les âmes les plus calmes et les plus flegmatiques un désir de réparation impitoyable et éternel. )) Les crimes ayant été commis en France et en 'Belgique, et le Code pénal étant le même pour les deux pays, il appartient au Code pénal et à l'article ^ du contrat international de la Haye de les châtier.

C'est en vue de réclamer complète réparation pour mon pays et ses héroïques alliés que j'ai écrit ce livre»

Je l'ai écrit avec le seul souci de la vérité et de la justice. Si j'ai souvent donné place à mes sentiments d'indignation, c'est parce que les hommes de ma génération souffrent encore des maux qui assaillirent la patrie, il y a quarante-sept ans, et dont ils furent les témoins; c'est parce que le méprisable geste de

Kienthal et le criminel guet-apens qui s^organise à Stockholm contre la France et les dix autres nations alliées font bouillir leur sang de colère I La France de la évolution avec sa frontière naturelle du %hinj même la France des 89 départements, étaient si belles et puissantes I Jamais aucun de nous ne consentit à oublier un seul instant le rapt odieux de notre (Alsace et de notre Lorraine; et nous gardions au cœur y comme les annexés ^ sous la plaie toujours saignante, Vespoir que la Gaule rentrerait un jour en possession de ce que l'infâme vainqueur lui avait volé. L'heure a sonné: le droit va être restauré dans toute sa grandeur et sa plénitude. éMais combien le répugnant Teuton aura fait payer cher, aux Français et à leurs frères d'armes, cette restitution I

Hélas I nous ne connaissons pas encore tous les crimes commis par les (Allemands, les sanglantes turpitudes dont ils ont souillé la "Belgique et la France, sans parler de ce qu'ils ont fait ailleurs.

Ils ont à jamais perdu la qualité de soldats. Tersonne ne songeait à les attaquer, et, de cela, la preuve n'a été que trop bien faite. Ils occupaient dans le monde, par leur ténacité et leur audace économique, une place imméritée, surtout che\ nous. Leur espionnage, en horreur aux Latins, infestait la France. La loi Velbrûck, cet argument d'un peuple sans honneur, leur permettait, pour mieux nous trahir, de se dire nos compatriotes sans cesser d'être (Allemands . En juillet JÇI^, ni leur dignité nationale, ni leur sécurité, ni leur pays n'étaient menacés. Au contraire! Ils nous poursuivaient pourtant d'une haine atroce, appuyée d'un véritable chantage militaire. Le coup de 18^0 leur avait si bien réussi

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qu armés jusqu'aux dents, ouvertement, en impudents sûrs du triomphe, ils nous prédisaient la ruine et V écrasement complet à la première occasion propice. Leur guerre fut entreprise uniquement pour nous voler, nous chasser brutalement de notre sol et de nos biens.

Cette race antipathique, tarée, malfaisante, cette nation qui a remplacé V esprit, le cœur, la solidarité humaine parla haine et V envie ^ , ses insolents et grotesques hobereaux brandebourgeois, ses pangermanistes aux dents trop longues, son empereur, si prodigieusement nul comme homme et comme chef d'Etat, en dépit de son incommensurable et morbide orgueil, aspiraient à gouverner et exploiter, non la terre que leur ont assignée la volonté de la nature et les arrêts sans appel de l'histoire, mais le monde entier, y compris les porteurs du Flambeau, les civilisés par excellence, les Celto-Latins !

I. A Chauny, en novembre 191 5, l'officier de réserve Bergschmidt, avocat à Berlin, chargé de la kommandatur, signifiait au maire que les Allemands ont rayé du dictionnaire les mots pitié et humanité, A Douilly, une femme, accouchée l'avant-veille, fut obligée de quitter son lit et de partir avec les autres déportées. En mars 191 7, 34 communes du canton de Roye, sur 37, ont complètement disparu. Dans le canton de Nesle, 16 communes n'existent plus. (Neuvième rapport français.)

Dans un article de la Nouvelle Presse libre de Vienne, le prince A. de Hohenlohe reconnaît que la haine contre l'Allemagne s'est considérablement accrue en France par suite des déportations et des destructions systématiques, « qui ont, dit-il, produit un effet terrible sur l'âme des soldats comme sur celle des citoyens ». Il est un peu tard pour se repentir. Le châtiment approche ! D'autre part, les catholiques allemands, après avoir nié les crimes et insulté le clergé belge, lui demandent maintenant pardon. A quoi le vénérable cardinal Mercier répond avec raison : « L'heure du pardon ne sonnera pas avant le châtiment des coupables.,. »

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Quand on juge les Teutons à leurs projets et à leurs actes j on demeure comme frappé de stupeur en présence d'une telle scélératesse unie à tant d'infériorité morale et de prétentions. VoAllemagne, qui a déshonoré les armes^ la science, la presse, la trihune, la religion, a réussi en outre à déshonorer V ambition humaine, cette éternelle marche à V étoile,

Traiter de pareils êtres en soldats serait une déplorable erreur de notre justice. C^est comme bandits qu'il faut les punir! Je donne donc ici, en toute franchise, mon opinion sur le châtiment qui leur est dû. Je crois que la majorité des Français et des (Alliés, sinon tous, approuveront ma conception juridique à l'égard de Guillaume II et des monstrueux associés suspendus aux pans de sa capote et attendant de lui leur part de rapine et de butin.

Ils l'attendront longtemps!

La conscience humaine s'est ressaisie devant les bonds de la "Bête teutonne. L'c4mérique vient à nous et à nos alliés, heureuse et fière d'acquitter une dette sacrée \ Le peuple russe, conduit et régénéré par sa T)ouma, s'empresse de rejeter la double calamité de la bureaucratie et de l'influence germanique ; et le ministre de la guerre Kerensky proclame que l'armée combattra à nos côtés jusqu'à la dernière goutte de son sang. T>éjà s'agitent à l'horiion les blanches ailes de la Victoire! Elle sera pour nous

I. Les 4 et 6 avril 19 17, — dates à jamais mémorables dans l'Histoire de la Civilisation, — le Congrès des Etats- Unis d'Amérique, approuvant l'initiative du président Wilson, a déclaré rétat de guerre entre les Etats-Unis et VAU lemagne et donné au chef de la République tous les pouvoirs nécessaires pour défendre la nation, le droit, la justice, sur terre et sur mer, et se joindre aux Alliés.

tous, Latins j (Anglo-Saxons et Slaves^ la plus belle et la plus éblouissante des aurores, l'indestructible piédestal sur lequel nous rebâtirons l'avenir humain. Ce nest pas leur paix qu'ils auront, mais la notre! Et notre justice doit s'égaler, sans faiblesse aucune, sans indulgence déplacée, aux dangers courus par la Tatrie, la Liberté et la Civilisation.

Paris, le 30 juin 19 17.

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